Une clinique à l’UQTR permet aux chercheurs d’accueillir des personnes asymptomatiques.
Une clinique à l’UQTR permet aux chercheurs d’accueillir des personnes asymptomatiques.

Clinique de dépistage à l’UQTR: déjà un franc succès

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le projet DECOPA amorcé mardi par des chercheurs de l’UQTR sous forme d’une clinique de dépistage de la COVID-19 chez les personnes asymptomatiques et confinées connaît déjà un franc succès.

«On a commencé avec la possibilité d’avoir 70 rendez-vous et ce sont 100 % des rendez-vous qui ont été occupés aujourd’hui (mardi). Tout le monde s’est présenté», raconte la professeure Lyne Cloutier du département des sciences infirmières de l’UQTR.

Pas moins de 200 personnes attendent déjà pour des demandes de rendez-vous.

Rappelons que cette clinique, réalisée à des fins de recherche, est réservée exclusivement aux quelque 2000 employés de l’UQTR.

«Les gens se présentaient avec plaisir, un peu préoccupés, oui, avec sérieux, mais en même temps avec le plaisir de participer au projet de recherche», souligne-t-elle. «Ils étaient fiers d’être là.»

D’emblée, l’équipe DECOPA, qui regroupe 11 chercheurs, tient à souligner que leur recherche «ne donnera pas toutes les réponses», précise la professeure Cloutier. Ce sera, dit-elle, «une pièce du grand puzzle».

Hugo Germain, professeur au département de chimie, biochimie et physique, explique que «ce qui est vraiment spécial avec la COVID, c’est que c’est une maladie pour laquelle il n’y a à peu près pas d’informations. On se bat contre un ennemi qu’on ne connaît pratiquement pas. Le grand ‘‘buzz word’’, c’est l’immunité collective, mais c’est quelque chose qui est très difficile à évaluer. On ne sait même pas si l’on développe une immunité à ce virus-là», dit-il.

Le groupe espère à tout le moins donner de nouvelles informations à la santé publique afin de l’aider dans ses prises de décisions, explique-t-il.

Le professeur Germain indique qu’il n’est pas du tout surpris de la réaction de la communauté de l’UQTR, face au projet de recherche. «Tout le monde veut faire quelque chose dans la lutte contre la COVID», dit-il. «Je suis très fier de notre communauté.»

Cette clinique a été mise en place alors que l’Université est confinée elle aussi.

Le Dr Alexis Danylo, médecin microbiologiste-infectiologue au CIUSSS-MCQ, explique qu’être immunisé contre une maladie, «c’est qu’une fois qu’on l’a faite, qu’on a développé des anticorps, qu’on l’a combattue, normalement, on ne devrait pas la refaire», explique-t-il. Or, ce n’est pas à cette question que le projet de recherche veut répondre. «Être porteur asymptomatique, c’est faire l’infection, avoir une réplication virale, mais ne pas développer de symptômes.»

Ce sont ces personnes qui intéressent la recherche en cours. Ces personnes asymptomatiques sont toutefois peut-être aussi présymptomatiques, c’est-à-dire qu’elles «ont un peu de virus en dedans d’elles qui se réplique et elles sont vers la fin de leur période d’incubation et dans les jours qui suivent, dans la semaine qui suit, vont finir par développer des symptômes et développer la maladie», résume-t-il.

Ce que les chercheurs veulent, donc, c’est de savoir si les personnes asymptomatiques ou présymptomatiques sont contagieuses. «Avec ce qui se passe dans les CHSLD et ce qui s’est passé dans d’autres pays comme en Italie, comme à New York, on a l’impression que, peut-être, les asymptomatiques vont contribuer en partie à la transmission du virus, mais dans quelle mesure? Ce n’est pas encore bien connu», explique le Dr Danylo.

«Notre projet de recherche ne répondra pas à cette question-là non plus», précise-t-il. Pour y répondre, «il faudrait qu’on regarde les asymptomatiques qui ont eu des contacts. Avant et après avoir eu des contacts, est-ce que leurs contacts développent la maladie?», résume-t-il.

«On sait que dans notre région, il y a eu de la transmission active», dit-il. La question est donc de savoir s’il y a «eu beaucoup de porteurs asymptomatiques chez les personnes qui auront ou pas respecté les mesures», résume le Dr Danylo.

Un test de détection des acides nucléiques est utilisé, au cours de la recherche, pour faire le dépistage des personnes infectées et asymptomatiques, précise le professeur Germain. Les participants seront contactés individuellement pour recevoir leurs résultats. On prévoit que 300 à 400 personnes pourront être testées à la clinique d’ici vendredi.

Dans la littérature scientifique émergente concernant le pourcentage de personnes asymptomatiques, on parle de 2 % à 5 %, mais ce chiffre n’est pas encore certain. Le professeur Germain estime, d’après diverses données, que ce serait davantage entre 0 % et 5 %. Cela demeure toutefois très préliminaire.

Les personnes qui seront testées au cours de l’étude de l’UQTR seront-elles asymptomatiques ou présymptomatiques? Malheureusement, la portée du protocole ne permettra pas de pousser l’investigation aussi loin.