Le maire d'Hérouxville, Bernard Thompson.

Code de vie d'Hérouxville: un souvenir qu'on préfère oublier

Pour plusieurs résidents d'Hérouxville, le Code de vie est un souvenir d'un passé qu'on préférerait oublier. Cette petite localité de la Mauricie est depuis 2007 principalement connue au Québec pour le célèbre Code de vie écrit par André Drouin, alors conseiller municipal.
Le simple fait d'évoquer le dixième anniversaire de ce texte dans les quelques rares commerces d'Hérouxville rend les citoyens mal à l'aise. Tous les citoyens rencontrés dans les lieux publics par Le Nouvelliste étaient très inconfortables avec ce sujet que personne ne voulait aborder. Une chose semble évidente, les citoyens ont tourné la page sur ce fameux Code de vie. 
Devenu maire d'Hérouxville, Bernard Thompson répète ne jamais avoir participé à la rédaction du Code de vie et s'est aujourd'hui dissocié d'André Drouin. À l'époque, les deux hommes travaillaient ensemble et avaient même présenté conjointement un mémoire aux audiences de la Commission Bouchard-Taylor. 
«En 2007 il y a eu un débat, lequel s'est transporté à l'hôtel de ville. À partir de là, la Municipalité a passé une résolution approuvant le Code de vie. Mais c'est un document qui n'avait aucune valeur légale et juridique. On ne peut pas appliquer ça, c'est impensable», soutient le maire d'Hérouxville, Benard Thompson, qui était à l'époque édimestre de la Municipalité.  
«C'est pourquoi 15 jours plus tard, le conseil de l'époque a pris la décision de retirer ce dossier de la Municipalité. [...] Ce n'était pas un débat qui devait se faire dans une municipalité.» 
Une municipalité n'a bien sûr pas les compétences de réglementer en telle matière. De plus, plusieurs éléments proscrits par le Code de vie contrevenaient de facto au Code criminel. L'interdiction de brûler vives des femmes ou de pratiquer l'excision de même que la lapidation, comme mentionnée dans le Code de vie, étaient donc ridicules. Ce document n'avait aucune portée légale.  
Le maire affirme que le débat «n'a duré que deux semaines à Hérouxville» avant de se transporter à l'échelle nationale. Il estime que les médias n'ont alors pas fait la distinction entre une résolution municipale et un Code de vie transporté par un individu. «C'est ce que je déplore de cette histoire», précise le maire. 
«Lorsque je suis arrivé à la mairie en 2009, je ne voulais plus qu'Hérouxville soit caricaturée. On a alors passé une résolution disant que le document du Code de vie devenait un document dans l'histoire de la municipalité et qu'on l'archivait. Depuis ce temps, on n'a jamais remis sur le tapis ce sujet.» 
Bernard Thompson affirme que les maires de la MRC de Mékinac, dont plusieurs étaient en accord avec le principe «qu'à Rome on fait comme les Romains» dit-il, n'avaient pas fait cheminer le controversé document dans leur municipalité. «On est depuis passé à autre chose. Jamais je n'en entends parler du Code de vie», précise le maire d'Hérouxville.
La responsabilité de ces questions concerne, estime le maire Thompson, les gouvernements. Il rappelle aussi que ce n'est pas Hérouxville qui a lancé le débat sur les accommodements raisonnables. Plusieurs cas controversés auprès d'une partie de la population d'accommodements avaient fait la manchette dès 2006. Il y avait notamment eu l'histoire de l'adolescent qui pouvait porter un kirpan à l'école ou encore les vitres givrées de la salle d'entraînement du YMCA d'Outremont payé par les Hassidimes pour éviter de voir les femmes en tenues de sport. 
Certains citoyens d'Hérouxville ont pu être insultés par les caricatures dont ils ont fait l'objet, mais l'actuel maire de la localité fait la part des choses. Il avoue qu'il a trouvé très drôle le sketch de RBO Hérouxtyville lors du Bye Bye 2007. «Il a fait rire bien du monde, moi le premier j'ai trouvé ça amusant», indique le maire.
Normand Pronovost voit souvent des automobilistes arrêter devant ce panneau d'Hérouxville pour prendre des photos. Même si le phénomène n'est pas aussi important qu'en 2007, il se poursuit dix ans après le Code de vie.
Les esprits toujours marqués
La majorité des Québécois ont découvert l'existence d'Hérouxville avec le Code de vie. Ce document controversé a soulevé les moqueries de plusieurs. Encore aujourd'hui, des automobilistes arrêtent devant le panneau de signalisation du rang Saint-Pierre indiquant l'arrivée à Hérouxville pour prendre des photos. Certains vont même jusqu'à se mettre un foulard sur la tête, imitant un voile. «Lorsque le Code de vie avait été présenté, les gens arrêtaient souvent pour prendre des photos devant le panneau d'Hérouxville», se souvient Normand Pronovost, un résident demeurant devant cette affiche de signalisation.