Les versions se contredisent entre le syndicat et la direction en ce qui concerne les relations de travail à Radio-Canada Mauricie.

Climat de travail à Radio-Canada Mauricie: le syndicat réclame un comité d’enquête

Trois-Rivières — Le Syndicat des communications de Radio-Canada vient de porter plainte au Conseil canadien des relations industrielles et au ministère de l’Emploi en lien avec un présumé cas d’intimidation survenu à l’endroit d’un journaliste de Radio-Canada Mauricie. Dans la foulée de révélations entourant un jugement rendu dans le dossier d’une ex-employée de la station trifluvienne, le syndicat exige du même coup de la direction de Radio-Canada qu’elle mette en place d’urgence un comité d’enquête sur le «climat de travail malsain» observé dans cette station régionale, mais également à la grandeur de la province, une demande qui est présentement à l’étude par la direction.

Un jugement récemment rendu dans le dossier d’une ancienne employée de la station trifluvienne qui avait déposé des griefs pour harcèlement psychologique et abus de pouvoir a fait ressortir sur la place publique l’existence d’études menées auprès du personnel de Radio-Canada Mauricie, faisant état d’un haut taux de détresse psychologique. Le rapport en question, produit en mars 2015 par la conseillère syndicale Natacha Laprise, révélait en fait qu’à Trois-Rivières, 67 % des employés disaient souffrir de détresse psychologique élevée, et 22 % de détresse psychologique modérée. Les résultats, compilés pour chaque région du Québec, démontrent également que 41 % de ces personnes disent que leur détresse psychologique est entièrement liée au travail.

Selon le syndicat, un gestionnaire s’est rendu en début de semaine à la station de Trois-Rivières pour rencontrer les employés, et aurait commis de l’intimidation envers le journaliste et officier syndical Pierre Marceau. «Il y aurait eu du langage de mépris à son endroit, tentant de le discréditer aux yeux des autres employés. On aurait aussi tenté de miner sa confiance personnelle», soutient Caroline Belley, responsable aux griefs et aux litiges au syndicat. Selon elle, la direction lui reproche notamment d’avoir coulé les informations qui ont mené aux reportages entourant le jugement rendu à l’égard de l’ancienne employée, ce que nie formellement le syndicat.

Joint par téléphone, jeudi, le journaliste Pierre Marceau a préféré s’abstenir de commenter sur la place publique. La direction de Radio-Canada, par la voix de son premier directeur des relations publiques Marc Pichette, reconnaît qu’un gestionnaire est allé à la rencontre des employés trifluviens cette semaine, mais soutient que les allégations d’intimidation véhiculées par le syndicat sont totalement fausses. Le syndicat a déposé, pour sa part, une plainte au Conseil canadien des relations industrielles.

Dans cette optique, le syndicat réclame désormais la mise en place en urgence d’un comité d’enquête pour se pencher sur la question de ce qu’il qualifie de «climat de travail malsain». «Ce n’est pas un problème qui touche uniquement Trois-Rivières, mais c’est pan-Québec. Ici, on reçoit au moins une fois par semaine des gens qui pleurent», constate Caroline Belley, qui affirme notamment que l’employeur peut décider de mettre différemment en application des articles de la convention collective de manière à venir léser les employés, et qu’il s’exerce aussi un très grand contrôle de la part de la direction. «On a déjà vu un cas d’employé qui, en raison d’un retard de cinq minutes, voyait désormais ses entrées et sorties être scrutées à la loupe» cite-t-elle en exemple. «C’est un mode de gestion qui ne considère pas le bien-être des employés», ajoute-t-elle, affirmant que le très haut taux de précarité n’incite pas les employés à s’exprimer librement lorsqu’ils vivent des situations difficiles.

La direction de Radio-Canada ne partage toutefois pas cet avis. «Il est faux de prétendre qu’un climat malsain règne à Radio-Canada. Nous offrons un milieu de travail sain et nous travaillons très fort pour le préserver. Notre politique a toujours été celle de la porte ouverte et nous désirons travailler en mode ouverture, de concert avec le syndicat», indique Marc Pichette. 

Ce dernier soutient que plusieurs initiatives ont été mises en place dans les dernières années pour maintenir un climat de travail sain. «Notre code de pratiques a été mis à jour récemment, et nous avons réaffirmé haut et fort que toute forme de harcèlement ou d’abus de pouvoir n’est absolument pas tolérée dans l’entreprise», ajoute-t-il.

Quant à la demande de mise en place d’un comité d’enquête, M. Pichette a simplement indiqué que Radio-Canada allait étudier la demande.