Yves Lévesque et Denis Coderre

Coderre: maire «du» Québec?

«Ce n'est pas la grosseur de la hache qui compte, mais le swing du manche!»
Ce n'est pas la première fois que Denis Coderre utilise l'expression. Il n'allait surtout pas s'en priver à Trois-Rivières, définissant même cette fois sa visite des régions du Québec de «tournée du swing du manche».
Il faut dire qu'il se retrouvait lundi matin un peu dans les terres de celui qui avait rendu célèbre la formule en la répétant inlassablement sur toutes les tribunes de l'époque, Maurice Bellemare, ancien député de Champlain et ministre sous l'Union nationale. Un populiste comme il ne s'en invente plus.
En s'y référant, on peut penser que Denis Coderre se complaît à faire ressortir ce côté people qu'il cultive lui-même et qui a si bien servi à soutenir la carrière de nombreux politiciens. À commencer par Jean Chrétien, avec lequel il s'entendait plutôt bien et pour lequel il est souvent venu dans la région faire de l'organisation électorale.
En même temps, en envoyant cette image d'homme du peuple, cela lui permet de décanter l'idée de hauteur et de monde à part que l'on peut se faire en région d'un maire de la métropole, qui ne lui aurait d'ailleurs pas bien collé à la peau.
Il était assez prévisible que sa rencontre avec Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières, serait très cordiale. Elle l'a été et Lévesque l'a même amicalement jabbé à la sortie de son bureau. Comme hommes publics, les deux hommes sont de la même mouture.
À cette différence que Coderre est un champion twitter et familier des réseaux sociaux alors que Lévesque ne fait pas de gazouillis sur son compte Twitter. Par contre, le maire de Trois-Rivières s'est initié avec la méfiance des néophytes à Facebook durant la campagne électorale, une expérience qu'il dit avoir adorée. Il projette d'inscrire un site Facebook-maire-de-Trois-Rivières.
C'est cependant sur la démarche de regroupement des principaux maires du Québec qu'a initiée son homologue de Montréal que les deux hommes s'entendent le mieux. Yves Lévesque souhaitait une force municipale plus interventionniste dans les discussions avec les gouvernements de Québec et d'Ottawa.
«Les municipalités, nous ne sommes pas les "créatures'' de Québec», a-t-il insisté lundi encore, une expression souvent entendue et qui n'est pas tout à fait fausse sur le plan juridique. Mais c'est un état qui ne correspond plus aux réalités d'aujourd'hui.
Les municipalités sont le gouvernement élu le plus proche des citoyens, ou, d'une façon plus imagée, «celui qui a le derrière le plus proche du pied des contribuables», dixit Yves Lévesque. Il n'a pas tort.
Denis Coderre veut donc provoquer un nouveau repositionnement politique des municipalités à l'ensemble du Québec qui permettrait à celles-ci de parler d'une seule voix et d'être considérées d'égal à égal avec les gouvernements dits supérieurs, dans les dossiers qui les affectent.
Sa tournée tombe à un moment propice en ce sens, compte tenu de l'état d'esprit assez généralisé des maires du Québec qui aspirent à une telle autorité politique. Cela explique, en partie du moins, l'accueil chaleureux qu'il obtient partout où il s'est annoncé. On souhaite même le recevoir là où ce n'était pas prévu.
Denis Coderre a d'ailleurs prévenu qu'il aurait d'autres contacts avec des municipalités de la région. Rien à voir avec la tournée qu'avait faite à l'époque le maire Pierre Bourque, qualifiée sarcastiquement de «visite paroissiale» ou de «visite des colonies». Coderre fait bien attention de dégager une telle impression.
Si les liens qu'il tisse avec les autres maires du Québec devraient effectivement favoriser l'émergence d'une puissance politique municipale cohérente, on doit aussi constater que sa main tendue pourrait aussi lui forger une stature politique qui dépasse largement les limites de Montréal. Une stature nationale... au Québec.
L'une des «victimes» de cette montée en intérêt de Denis Coderre en sera le maire de Québec. Régis Labeaume était jusque-là le maire vers lequel les regards se tournaient tout naturellement. Il a une personnalité forte, ne manque pas de couleur ni de franc-parler. Mais sa tentative de rallier d'autres maires derrière lui a lamentablement échoué. Il est resté un loner.
Si ce dernier est le maire de Québec, Coderre se présente comme le maire «du» Québec. La suite nous dira si sa tournée est autre chose qu'une simple mais habile entreprise de relations publiques personnelles. Là, ça swingerait moins. Ça branlerait plutôt dans le manche.