Les passagers du vol TS157 ont été retenus sur le tarmac de l'aéroport d'Ottawa pendant près de six heures.

Coincés dans un avion pendant six heures

Dans la soirée de lundi, les 336 passagers du vol TS157 d'Air Transat ont dû passer près de six heures confinés dans leur avion, alors que celui-ci était immobilisé sur le tarmac de l'aéroport international Macdonald-Cartier d'Ottawa. Parmi eux se trouvaient les Trifluviens Julie Beauchesne et Ludovic Wilmet, ainsi que leur fille de quatre mois.
C'est avec une heure de retard que le vol TS157 d'Air Transat a quitté Bruxelles en direction de Montréal. Déjà irrités par ce contretemps, les passagers étaient loin de se douter qu'ils n'étaient pas au bout de leur peine. Lorsque l'Airbus A330 s'est retrouvé dans l'espace aérien du Québec, des orages violents l'ont empêché de rejoindre l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. L'appareil a ainsi été redirigé vers Ottawa, où il a atterri peu après 17 h.
C'est à partir de ce moment que les choses se sont réellement gâtées. En entrevue avec Le Nouvelliste, Julie Beauchesne et Ludovic Wilmet ont raconté que pendant environ six heures, les passagers ont dû rester assis dans leur siège. Ceux-ci n'ont en effet jamais reçu la permission de descendre de l'avion. Selon M. Wilmet, l'aéroport n'était pas en mesure de fournir une échelle aux passagers, ou de dégager une zone pour les accueillir. D'autres appareils avaient également été redirigés vers Ottawa, ce qui a eu pour effet de congestionner les services de l'aéroport.
Vers 21 h, un camion est finalement venu remplir le réservoir de kérosène de l'avion. Une autre tuile est cependant tombée sur la tête des passagers: la citerne s'est révélée être vide. Vers 22 h, le manque de carburant a causé une panne du groupe électrogène, entraînant du même coup l'arrêt de la ventilation. M. Wilmet a alors craint que sa fille soit importunée par l'inconfort. «Nous étions en Belgique pour présenter notre fille de quatre mois à ma famille», explique-t-il. Heureusement, celle-ci n'a pas semblé se soucier de la situation. «Notre fille a sans doute été la passagère la plus calme, mais d'autres bébés se sont mis à pleurer à cause de la chaleur. Les personnes âgées étaient aussi incommodées. La situation était intenable sans climatisation», ajoute Mme Beauchesne.
Le couple rapporte d'ailleurs qu'un passager a appelé les services d'urgence d'Ottawa, parce qu'il était en proie à un malaise. Lorsque les autorités sont montées à bord de l'appareil, elles ont spécifié que la seule raison valable pour sortir était une situation médicale nécessitant un transport à l'hôpital. Toutefois, constatant l'état des passagers, les autorités ont décidé de leur distribuer des bouteilles d'eau. Les services d'urgence d'Ottawa ont aussi ouvert les portes de l'avion pour créer un courant d'air. Cependant, selon les Trifluviens, seules les trois rangées à proximité de la porte en profitaient réellement.
Les passagers savent également qu'un autre problème est survenu, mais personne n'est venu leur expliquer en quoi il consistait. Selon M. Wilmet, l'équipage de bord aurait en effet été invisible pendant de deux à trois heures.
L'appareil est finalement reparti vers Montréal vers 23 h. Les passagers sont ainsi arrivés à destination avec huit heures de retard, et sans avoir mangé au cours de leur escale forcée à Ottawa. Comme si ce n'était pas assez, le groupe électrogène a de nouveau fait défaut lors du débarquement. Les passagers ont ainsi été contraints de sortir leurs bagages dans la noirceur. Au terminal, aucun employé d'Air Transat ne les attendait pour s'excuser.
En ce qui concerne les Trifluviens, il leur aura fallu 26 heures, pratiquement sans sommeil, pour rentrer chez eux. M. Wilmet a affirmé que lui et sa conjointe allaient déposer une plainte à la compagnie aérienne. Il a également rappelé que, conformément à la loi européenne (en vigueur dans ce cas-ci, puisque le vol provenait d'un aéroport de l'Union européenne), les passagers pouvaient réclamer jusqu'à 1000 $ au transporteur en raison du retard. Notons qu'Air Transat ne prévoit pas dédommager les passagers du vol TS157.
