André Drouin

Code de vie d'Hérouxville: André Drouin est décédé

L'instigateur du célèbre Code de vie d'Hérouxville n'est plus. André Drouin s'est éteint dimanche. L'ancien conseiller municipal qui avait été propulsé au-devant de la scène médiatique après la rédaction de ce document souffrait du cancer.
André Drouin est décédé dimanche en fin de soirée. L'homme de 70 ans était entouré de ses proches. Il laisse notamment dans le deuil sa conjointe, Luce Rivard, et trois enfants. Sa compagne, qui le décrit comme un grand homme qui savait défendre ses convictions, a affirmé au Nouvelliste que la famille souhaite vivre ces épreuves dans l'intimité et loin des caméras. 
Le Code de vie d'André Drouin a grandement marqué les esprits lorsqu'il a été publié il y a dix ans. Ce code interdisait notamment à Hérouxville la lapidation des femmes et l'excision. Cette initiative s'inscrivait dans un contexte de refus de plusieurs accommodements raisonnables religieux accordés au Québec. 
Le document coécrit par André Drouin et dévoilé le 27 janvier 2007 avait été un des éléments entraînant la création de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, soit la Commission Bouchard-Taylor.
Présenté alors que des cas d'accommodements religieux choquaient plusieurs Québécois, le Code de vie a cristallisé et amplifié le débat. En réponse à cette situation, le premier ministre de l'époque, Jean Charest, a annoncé le 8 février la création de cette commission. 
Ce fameux Code de vie célébrait son dixième anniversaire en janvier dernier. Le Nouvelliste avait alors rencontré son coauteur afin de revenir sur ses impacts. André Drouin souffrait déjà de la maladie qui l'avait amaigri et affaibli. Il n'avait toutefois pas dévoilé son état de santé. Malgré tout, il tenait à accorder des entrevues, tellement il considérait que cette question était importante. Il avait alors déclaré que rien n'avait changé depuis qu'il avait écrit ce code.
André Drouin affirmait lors de cette entrevue que la société québécoise accueillait encore très mal ses immigrants. 
Car pour les personnes qui ont collaboré avec lui ces dernières années, André Drouin souhaitait vivement que le Québec intègre mieux ses nouveaux arrivants.
«Les gens l'ont peut-être mal perçu en pensant qu'il était fermé à l'immigration et ce n'était pas le cas. Il avait de nombreux amis immigrants. Je pense entre autres à Djemila Benhabib», affirme Ghyslain Parent, professeur au Département des sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
«André Drouin avait vu des drames, car il avait été dans des pays théocratiques où il avait vu de la souffrance et des morts. Il s'est dit qu'il ne voulait pas ça pour son Québec.»
Ghyslain Parent décrit André Drouin comme «un très bon gars qui savait où il s'en allait». «Il était foncièrement humain», précise le professeur. «On voulait tous les deux la laïcité. On savait que c'était la façon pour vivre ensemble.»
Ancienne religieuse et militante pour la laïcité, Andréa Richard a également accueilli difficilement la nouvelle de la mort d'André Drouin. Elle se souvient comme si c'était hier d'un souper organisé il y a deux mois afin de rendre hommage à l'ancien conseiller d'Hérouxville.
«Une semaine après, il a été hospitalisé. André était tellement content de ce souper», avoue Mme Richard. «Nous voulions le remercier pour tout ce qu'il a fait avant qu'il parte. André est le premier qui a donné vraiment l'alerte du radicalisme islamiste.»
Louise Hubert est à l'origine de la disparition de la prière lors des séances du conseil municipal de Trois-Rivières. Cette militante pour la laïcité a également appris avec regret le décès d'André Drouin, un homme qu'elle estimait.
«Une phrase me vient à l'esprit: seule la mort peut venir à bout d'un guerrier», affirme-t-elle. «Lorsqu'il a sorti son Code de vie il y a dix ans, je suis certaine que cela a été très pénible qu'on tire sur le messager et qu'on le ridiculise à tel point qu'on n'écoute pas son message. Malgré tout, il a continué.»