Il y a un an, l’urgence du centre Cloutier-du Rivage était fermée et transformée en clinique de proximité.
Il y a un an, l’urgence du centre Cloutier-du Rivage était fermée et transformée en clinique de proximité.

Cloutier-du Rivage, d’urgence à clinique de proximité: une mission chamboulée par la pandémie

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Il y a un an, le secteur Cap-de-la-Madeleine perdait l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage pour y voir naître la nouvelle Clinique de proximité. Si la modification à l’époque a fait couler beaucoup d’encre et n’a pas fait l’unanimité dans la population, le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec considère aujourd’hui que la clinique a rempli les attentes, en plus d’offrir un modèle qui a su s’adapter rapidement aux besoins générés par la pandémie de coronavirus. Un avis que ne partagent toutefois pas ceux qui auraient préféré conserver une urgence dans ce secteur de la ville.

L’objectif de la clinique de proximité était au départ d’offrir une prise en charge plus globale aux patients, en leur permettant de pouvoir consulter des infirmières praticiennes spécialisées et de première ligne (IPS et ISPL), mais aussi des intervenants en santé mentale, nutritionniste, kinésiologue, inhalothérapeute et au besoin un médecin. On note par ailleurs que depuis l’ouverture, 1500 patients orphelins ont pu avoir un médecin de famille, dont 1000 ont déjà obtenu une première consultation.

L’arrivée de la pandémie a toutefois changé la donne à partir du mois de mars, étant donné que la clinique a rapidement été convertie en Clinique désignée d’évaluation. Si, avant le mois de mars, les patients orphelins pouvaient avoir accès à une consultation en se présentant le matin même, ces mêmes patients orphelins sont depuis redirigés vers d’autres cliniques qui ont pris en charge cette clientèle en cette période particulière. Les consultations pour les clients inscrits à la clinique de même que les activités de suivis avec les spécialistes ont tout de même pu se poursuivre dans une zone désignée pour éviter la propagation du virus, assure Karine Lampron, directrice des services ambulatoires et des soins critiques au CIUSSS-MCQ.

De l’ouverture jusqu’au mois de mars, une moyenne de plus de 50 patients par jour ont été vus à la clinique sur semaine, et environ 25 par jour la fin de semaine, constate Mme Lampron, indiquant que ces chiffres rencontrent les objectifs initiaux fixés par le CIUSSS-MCQ. Depuis mars, pas moins de 4400 personnes ont consulté pour la Clinique désignée d’évaluation, mais 320 suivis ont aussi été réalisés par des professionnels, sans compter toutes les consultations auprès des médecins de famille et des activités de téléconsultation en santé mentale.

Karine Lampron, directrice des services ambulatoires et des soins critiques au CIUSSS MCQ.

Le Syndicat des professionnelles en soins de santé de la Mauricie (FIQ) nuance toutefois certains chiffres. Si une moyenne de 50 patients étaient vus par jour, pas plus de dix ou douze de ces patients étaient traités par une IPS, indique la présidente du syndicat, Nathalie Perron. «Pour le moment, ça n’est pas ce que ça devait être, de la façon dont ça nous avait été présenté. Évidemment, la pandémie fait en sorte que la clinique ne peut pas complètement remplir sa mission première», reconnaît celle qui rappelle que le syndicat n’a jamais été opposé à ce changement de vocation.

Mme Perron indique que lorsque l’urgence était en fonction, une moyenne de 56 patients étaient vus par jour, soit 20 477 patients en 2018-2019. Le retour à la vocation normale de la clinique, une fois la pandémie terminée, changera peut-être la donne, souligne Nathalie Perron.

Cap-de-la-Madeleine

Au CIUSSS-MCQ, on note que 60% de la clientèle reçue entre octobre et mars provenait du secteur Cap-de-la-Madeleine, alors que ce pourcentage était en bas de 50% lorsque l’urgence était en opération. «On souhaitait voir cette clientèle augmenter et c’est ce qui est arrivé. Sans compter que près de 1500 patients qui étaient orphelins ont maintenant un médecin de famille. C’est un gain très important pour nous», indique Karine Lampron.

Cette dernière ajoute également que les postes d’IPS et autres spécialistes ont tous été désignés, et qu’une seule ne travaille pas encore à Cloutier-du Rivage, mais devrait y être sous peu. Le modèle mis en place par cette équipe d’IPS et ISPL a même remporté un prix au niveau régional pour son efficacité, note Mme Lampron, qui n’exclut pas la possibilité que davantage de postes soient ouverts dans le futur.

