L’école secondaire des Pionniers est une de celles où certains cours se donneront à distance au secondaire.
L’école secondaire des Pionniers est une de celles où certains cours se donneront à distance au secondaire.

Classes-bulles à respecter: les écoles se «virent sur un 10 sous»

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Alors que la rentrée au secondaire était bien planifiée et les horaires fin prêts, les directives de dernière minute annoncées par Québec sur les fameuses classes-bulles, il y a quelques jours, ont obligé les établissements scolaires à se «virer sur un 10 sous», comme dit l’expression populaire.

Les élèves, rappelons-le, ne peuvent pas quitter leur classe-bulle pour aller joindre des élèves d’autres classes-bulles pour suivre des cours optionnels. Or, pour le personnel scolaire, cette consigne est venue compliquer grandement les choses.

Alors que la rentrée au secondaire était bien planifiée et les horaires fin prêts, les directives de dernière minute annoncées par Québec sur les fameuses classes-bulles, il y a quelques jours, ont obligé les établissements scolaires à se «virer sur un 10 sous», comme dit l’expression populaire.

Par exemple, si dans une même classe, dix des élèves sont en concentration sciences alors que les autres sont dans d’autres concentrations, la consigne sanitaire interdit de réunir en un même endroit les élèves en chimie provenant de deux classes différentes.

Pour contourner cette nouvelle contrainte, les écoles tant privées que publiques ont dû faire preuve de flexibilité et surtout d’imagination.

Dans le secteur public, dans la région, seul le Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy a dû se résigner à faire suivre des cours à distance à certains de ses élèves pour arriver à respecter la consigne.

Le CSS ne peut dire, pour l’instant, combien d’élèves devront vivre cette situation qui touche exclusivement les 4e et 5e secondaire, indique la responsable des communications, Anne-Marie Bellerose. Les écoles touchées sont Chavigny, les Pionniers, l’Académie des Estacades et l’école Avenues-Nouvelles.

La situation touche en majorité les cours optionnels de mathématiques et de sciences, dit-elle.

Il n’y a pas de transport scolaire spécial pour permettre aux jeunes d’aller suivre ces cours à la maison. Il n’y en a pas non plus sur l’heure du dîner. Dans certains cas, donc, «l’organisation de l’horaire fait que l’élève passe une journée à distance», dit-elle. Dans d’autres cas, l’élève pourra suivre son cours à distance, mais à l’intérieur même de son école, par exemple à la bibliothèque ou dans un local attitré. L’élève utilisera alors son ordinateur personnel ou un appareil que lui prête l’école, explique Mme Bellerose.

Le hic, c’est de maintenir l’intérêt des élèves pendant ces périodes d’apprentissage à distance.

«Toutes les équipes-écoles (psychologues, TES, orthopédagogues, etc...) sont bien sensibilisées à la situation et sont à l’écoute des besoins des élèves», assure-t-elle.

Pour les enseignants, la consigne de Québec a impliqué une réorganisation du travail et une révision des plans de cours «en mettant l’accent sur les savoirs essentiels», indique la porte-parole du CSS du Chemin-du-Roy.

«Cette situation a aussi amené les enseignants à revoir leurs approches pédagogiques», ajoute-t-elle. «Plusieurs ont saisi cette opportunité pour se renouveler et enrichir leurs pratiques pédagogiques», précise Mme Bellerose. Ils sont d’ailleurs «soutenus par une équipe de conseillers pédagogiques.»

Chaque école a dû trouver une approche qui lui permettrait de se conformer à l’inflexible consigne du ministère et de la santé publique sur le respect des classes-bulles.

À l’Institut Keranna, par exemple, où l’on tient mordicus à ce que les élèves soient à l’école en tout temps, les options et concentrations ont toutes été maintenues, «mais elles seront vécues différemment», explique la directrice de l’institut, Julie L’Heureux.

C’est que «les élèves de chaque niveau vivront toutes les options ou concentrations en rotation pendant l’année», explique-t-elle.

Par exemple, en 1re secondaire, en septembre et en octobre, tous les élèves vivront, dans une classe, la concentration arts et multimédias. Ensuite, en novembre et décembre, ce sera une autre concentration et ainsi de suite», illustre Mme L’Heureux.

Avant la COVID, les élèves d’une même classe se dispersaient chaque jour pour aller suivre un cours dans la concentration (au premier cycle) ou option (au 2e cycle) de leur choix pour l’année, par exemple la concentration anglais. Les contraintes imposées par la COVID obligent désormais à faire autrement, mais l’école est loin d’y voir un drame, finalement.

«Ils sont tous à l’âge où il faut explorer et développer des passions», fait valoir la directrice.

Donc plutôt que de les priver complètement de leurs options ou concentrations ou «plutôt que d’en choisir une pour tous, nonobstant leurs propres intérêts personnels», Keranna a décidé que «tous vivront toutes les concentrations», résume-t-elle.

Pour les enseignants de ces options, cela signifie qu’ils auront affaire à des groupes différents tous les deux mois. Pour les élèves, cela implique que leur groupe-bulle sera gardé intact.

Au Séminaire Sainte-Marie, où l’on jouit de beaucoup d’espace physique permettant la distanciation, «on a été capable de faire des sous-groupes. Par exemple, en 5e secondaire, le même groupe-bulle se divise en deux quand ce sont des options et ils vont dans deux locaux différents, un s’en va en chimie et l’autre en arts et communications», illustre le directeur, Jean-Sébastien Roy, «mais ils ne côtoient pas d’autres bulles», fait-il valoir.

Le SSM a suffisamment de locaux pour pouvoir procéder de la sorte «et on a des enseignants polyvalents. On a été capable de s’organiser», dit-il. La façon de faire ne multiplie pas, pour les enseignants, le nombre de cours à donner, par exemple pour 5e secondaire, en tous cas, puisque le SSM n’a qu’un seul groupe à ce niveau en ce moment.

«Pour nous, ça ne change pas grand-chose. Ils étaient divisés quand même. On a beaucoup d’options, donc on était habitué d’avoir cette structure-là», fait valoir le directeur.

Ça, c’est en plus, rappelons-le, de la mise sur pause jusqu’au 14 septembre des activités d’options non académiques. Au Séminaire Sainte-Marie, par exemple, les élèves n’ont plus accès jusqu’à nouvel ordre à leur activité favorite, le E-Sport, même si la salle où ils jouent assis permet une distanciation sociale autant que dans un restaurant ou dans une salle de cinéma. Or, cette activité fort populaire chez les jeunes avait contribué grandement, l’an dernier, à la hausse des inscriptions au SSM.

«En attendant, les jeunes font d’autres activités d’intégration, mais par groupe-bulle. On leur fait découvrir autre chose en attendant», indique le directeur, Jean-Sébastien Roy. On parle de cuisine, de marche en forêt ou de danse. «La classe-bulle est intacte.»

Le milieu scolaire espère de tout cœur, évidemment, que cette situation ne perdurera pas.