Les risques de chutes sont grands dans les établissements de santé.

CIUSSS MCQ: plus de 15 000 chutes en 2018-2019

Trois-Rivières — Les chutes font partie du quotidien dans les CHSLD, a-t-on entendu, lundi, lors de la conférence de presse tenue par le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) concernant la mort de Guy Bastien. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents: pas moins de 15 143 déclarations de chutes ont été complétées dans l’un des établissements du CIUSSS MCQ du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, selon des données préliminaires obtenues par Le Nouvelliste. C’est une quarantaine de chutes par jour.

Elles surviennent surtout dans les CHSLD (59 %) et dans les centres hospitaliers (19,3 %). Si 99,3 % de ces accidents n’entraînent peu ou pas de conséquences pour l’usager, selon le CIUSSS, les chutes peuvent parfois mener à la mort comme ce fut le cas pour Guy Bastien. Rappelons que cet octogénaire atteint d’Alzheimer est décédé au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR), dimanche, après être tombé au Centre d’hébergement Roland-Leclerc à Trois-Rivières, vendredi soir. Les causes de l’accident dans lequel serait impliqué un agent de sécurité sont nébuleuses, c’est pourquoi le CIUSSS et la coroner mènent une enquête.

En 2017-2018, 35 décès ont découlé d’une chute. Ce nombre devrait être sensiblement le même en 2018-2019. Une dizaine d’entre eux était évitable, selon le CIUSSS. «Quand il y a des situations comme celles-là qui se produisent, il y a des analyses qui sont faites. [...] Des actions sont prises, on révise les processus, on évalue la situation et on fait des retours auprès de nos employés tout dépendant de la situation», explique Julie Michaud, porte-parole du CIUSSS MCQ.

Au total, il y a eu 32 500 déclarations d’incidents et d’accidents en 2018-2019, les chutes représentent donc 47 % de ces événements. Pour ce qui est des causes, dans 6460 cas, la personne a été trouvée par terre, on ignore donc les circonstances de l’accident. Pas moins de 3802 personnes sont tombées en circulant.

L’état de santé de l’usager a évidemment une incidence sur le risque de chutes. «Les trois principales causes de ces chutes sont les conditions de l’usager: les déficiences ou les limitations cognitives, les déficiences ou les limitations motrices et la perte d’autonomie», précise Mme Michaud.

Rappelons d’ailleurs que 80 % de la clientèle hébergée en CHSLD est atteinte de la maladie d’Alzheimer ou de troubles neurocognitifs majeurs. Ces établissements sont considérés comme des milieux de vie où on tente de préserver la mobilité des usagers. «On mise vraiment sur le milieu de vie. Toutes nos interventions pour le décontentionnement et le maintien de l’autonomie qui favorisent la mobilité des usagers font en sorte qu’effectivement, il y a des chutes.»

Des mesures sont mises en place dans les établissements de santé pour réduire les risques. Selon Mme Michaud, des règles de pratique professionnelle encadrent le dépistage des risques et la prise en charge à la suite d’une chute. Ainsi, par exemple, dès qu’un usager entre en CHSLD, un formulaire de dépistage du risque de chutes est rempli. Tous les trois mois, il y a une réévaluation. Une telle évaluation est également faite en réadaptation. L’aménagement des chambres est aussi pensé pour réduire les risques. Des sonneries lorsqu’une personne se lève et des tapis antidérapants font notamment partie de l’arsenal antichute. Le personnel suit aussi des formations sur le sujet, assure la porte-parole. «Au niveau des CHSLD, les chutes font un peu partie du quotidien. La perte d’autonomie amène parfois des chutes, mais on est toujours en action. Notre objectif est évidemment de les réduire et d’éviter qu’elles augmentent. On travaille avec le personnel et tout le côté technique.»

ANITA TRÉPANIER

Guy Bastien n’est pas le premier cas qui suscite une telle commotion dans la région. Le 10 janvier 2018, Anita Trépanier est décédée à l’hôpital de Shawinigan à la suite d’une fracture de la hanche causée par une chute survenue trois jours plus tôt au CHSLD de Sainte-Thècle. La dame de 88 ans avait été laissée seule avec un autre bénéficiaire souffrant de troubles cognitifs. Il l’avait poussée de son fauteuil roulant. L’ancienne ministre Julie Boulet avait alors assuré qu’une enquête allait être menée. L’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait aussi commenté l’accident.

Un rapport du coroner a d’ailleurs été publié à la mi-août concernant cet événement. La coroner Renée Leboeuf a émis deux recommandations au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec soit «de s’assurer que les plans d’action en matière d’intervention dans ses CHSLD soient revus régulièrement en fonction des problématiques associées à la clientèle desservie» et «de s’assurer que la quantité de personnel dans ses CHSLD de même que leur formation tiennent compte des problématiques de la clientèle desservie, notamment en matière d’agressivité et de comportement violent».

Il a été établi que le personnel était en nombre suffisant au moment de l’accident impliquant Mme Trépanier.

Les proches d’Anita Trépanier comprennent bien ce que peut vivre la famille de Guy Bastien. «Cette famille, j’avais le goût de lui envoyer une belle carte. Je veux faire un geste pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls, que ça arrive à d’autres familles aussi. On finit par l’accepter. Il faut essayer de le faire le plus sereinement possible», confie Guylaine Veillette, l’une des filles d’Anita Trépanier.

L’histoire de Guy Bastien en est une de plus qui ne lui donne pas envie de battre un record de vieillesse. «Mon but, ce n’est pas de me rendre à 90 ans. Ça ne donne pas le goût quand on entend ces histoires-là, et je trouve qu’il en arrive trop souvent.»

Des changements ont été apportés au CHSLD de Sainte-Thècle à la suite du décès de sa mère. Mme Veillette est satisfaite des modifications. Elle n’en veut pas au bénéficiaire qui a poussé sa mère et encore moins aux employés du centre d’hébergement qui ont toujours été très dévoués, affirme-t-elle.

Elle tente de faire la paix avec les événements. «Ce n’est pas comme ça que je voyais la fin, mais aujourd’hui, je n’ai pas le choix de l’accepter, et de me dire qu’elle doit être bien où elle est. Sinon, je tombe dans la colère, et je ne veux pas ça dans ma vie.»