La vocation de la clinique de proximité a changé lorsque le centre est devenu une Clinique désignée d’évaluation pour le coronavirus.

Toutefois, pour Andrée Lanneville, infirmière à la retraite qui a oeuvré à Cloutier-du Rivage et qui s’était opposée l’an dernier à la fermeture de l’urgence, la conversion de l’urgence en clinique de proximité aura été une perte pour les gens du secteur.

La dame avait d’ailleurs lancé une pétition dans la communauté pour demander le maintien des services d’urgence dans ce secteur de Trois-Rivières, pétition qui avait récolté plus de 7000 signatures et qui avait été portée à l’Assemblée nationale, mais en vain.

«Je continue de penser que ce n’était pas la chose à faire. Ce qu’ils voulaient en faire, ce n’est pas ce qui est arrivé. À mon avis on a perdu beaucoup là-dedans. Mais ce que j’en retiens c’est qu’il y a eu une grande perte d’efficacité et de services pour les gens de notre secteur qui n’ont plus accès aux mêmes soins et aux mêmes horaires, qui ont aussi été réduits», soutient Mme Lanneville, qui affirme qu’en aucun temps, cette nouvelle clinique n’aura permis de réduire la pression sur les autres urgences, dont celle du pavillon Sainte-Marie.

Mme Lanneville ne regrette toutefois pas les efforts mis dans la mobilisation et estime que ce travail était nécessaire. «On a pu mobiliser autant de monde en moins de trois semaines. Je n’ai aucun regret, je ne pouvais pas faire plus, mais je devais faire quelque chose. C’est le résultat qui est décevant, c’est tout», explique-t-elle.

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de santé de la Mauricie (FIQ).

Un avis que partage Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers du CIUSSS-MCQ. «Ce qui est tragique dans ça, c’est qu’on a coupé un service de proximité pour le secteur du bas du Cap, où l’on retrouve beaucoup de personnes à faibles revenus. On le disait à l’époque et on le dit encore, ça a été une décision politique au détriment de la population», croit-il.

Médecin ou infirmière?

Lors des premières semaines après l’ouverture, on constatait notamment qu’entre 10 et 15 patients par jour devaient rebrousser chemin puisqu’ils n’arrivaient pas à obtenir de consultation s’ils ne se présentaient pas aux petites heures du matin. Karine Lampron nuance ces faits en rappelant qu’il leur était toujours possible de rencontrer une infirmière pour faire l’évaluation de leur situation et même obtenir des soins, mais que la plupart des gens qui rebroussaient chemin le faisaient parce qu’ils souhaitaient rencontrer un médecin à tout prix. Mme Lampron reconnaît qu’il y a eu de la sensibilisation à faire à ce niveau. «L’infirmière a très souvent les compétences pour évaluer et traiter les personnes qui se présentent», indique-t-elle, rappelant que si le cas le nécessite, il pourra voir un médecin ou alors être référé. Mme Lampron n’hésite d’ailleurs pas à dire que le modèle de la Clinique de proximité pourrait faire école, puisque les orientations ministérielles post-pandémie se dirigent vers ce modèle de prise en charge globale du patient, plutôt que d’encourager les consultations à la pièce.

«Les premiers six mois ont été concluants pour nous. Ça nous a aussi aidés à faire face à la pandémie, mais le modèle sera aussi bénéfique en post-pandémie», mentionne Karine Lampron.

Améliorations

Dans le futur, on prévoit toutefois revoir le mode de prise de rendez-vous par coupon tôt le matin. «Dès la fin février, on prévoyait revoir cette façon de faire, avant que la pandémie n’arrive. On a constaté que ça pouvait brimer une partie de la clientèle qui ne pouvait se déplacer et qui tentait d’obtenir un rendez-vous par téléphone. Nous allons revoir ça», indique Karine Lampron.

Andrée Lanneville estime qu’un an plus tard, la population du secteur Cap-de-la-Madeleine a perdu gros.

Impossible pour le moment de savoir quand la Clinique de proximité reprendra du service uniquement avec sa vocation première. L’ouverture cette semaine d’un centre de dépistage massif à la bâtisse industrielle permettra à Cloutier-du Rivage de regagner des espaces et d’augmenter l’accès aux médecins. Par contre, la clientèle orpheline sans symptômes de COVID devra continuer de composer le 1-844-313-2029 pour obtenir une consultation dans l’un ou l’autre des GMF du territoire.

Les patients qui présentent des symptômes de COVID, qu’ils soient orphelins ou qu’ils aient un médecin de famille, doivent quant à eux téléphoner au 1-877-644-4545 pour savoir où aller se faire dépister.