Issouf Ouandjagabou, secrétaire permanent de l’organisme Ga Mo Wigna, et Madeleine Rouleau, chargée de projet au Comité de solidarité de Trois-Rivières, dressent un bilan positif de leur collaboration.

Comité de solidarité/Trois-Rivières: aux premières loges des changements climatiques

TROIS-RIVIÈRES — Le Comité de solidarité de Trois-Rivières (CS3R) reçoit de la grande visite ces jours-ci. Issouf Ouandjagabou, secrétaire permanent de l’organisme Ga Mo Wigna, partenaire du comité depuis plusieurs années au Burkina Faso, en Afrique, est de passage dans la région pour dresser le bilan des petits miracles qu’il arrive à réaliser grâce à un projet que les deux organismes mènent ensemble depuis deux ans.

Les deux organismes, le CS3R et Ga Mo Wigna («la nature c’est la vie», en Kassem, langue locale), collaborent depuis environ huit ans. Or, le projet pour lequel M. Ouandjagabou est de passage chez nous, est le premier étiqueté «changement climatique», explique Jean-Marc Lord, Directeur général du CS3R. Si l’organisme trifluvien a souvent touché aux enjeux environnementaux, au fil de ses diverses activités, il s’agit de la première fois que l’enjeu climatique est ainsi abordé de front, souligne-t-il.

Le projet en question en est un de coopération qui vise à accompagner Ga Mo Wigna dans une démarche de «résilience» face aux changements climatiques. M. Ouandjagabou explique que le Burkina Faso connaît deux saisons, la saison des pluies et la saison sèche. Or, si l’année était historiquement divisée de manière pratiquement égale entre les deux, la saison sèche sévit aujourd’hui pendant neuf mois, avec un impact catastrophique sur les récoltes. Dans un pays où 80 % de la population vit de l’agriculture, les effets des changements climatiques se mesurent dans la quotidienneté.

Homme engagé, Issouf Ouandjagabou n’est cependant pas homme à se laisser abattre. La région où il œuvre borde le parc national Kaboré-Tambi, qui abrite notamment les grands mammifères emblématiques de l’Afrique. Conscient du rôle fondamental du précieux écosystème pour la population locale, Ga Mo Wigna a fait de sa préservation l’une de ses raisons d’être.

La survie du parc dépend cependant de l’éducation de la population qui vit dans la «zone tampon», explique M. Ouandjagabou. Si les gens sont laissés à eux-mêmes, privés de ressources, ils se tournent vers les ressources du parc pour assurer leur survie, relate-t-il. C’est ainsi que l’organisme qu’il dirige, avec le soutien du CS3R, est engagé dans divers projets de sensibilisation, d’éducation et d’adaptation aux changements climatiques.

À titre d’exemple, pour assurer la subsistance de la population, on s’est mis à produire des semences de qualité, adaptés à des saisons de croissance plus courte. Quelques boutiques de semences ont été installées à différents endroits pour se rapprocher des producteurs. «Une fois qu’on a l’information, il faut aussi avoir accès au produit», fait valoir Issouf Ouandjagabou.

Pour lutter contre la déforestation et la pollution, on a mis au point un petit poêle de cuisine qui fonctionne avec une quantité de bois minime. Environ 200 de ces appareils ont été distribués. Simple de conception, le petit poêle ne coûte qu’une douzaine de dollars. Une somme néanmoins importante dans la perspective économique locale. Or, les familles doivent débourser une partie du prix d’achat. «On ne veut pas seulement aider les gens, on veut qu’ils s’engagent», martèle le Burkinabé, c’est là la clé d’un changement durable, soutient-il.

Les autres projets dans lesquels est impliqué Ga Mo Wigna touchent aussi différents aspects environnementaux. Il est entre autres question de formation à la production de compost, de reboisement et de tables de concertation, où les différents intervenants locaux sont invités exprimer leurs besoins, mais également les solutions qu’ils préconisent pour les combler.

Pour le CS3R, Ga Mo Wigna est «un partenaire exemplaire». Au début de l’association entre les deux organismes, le comité trifluvien envoyait des stagiaires pour des séjours de deux mois et demi. Or, des violences dans le pays ont dû pousser le comité à mettre un terme à cette pratique. Même si la région où œuvre Ga Mo Wigna demeure loin des tensions, des enjeux d’assurance rendaient de tels projets impossibles à poursuivre.

L’actuel projet doit encore durer une autre année. Le CS3R a réussi à aller chercher 120 000$ récurrent pour les trois années de l’initiative, dans le cadre du Programme de coopération climatique international, financé par le Fonds vert.

Pour Madeleine Rouleau, chargée de projet au CS3R et responsable du suivi du partenariat avec Ga Mo Wigna, il s’agit d’une question de justice climatique.

Il est paradoxal qu’un pays comme le Burkina Faso, qui ne représente qu’une infime partie des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, soit si cruellement touché par les changements climatiques, déplore-t-elle.

Si Issouf Ouandjagabou est au Québec pour dresser un bilan d’étape, il ne cache pas qu’il aimerait bien voir le projet reconduit au terme de la troisième et dernière année. «Ce serait salutaire», maintient-il, faisant valoir qu’il se fait porteur d’un souhait formulé par la table de concertation à laquelle il participe.

Un éventuel projet permettrait notamment de mettre en place des veilles climatiques offrant aux agriculteurs l’occasion de «voir venir les coups» et d’adapter leurs pratiques en conséquence. On vise à maximiser l’énergie et les ressources investies, souligne-t-il.

Témoin des efforts déployés sur le terrain, Madeleine Rouleau affirme de son côté tirer plusieurs leçons de son expérience.

Quand les gens de Ga Mo Wigna prennent la peine de mesurer l’impact environnemental de leurs actions, en calculant la quantité de gaz à effet de serre qu’entraînent leurs initiatives, par exemple, on ne peut que s’incliner et faire preuve d’humilité, soutient-elle.