Environ 80 personnes se sont entassées dans une classe prévue pour en accueillir 50, pour assister aux conférences du colloque.

Colloque sur le cannabis: deux fois plus de visiteurs qu'espéré

TROIS-RIVIÈRES — Le colloque sur le cannabis organisé samedi par un chercheur de l’UQTR aura été victime de son succès. Alors que l’on s’attendait à recevoir une centaine de personnes à cet événement destiné au grand public, elles ont été près du double à s’y présenter, forçant les organisateurs à s’adapter rapidement pour recevoir tout ce monde.

Les conférences devaient se dérouler dans un amphithéâtre de 100 places du pavillon du Centre intégré des pâtes et papiers. La capacité de la salle a toutefois été rapidement atteinte, même dépassée, alors que des gens tendaient l’oreille depuis la porte, faute d’avoir une place à l’intérieur. 

«On s’était dit: si on atteint les 100 personnes, on va avoir largement dépassé les objectifs. Là, on est à près de 190 personnes», résume Hugo Germain, professeur au département de chimie, biochimie et physique de l’UQTR. 

Les six conférenciers ont dû faire deux fois leur présentation, en alternance, dans deux salles, pour ne pas devoir renvoyer de nombreuses personnes chez elles en raison du manque de place. En plus de l’amphithéâtre, une salle de classe de 50 places assises a été réquisitionnée. Ce sont finalement 80 personnes qui ont réussi à s’y entasser pour écouter les présentations. Celles-ci traitaient de différents aspects du cannabis: ses effets, tant positifs que négatifs, sur la santé, les molécules qu’on y retrouve, ainsi que des produits dérivés du chanvre, notamment. 

L'information peu accessible

Pour M. Germain, la popularité du colloque est symptomatique du manque d’information facilement accessible au public sur le cannabis. «La légalisation s’est faite, mais l’information n’a pas suivi», juge-t-il. 

«Les gens réalisent que ça fait un an que c’est légal et qu’il n’y a pas eu le cataclysme annoncé, que tout le monde est gelé partout, tout le temps. Ils ne sentent pas : est-ce que ce serait bon pour moi? Est-ce que c’est contre-indiqué? Les gens veulent avoir des réponses à leurs interrogations», ajoute M. Germain. 

La loi québécoise encadrant la vente de cannabis semble également peu comprise, constate l’universitaire. «Au début de ma conférence, j’ai demandé au public qui croyait qu’il est légal de faire pousser son propre cannabis au Québec et beaucoup de personnes ont levé la main. Pourtant, la loi québécoise, contrairement à celle fédérale, l’interdit. 

Dominique Blain faisait partie des conférenciers du colloque. Atteinte de fibromyalgie, elle s’est tournée vers le cannabis pour atténuer les symptômes et les douleurs que cause sa maladie. Elle considère elle aussi que l’information sur le cannabis n’est pas accessible facilement au grand public: il faut chercher pour en trouver. En conséquence, les spécialistes vers qui les gens se tournent pour avoir de l’information, comme les médecins, sont souvent eux-mêmes peu informés, affirme-t-elle. 

Dominique Blain, conférencière au colloque.

«Mes médecins sont très ouverts, ils ont accepté de signer ma licence (pour cultiver du cannabis à des fins médicales), mais ils ne peuvent pas m’aider. Eux-mêmes me demandent: est-ce que ça a des interactions avec tes médicaments? C’est moi des fois qui leur dit: non, j’ai lu que c’est correct», illustre Mme Blain.  

Elle en veut également pour preuve le fait que les conseillers à la SQDC ne peuvent guère renseigner leurs clients, selon elle. Pour ces lacunes, elle blâme le cadre législatif adopté par le gouvernement du Québec.  

«Le produit est légal, mais la loi le démontre comme si c’était encore illégal. On voit bien que l’idéologie derrière la légalisation c’était de décriminaliser et d’espérer que le marché noir allait diminuer, mais on n’a pas le droit de faire de publicité, alors si moi, j’ai plein de connaissances et j’aurais envie d’offrir des formations, des cours, je n’ai pas le droit d’afficher, de faire de la pub. Alors c’est comme encore par du bouche-à-oreille. C’est légal, mais il faut encore aller par en arrière. Ça limite la circulation de l’information, énormément», déplore Mme Blain.  

Les tabous reculent

Il reste à voir si la disparition graduelle des tabous entourant la consommation de cannabis aura un effet sur les stratégies des décideurs. Le professeur Germain sent en effet que de plus en plus de gens sont à l’aise de parler de leur consommation, peu importe leur position sociale. 

«Le tabou se défait. Au cours des deux dernières années, on a senti un énorme changement. Les gens vont plus vers nous et nous disent qu’ils consomment. Et ce ne sont pas seulement les jeunes, c’est dans toutes les strates d’âge», constate-t-il. 

D’ici là, la popularité de l’expérience de samedi pourrait bien inciter M. Germain à récidiver. 

«Là, je suis dedans et je n’ai pas de date en tête pour en faire un autre (colloque), mais visiblement, il y a une demande. Oui, répéter peut-être à l’automne, ça s’avérerait pertinent», lance-t-il.