Linda Dumont

«Comme ma prison»

Trois-Rivières — Linda Dumont a travaillé pendant 10 ans à raison de 60 à 70 heures par semaine en gardant deux emplois dans le but de s’acheter une maison. En 2015, après en avoir visité plusieurs, son choix s’est porté sur une coquette demeure construite en 2012 dans le secteur Sainte-Marthe-du-Cap qu’elle achète sans toutefois la faire inspecter. Il n’y avait pas de courtier au dossier non plus. Le prix: 185 000 $. «Je me disais qu’étant construite en 2012, je n’aurais assurément pas de pyrrhotite», raconte-t-elle.

La dame avait raison, sauf qu’à son insu, elle venait de se lier à un immeuble bourré de vices de construction cachés qui lui coûteront autant, sinon plus de problèmes et d’argent que si elle avait eu de la pyrrhotite. Selon les analyses qu’elle a fait faire, il lui faudrait en effet débourser quelque 150 000 $, taxes incluses, pour réparer tout ce qui cloche. «Ma maison, je la considère comme ma prison», dit-elle en exhibant une panoplie de documents de cour et de factures.

C’est que Linda Dumont, en constatant les premiers vices de construction, notamment un drain français non fonctionnel, a décidé d’intenter des poursuites contre les anciens propriétaires, puis contre l’entrepreneur, tout cela pour se rendre compte qu’il n’y a pas d’entrepreneur au dossier, mais plutôt un autoconstructeur. Ce dernier n’était même pas présent lors de la conférence de gestion à l’amiable. Il avait fait construire la maison en se servant d’un prête-nom qui lui, ne savait à peu près rien de l’histoire, raconte Mme Dumont.

Impossible, dit-elle, de retracer les sous-traitants qui ont travaillé à la construction de la maison.

Mme Dumont accepte, sur la recommandation de son avocat, un règlement à l’amiable de seulement 40 000 $. «Il m’a dit que je n’aurais pas plus si j’intentais un procès», dit-elle. Or, 40 000 $ c’est seulement la moitié de la somme qu’elle réclamait.

La propriétaire estime qu’à cause de toutes les dépenses inhérentes à ses problèmes de maison, les rapports d’analyse, les frais d’avocat et d’ingénieur, il ne lui est resté que 1000 $ de ce montant. Et d’autres vices cachés ont été trouvés depuis.

Aujourd’hui, Linda Dumont doit composer avec une hypothèque de 120 000 $ à laquelle s’ajoutent des travaux de réparation évalués à 150 000 $ et pas un sou pour les réaliser.

La dame avait acheté sa maison en plein hiver. Pas mal d’informations lui avaient échappé. Certaines auraient pu passer inaperçues, toutefois, même si elle avait acheté l’immeuble en été. C’est le cas de son drain français qui était mal installé et non fonctionnel. Elle s’en est aperçue en soulevant des boîtes de carton qu’elle avait déposées sur son plancher de béton, au sous-sol. «Le fond était tout moisi», raconte-t-elle. Elle trouve également des moisissures sur les moulures du bas des murs, au sous-sol. Comble de malheur, en sachant cela, sa compagnie d’assurances décide de ne plus l’assurer pour les infiltrations d’eau.

La maison qu’a achetée Linda Dumont est bourrée de vices de construction.

Quand le printemps arrive, Mme Dumont se rend compte que ses fenêtres de sous-sol ont été encastrées dans le béton au moment de la coulée de la fondation comme en témoigne le ciment qui déborde par-dessus le cadre de la fenêtre.

La toilette du sous-sol est rapidement devenue une cause de problèmes. «Elle bouchait tout le temps», dit-elle, jusqu’à ce que les inspections révèlent qu’il y avait un problème d’installation non conforme de l’évent et une mauvaise pente du côté de certaines sections de la plomberie.

Ça, c’est à part du jour où elle était arrivée dans sa salle de bain pour constater que tout y était détrempé, murs et plafond compris. L’égout de la Ville avait refoulé et le clapet qui doit normalement protéger l’habitation contre ce genre d’événement n’était de toute évidence pas adéquat ou mal posé.

L’isolation de sa maison est également tellement déficiente que son petit bungalow lui coûte 3000 $ par année de chauffage même si la température intérieure est maintenue à 19 °C. Une maison comparable bien isolée en coûterait la moitié.

Les poutres de soutènement, au sous-sol, sont en bois et ont été coulées dans le béton, donc appelées à pourrir à la base d’ici 10 à 15 ans, s’est fait dire Mme Dumont.

Des fissures sont apparues au-dessus et en dessous de certaines fenêtres, ce qui laisse entrevoir un problème de structure et une fracture prochaine de la vitre.

«Mon ami s’est également aperçu que le tuyau de sécheuse était écrasé à 80 %. C’était dangereux pour le feu», fait-elle valoir.

Les marches d’entrée en béton, devant sa porte avant, ne reposent pas sur une fondation qui empêcherait les mouvements du gel et du dégel. Cet ouvrage est donc en train de briser la brique à laquelle il est attaché. «Ma maison est assemblée avec des clous communs au lieu de clous de structure», ajoute la propriétaire.

«Je suis preneuse de toute l’aide que quelqu’un pourrait m’apporter», dit-elle. La dame a appris que l’autoconstructeur de la maison qui a transformé sa vie en enfer construit plusieurs maisons chaque année. La dame estime que le gouvernement devrait resserrer les règles et faire en sorte que tous les chantiers de construction résidentiels soient régulièrement inspectés par des gens compétents comme on le fait pour les chantiers industriels et commerciaux. «J’aurais été prête à payer ma maison 15 000 $ plus cher pour avoir de la qualité», dit-elle. «Ça aurait été pas mal moins cher que ce qui m’arrive maintenant.»

Quoi faire pour se protéger?

Le président de la Chambre immobilière de la Mauricie, Hassan Chellah, recommande fortement d’avoir recours à un inspecteur en bâtiment doté d’une assurance responsabilité avant de s’engager dans l’achat d’une propriété.

Faire affaire également avec un courtier en immeubles est un moyen d’y voir plus clair tant au niveau de l’état du bâtiment que des conditions d’achat. Les courtiers en immeubles ont également une assurance responsabilité, souligne-t-il.

M. Chellah ne recommande pas l’achat de maisons faites par des autoconstructeurs à moins d’y faire faire une sérieuse inspection au préalable, car n’importe qui peut construire une maison sans connaître et appliquer les codes du bâtiment.

L’inspecteur en bâtiment ne pourra pas tout voir, notamment l’état du drain français. Le courtier pourra alors recommander une entreprise spécialisée en la matière. Il s’agit d’un investissement mineur qui peut sauver bien des maux de tête au futur acheteur.

Finalement, l’achat d’une propriété en hiver, quand il y a de la neige, ne permet pas de bien voir l’état du terrain, prévient-il.