La faute de l'autre
Dans la journée de mardi, Air Transat et l'aéroport d'Ottawa se sont renvoyé la balle quant à la responsabilité de cette mésaventure. La compagnie aérienne a en effet diffusé sur son site Internet une déclaration pour s'expliquer, sans toutefois s'excuser, et rejetant la responsabilité sur l'administration de l'aéroport. «Le personnel de l'aéroport d'Ottawa n'a pas été en mesure de nous fournir des passerelles ou escaliers qui auraient permis à nos passagers de quitter nos appareils pris au sol, et à l'appareil en provenance de Bruxelles d'être ravitaillé en eau potable, celle-ci étant épuisée à la fin du vol», soutient le transporteur.
L'aéroport a par ailleurs nié ces allégations mardi après-midi. «Nous avions une porte disponible et des escaliers escamotables prêts dans le cas où la compagnie aérienne aurait décidé de faire débarquer les passagers», a-t-on soutenu. «Nous avions également des autobus sur le tarmac prêts à transporter les passagers vers l'aérogare, qui ont été achetés spécifiquement pour être utilisés dans ce genre de situation», réplique-t-elle. «Or, ni le service de manutention de la ligne aérienne au sol ni la compagnie aérienne n'ont fait demande de ces services lors de cet événement», souligne l'administration de l'aéroport.
Air Transat attribue également à l'aéroport d'Ottawa la lenteur du ravitaillement de son appareil en carburant, qui explique aussi l'absence de climatisation à bord pendant un certain moment. L'administration de l'aéroport répond qu'une fois dans l'appareil, après les appels logés aux services d'urgence, son personnel a pris les dispositions nécessaires pour que des bouteilles d'eau soient livrées à l'avion et distribuées. L'aéroport ajoute que d'autres mesures ont aussi été proposées par son personnel. «Nous avons également proposé de fournir des ventilateurs pour aider à refroidir l'avion. Nos employés ont aussi suggéré à l'équipage d'ouvrir toutes les portes de l'avion afin de faire circuler de l'air frais», lance-t-elle.
L'administration de l'aéroport international d'Ottawa se dit par ailleurs déçue du manque de transparence et de prise de responsabilité d'Air Transat au sujet de ses vols détournés. «Bien que la responsabilité de décider si un vol est débarqué et traité par les douanes canadiennes dépende entièrement de la compagnie aérienne, l'Aéroport d'Ottawa dispose d'un programme de service à la clientèle complet qui est prêt à être déployé au besoin. Nos employés ont essayé de contacter l'équipage à plusieurs reprises à travers leur service de manutention afin de proposer de l'aide supplémentaire, mais nous n'avons reçu aucune réponse de l'équipage concernant l'aide que nous offrions», conclut l'aéroport.
Quoi qu'il en soit, la déclaration d'Air Transat ne se termine pas par des excuses à ses clients. «Nous sommes sincèrement désolés des inconvénients que cette situation hors de notre contrôle a pu causer à nos passagers», s'est-on contenté de déclarer.
Mesures à venir
Au bureau du ministre fédéral des Transports, on assure que cette situation ne pourra plus se produire, une fois qu'un projet de loi déposé au printemps par Marc Garneau sera adopté. Le projet de loi C-49 obligera les compagnies aériennes, après trois heures d'immobilité sur le tarmac, à fournir aux passagers eau, nourriture et la possibilité de débarquer de l'appareil, si cela est sécuritaire. Le projet de loi exigera également que les compagnies aériennes expliquent aux passagers les causes d'un retard. Les députés membres du comité permanent des transports ont prévu se réunir début
septembre, avant la reprise des travaux parlementaires, afin d'étudier C-49 et d'en accélérer l'adoption.
«Lorsque les voyageurs achètent un billet d'avion, ils s'attendent avec raison à ce que la compagnie aérienne respecte ses engagements. Quand elle ne le fait pas, les voyageurs devraient connaître leurs droits et bénéficier d'une indemnité claire, transparente et exécutoire. De plus, certaines normes minimales de traitement devraient être établies», a déclaré Karen McCrimmon, secrétaire parlementaire du ministre Garneau, dans un communiqué transmis mardi après-midi.
Avec La Presse canadienne