Commerce électronique: expérience difficile pour des marchés publics

Si l'expérience du commerce en ligne est positive pour bien des secteurs de l'activité commerciale, tous n'y trouvent pas leur compte. C'est le cas entre autres de l'Écomarché, qui a fermé ses portes au printemps, et du Marché Godefroy, qui a abandonné ce volet de son offre de service à la fin de l'été.
Benoit Barry est le président du conseil d'administration de l'ex-coopérative qui vendait viandes, fruits et légumes via son site Internet. Selon lui, l'échec de l'aventure de l'Écomarché réside principalement dans le type de produits vendus par la coopérative.
«Les gens aiment voir les produits, les sentir et les toucher avant d'acheter. Je sais qu'en Europe, ça fonctionne. Ici, les gens aiment aller dans les marchés et acheter eux-mêmes. C'est ce qui a fait que la clientèle ne grandissait pas.»
Lancé il y a plus de cinq ans, l'Écomarché a connu un bel achalandage à ses débuts. La stagnation des ventes à environ 300 000 $ par année compliquait la vie des gestionnaires de la coopérative. «Le système de vente en ligne était complexe et ça demandait beaucoup de gestion, note M. Barry. On avait environ 700, 800 membres, mais bien des gens n'achetaient pas régulièrement. On avait une centaine de commandes par semaine et ça aurait pris le double. Il aurait fallu avoir un chiffre d'affaires de 600 000 $ par année pour assurer les coûts de gestion et avoir une marge de profit raisonnable.»
L'insuffisance du volume de vente est aussi soulevée par Pierre Duplessis pour expliquer la fin de la vente en ligne du Marché Godefroy. Le président du conseil d'administration du marché de Bécancour mentionne que l'activité générée par ce volet du marché ne justifiait plus l'infrastructure mise en place et l'énergie déployée.
«On a essayé deux ou trois ans avec différentes formules pour modifier la chose. C'était en régression constante. Quand il s'agit de produits frais, les gens aiment visualiser, sentir, tâter, ce que l'expérience virtuelle ne permet pas.»
Cette expérience virtuelle engendrait des coûts bien réels pour les producteurs: la livraison de la marchandise représentait des dépenses de transport qui minaient la marge de profit. «Si le volume est suffisant, ça va. Mais sinon, ça devient moins intéressant. On a fermé le marché virtuel et personne n'a dit que ça n'avait pas de bon sens comme décision. Il n'y a eu aucune contestation», analyse M. Duplessis, en rappelant que ce marché public de Bécancour, avec ses stands occupés par plusieurs producteurs, se porte très bien.