Isabelle Gervais et Dave Vaillancourt, les parents de la jeune fille.

Commencer l’école un mois en retard

TROIS-RIVIÈRES — «Troubles du développement du langage, dyslexie-dysorthographie mixte affectant le processus orthographique et phonologique.» Telle est la conclusion du rapport d’évaluation en orthophonie réalisé à l’UQTR pour Marie (dont le vrai nom ne sera pas dévoilé dans le présent article), une fille de 12 ans qui fréquente l’école Des Pionniers à Trois-Rivières.

Voilà des problèmes qui rendent, on s’en doute, sa scolarisation difficile et son père, Dave Vaillancourt, fait des pieds et des mains pour obtenir plus d’aide et une meilleure approche pédagogique pour encadrer sa fille. M. Vaillancourt a multiplié les plaintes à l’école, à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, au Protecteur de l’élève, au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge et même au premier ministre, François Legault, dans l’espoir de faire améliorer la pédagogie employée pour éduquer des enfants spéciaux comme elle.

Marie a terminé son parcours scolaire primaire de justesse au point où elle a dû continuer dans un programme qui s’appelle «présecondaire», programme où se sont à nouveau multipliés ses échecs, constate avec désespoir son père. L’enfant n’avait d’ailleurs toujours pas commencé son année scolaire au moment d’écrire ces lignes.

En ce début d’année scolaire, M. Vaillancourt a dû tenir de nouvelles rencontres avec la Commission scolaire, car Marie semble être littéralement tombée entre deux chaises. Pas de rentrée pour elle avec les autres enfants, au début du mois. Le 12 septembre, M. Vaillancourt, au désespoir, écrit ceci au Nouvelliste: «Petit développement. La Commission scolaire semble avoir trouvé une école pour notre fille. On a une rencontre mercredi prochain (le 18) avec la direction. On imagine une rentrée la semaine d’après. Nous n’avons pas encore de liste scolaire, pas de matériel pour avancer. L’enfant avec des troubles d’apprentissage va commencer avec un mois de retard alors qu’on demande une solution depuis près d’un an», fulmine-t-il.

La direction avait, il y a un an, suggéré à ces parents d’envoyer Marie au présecondaire. «On nous explique alors qu’il s’agit de petits groupes avec des programmes adaptés», raconte-t-il. Au départ, l’idée d’envoyer Marie au présecondaire, où se côtoient filles et garçons de 12 à 15 ans qui vivent divers types de difficultés, «semblait magique», raconte M. Vaillancourt qui s’attendait à ce que la pédagogie de ces classes spéciales permette à Marie d’obtenir quelques succès encourageants.

«Eh bien non. Certains profs ont adapté un peu leur matière alors que d’autres pas du tout», constate M. Vaillancourt. Sa fille va y multiplier ses échecs scolaires. Son père constate que Marie vit du même coup de très grandes frustrations en plus de subir de l’intimidation à l’école. «En décembre, on a trouvé une lettre de détresse dans sa chambre», confie-t-il.

À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, on indique que «depuis trois ans, l’équipe des Services éducatifs revoit ses pratiques. Nous savions que des changements devaient être apportés et nous y avons travaillé», explique la responsable des communications, Anne-Marie Bellerose.

«Depuis cette année, les élèves qui se retrouvent dans un groupe de présecondaire sont mieux ciblés et donc nous avons une meilleure homogénéité dans les besoins des élèves qui composent ce groupe. L’aide offerte et le développement pédagogique de ces jeunes sont donc mieux adaptés. L’enseignant utilise la différenciation pédagogique et les situations d’apprentissage sont adaptées à chacun des élèves», dit-elle.

Mme Bellerose assure que dans le cas de Marie, «cette enfant a des besoins particuliers. C’est une famille avec laquelle la Commission scolaire a énormément travaillé au courant des dernières années.»

Mme Bellerose précise que «chaque école secondaire propose une offre de service et une structure qui s’adaptent aux besoins des élèves inscrits et selon les ressources dont l’école dispose. Un comité de classement se réunit en fin d’année scolaire, en collaboration avec les directions des écoles primaires et ensemble, ils organisent les services en fonction des élèves inscrits.»

Or, selon Dave Vaillancourt qui a rencontré la Commission scolaire le 28 août, on ne savait toujours pas où Marie irait à l’école en septembre. «On veut un programme adapté. Elle ne suit pas», souligne M. Vaillancourt qui, avec sa conjointe, a même fait l’école à la maison pour essayer d’aider leur fille. L’enfant, assure-t-il, a réussi à obtenir des notes de 70 %. À l’école, dit-il, l’enseignement est tellement peu adapté que ses échecs répétés la plongent dans des états fréquents d’humiliation et de perte d’estime de soi.

M. Vaillancourt a reçu une mise en demeure de la part de la Commission scolaire à cause des propos qu’il a tenus à plusieurs reprises contre la compétence de certains enseignants, propos qu’il réitère dans sa lettre au ministre Roberge et à M. Legault.

C’est que les Vaillancourt ont consulté un médecin, un neurologue et des orthophonistes de l’UQTR. Tous confirment un diagnostic de dyslexie, de dysphasie et dysorthographie chez Marie. «Nous rencontrons la direction avec nos papiers en main, mais la direction se met à nous dire que notre enfant est TDAH et qu’il faudrait la médicamenter. Ils refusent les recommandations faites par les différents spécialistes sous prétexte de ne pas avoir les ressources», indique-t-il dans sa lettre au premier ministre.

Bref, le combat de la famille Vaillancourt semble dépasser de loin ses besoins personnels.