Les étagères de la librairie Clément Morin se vident rapidement, si bien que la fermeture définitive a été devancée au 14 juillet, confirme la propriétaire Sylvie Morin.

Clément Morin: la fin après 50 ans d'histoire

C'est la fin pour la Librairie Clément Morin, une librairie présente dans le paysage culturel de Trois-Rivières depuis plus de 50 ans. La tristesse et la consternation se lisaient samedi après-midi sur les visages des derniers clients de la librairie indépendante qui a fermé pour de bon samedi. Un symbole trifluvien vient de tomber.
La propriétaire de la librairie, Sylvie Morin, ne cachait pas son affliction samedi après-midi à quelques heures de la fermeture définitive du commerce. «C'est dur», avoue-t-elle les larmes aux yeux. «C'est très dur.»  
Il ne restait qu'une petite poignée d'employés ce week-end sur les 32 du commerce. Les adieux ont eu lieu vendredi soir. Plusieurs de ces employés étaient de l'équipe de la Librairie Clément Morin depuis de nombreuses années. «Vendredi, la journée a été pénible. Tous les employés sont partis. Les gens ont beaucoup pleuré», affirme-t-elle. 
Le président du syndicat qui représentant les employés affiliés à la CSN souligne toutefois que l'hypothèse de la fermeture était envisagée dès le mois de janvier dernier. Malgré tout le choc est dur à encaisser. Philippe Picard ne croit pas que les libraires et les commis de librairies se trouveront des emplois dans les autres librairies de Trois-Rivières. 
La scène était triste à voir samedi après-midi. Les étagères normalement bondées de livres étaient presque toutes vides. La libraire et le café que tant de personnes ont fréquenté au fil des années avaient perdu leur âme. 
Les clients qui sortaient de la librairie ne se disaient pas heureux d'avoir profité des rabais de 80 % sur les livres restants. Ils étaient plutôt attristés à l'idée de quitter ce lieu qu'ils aimaient pour une dernière fois. 
«Ça fait mal au coeur que ça ferme. Nous sommes de Trois-Rivières, mais nous avons dû déménager à Québec en 1999. Mais toutes les fins de semaine on venait faire notre tour ici», a souligné Huguette Gélinas, en compagnie de son conjoint Yves Gélinas. 
«Nous sommes vraiment désolés que ça ferme. Nous avons vraiment un pincement au coeur. Nous allions chez Clément Morin lorsque c'était au Centre commercial Les Rivières. C'était notre librairie. Et le café était un endroit vraiment super.»
Les clients ont été nombreux à signer au cours des dernières semaines un livre laissé à l'entrée de la librairie depuis l'annonce de sa fermeture. Rempli de mots d'encouragement dédié aux employés, ce livre raconte l'histoire de Clément Morin par différentes anecdotes. 
«La tristesse et le choc de perdre une partie de l'âme de la ville sont ce qui revient le plus chez les clients. On a eu beaucoup de soutien de leur part», ajoute Philippe Picard.  
Tout était à vendre au cours des dernières semaines, des livres au mobilier en passant par l'équipement informatique et même les plantes. «Un cactus pour 100 $», pouvait-on lire sur une affiche juste à côté du géant de 6 pieds. 
Rappelons que la propriétaire de la librairie a annoncé le printemps dernier qu'elle prenait sa retraite. Elle n'a toutefois pas réussi à trouver de la relève pour reprendre le commerce. Quelques tentatives pour sauver Clément Morin ont eu lieu au cours des derniers mois, mais sans succès. 
Des négociations de la dernière chance ont eu lieu en juin entre la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie et le propriétaire du bâtiment, Pierre Letendre, des Placements P.L., mais les garanties financières nécessaires pour assurer la relance de la librairie ne pouvaient être avancées. 
Le propriétaire des Café Morgane, Guy Marcotte, a affirmé au Nouvelliste lors de l'annonce de la fermeture que la relance de l'entreprise aurait exigée des réorganisations dans la structure de gestion et que la syndicalisation de la librairie a créé des incertitudes chez les bailleurs
de fonds. Le temps a manqué pour mener à bien ces réorganisations. 
Sylvie Morin croit que le propriétaire de l'immeuble a déjà un client en tête. «Je pense qu'il est prêt à attendre d'avoir un gros client, au lieu que la librairie continue», affirme-t-elle en ajoutant que lors de la rencontre entre la Société Saint-Jean-Baptiste et le propriétaire de l'immeuble, celui-ci leur aurait dit qu'il n'avait que «10 minutes à leur accorder». 
«Les mots qui revenaient toujours étaient ''manque de temps''», conclut Philippe Picard en tentant d'expliquer la situation actuelle en affirmant que les travailleurs et le syndicat «ont fait leur bout de chemin» pour tenter de sauver la librairie.