Accompagné d’une quarantaine de collègues syndiqués, Styve Morand, président du Syndicat des cols blancs de la Ville de Shawinigan, s’est présenté à l’assemblée publique du conseil municipal, mardi soir.
Accompagné d’une quarantaine de collègues syndiqués, Styve Morand, président du Syndicat des cols blancs de la Ville de Shawinigan, s’est présenté à l’assemblée publique du conseil municipal, mardi soir.

Cols blancs: Shawinigan demande la médiation

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Tel que promis, une quarantaine de membres du Syndicat des cols blancs de la Ville de Shawinigan se sont déplacés à la dernière assemblée publique du conseil municipal avant l’élection du 5 novembre, mardi soir. Leur désir d’obtenir une hausse salariale de 2 % en 2015 demeure au cœur du litige, mais les échanges ont permis d’apprendre que la Ville venait de déposer une demande de médiation au ministère du Travail.

Les syndiqués se sont présentés à l’hôtel de ville peu avant 17 h et ont enrubanné les escaliers de guirlandes d’Halloween décorées de l’inscription «zone d’Angers». Dans la salle du conseil, ils sont demeurés très calmes pendant la séance publique. Lors de la période de questions, le président du syndicat, Styve Morand et la vice-présidente du Conseil central du Coeur-du-Québec à la CSN, Lorraine Dugas, ont pris la parole. 

«Nous sommes ici afin de vous signifier notre désaccord à votre fermeture à toute discussion», déplore M. Morand, en s’adressant au maire, Michel Angers. «Vous avez osé faire appel au ministère pour dénouer l’impasse, ce qui entre en contradiction avec des paroles que vous aviez prononcées ici-même, il y a quelque temps, à savoir que vous étiez contre cette loi et que vous préfériez des ententes négociées.»

Le maire ne nie pas qu’il a dû se faire violence avant de décider de se prévaloir d’une disposition de la Loi concernant le régime de négociation des conventions collectives et de règlement des différends dans le secteur municipal, qui permet à la Ville de demander l’intervention d’un médiateur à partir du 150e jour suivant l’acquisition du droit de grève ou de lock-out. 

Pour le moment, aucune date n’est fixée. «C’est loin de faire mon affaire», glisse-t-il en entrevue. «Nous avons réussi à nous entendre avec les cols bleus. Je me suis pilé sur le cœur; je n’avais pas le goût d’aller en médiation. J’ai toujours prôné la meilleure négociation possible. Mais il n’y a pas d’ouverture.»

Depuis plusieurs mois, les deux parties demeurent campées sur leur position. Le maire rappelle inlassablement les défis qui devaient être surmontés après l’arrêt de production de plusieurs grandes usines et les coupes imposées par le gouvernement du Québec, alors que le syndicat assure que des efforts ont été réalisés par le personnel afin qu’il puisse bénéficier d’une hausse de salaire de 2 % en 2015, comme celle consentie aux cols bleus. 

M. Morand estime à 637 000 $ l’économie engendrée par l’abolition de postes depuis deux ans. La convention collective est échue depuis le 1er janvier 2015.

Étant donné que ce groupe de quelque 150 employés est composé de femmes à 70 %, 

M. Morand se demande si l’administration actuelle vise à accentuer la discrimination salariale entre les hommes et les femmes.

Le maire rappelle que les élus, les cadres et les pompiers ont accepté un gel de salaire en 2015. La hausse de 2 % aux cols bleus s’explique par ce que le maire qualifie de «mesures compensatoires», soit des coupes de temps supplémentaire et des modifications dans l’horaire de travail régulier «qui viennent augmenter la qualité des services auprès des citoyens», se réjouit M. Angers.

Le maire y est allé d’une observation qui a fait sursauter le syndicat, lorsqu’il a mentionné «qu’il y avait des clauses remorque partout» pour expliquer la position ferme de la Ville de maintenir l’offre de gel en 2015. Or, si tel était le cas, comment expliquer que les cols blancs ne pouvaient bénéficier de la hausse de salaire de 2 % obtenue par les cols bleus lors de cette même année? «Nous n’avons pas de clause remorque, mais nous pensons que les cadres en ont une», avance M. Morand. 

Opinion publique

Le maire de Shawinigan ne s’attend pas à avoir l’épiderme un peu plus sensible pour les revendications d’un groupe de travailleurs en campagne électorale. «Ça ne me dérange pas du tout», assure-t-il. «Ce n’est pas parce que je suis dans un contexte électoral que je vais changer mes façons de faire. C’est vrai pour ça et dans tous les domaines. On va aller au bout du processus et on va essayer de s’entendre.»

«L’opinion publique ne sera jamais du côté d’un fonctionnaire municipal, parce que nous avons de bonnes conditions», convient M. Morand. «Mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas améliorer notre sort. Nous, on veut faire comprendre notre position.»