Il y a encore des discussions sur le possible retour de la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère .

Circulation à double sens: une campagne s’organise

SHAWINIGAN — Le débat sur la pertinence du retour à la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère refait surface. Dans le coin gauche, des commerçants qui souhaitent provoquer du changement pour redonner du tonus à cette artère commerciale et dans le coin droit, une opposition qui craint que cette solution apporte plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait.

Les deux clans se sont manifestés coup sur coup lors de la période de questions de l’assemblée publique régulière du conseil de Shawinigan, mardi. Christiane Jacob, propriétaire de l’institut de beauté Nos secrets de Jouvence, s’est présentée au micro pour demander aux élus de rouvrir ce dossier. Au cours des dernières semaines, elle a obtenu l’appui d’une vingtaine de commerçants, qui souhaitent le retour de la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère.

«Le but est de profiter de la venue de nouvelles infrastructures, dont la marina, qui apportera son lot de touristes», explique Mme Jacob. «L’achalandage risque de devenir important, donc avec beaucoup de retombées économiques.»

La femme d’affaires souhaite que cet investissement soit prévu au budget municipal dès 2020. Immédiatement après son passage au micro toutefois, Catherine Dufresne a pris la parole pour prévenir les élus qu’une forte opposition se soulèverait devant cette proposition.

«Nous avons une pétition qui contient un peu plus de 600 signatures, des citoyens et des commerçants», avertit-elle. Des appuis qui ont été recueillis en une semaine à peine, lorsque le projet s’est ébruité.

Selon Mme Dufresne, le mécontentement s’est répandu comme une traînée de poudre parce que certains commerçants auraient été faussement associés comme promoteurs du retour à la circulation à double sens sur l’avenue de Grand-Mère. Or, il s’agit visiblement d’un sujet à manipuler avec soin.

«On n’a qu’à penser à la question logistique, qui est claire et évidente», explique la copropriétaire du dépanneur Le Complexe. «Présentement, quand il se produit une livraison, une tempête de neige, un engorgement, avec deux voies, c’est simple. On dévie la circulation sur la deuxième voie et tout se passe bien.»

«Imaginez une journée de cueillette des poubelles, avec des livraisons dans les commerces», ajoute-t-elle. «Ici, nous n’avons pas accès à des ruelles pour l’approvisionnement des commerces, comme au centre-ville de Shawinigan. Ajoutez à ça l’hiver, puis le fait qu’on diviserait par deux les espaces de stationnement...»

Des obstacles qui n’émeuvent pas Mme Jacob. «Tous les centres-villes ont des problèmes de stationnement», dit-elle. «Le but est d’arrêter les gens pour qu’ils voient les commerces. Présentement, c’est une vraie piste de course.»

Mme Jacob en a visiblement marre d’entendre les réserves plus ou moins justifiées, selon elle, qui bloquent ce projet. «Sur l’autoroute, on annonce l’Avenue de Grand-Mère», explique-t-elle. «Les gens entrent par la 5e Avenue. Où est l’avenue de Grand-Mère? Je veux aller chercher de la visibilité.»

«Augmenter la circulation sur une rue, ça n’augmente pas la fréquence des gens qui s’arrêtent pour magasiner», croit Mme Durocher. «Même que si c’est compliqué pour y aller, c’est le contraire qui va arriver. La solution arrive beaucoup trop vite, avant même qu’on y réfléchisse.»

Assemblée publique

Les élus ont joué dans ce film en mai 2018. À ce moment, une assemblée d’information sur la pertinence de faire passer l’avenue de Grand-Mère de sens unique à circulation à double sens avait attiré une vingtaine de personnes, qui représentaient 13 commerçants. Devant ce manque d’intérêt, le conseil avait décidé d’abandonner le projet.

«Notre objectif était aussi de donner plus de visibilité aux commerces», rappelle le maire, Michel Angers. «La démarche avait été faite sur la 5e Rue de la Pointe et ça a finalement été fortement apprécié. Mais quand nous avons organisé la rencontre, il y avait quasiment autant de monde en avant que dans la salle! Compte tenu du peu de réception, nous avions retraité.»

Le maire ne dit pas non à rouvrir ce dossier, mais il convient qu’il demeure illusoire de s’attendre à un investissement en ce sens dès 2020. Avant d’en arriver là, il prône l’organisation d’une assemblée citoyenne sur cet enjeu. Il reconnaît également qu’il prêtera oreille aux observations des deux conseillères du secteur concerné, Nancy Déziel et Lucie DeBons. «Je suis contente d’apprendre que vous allez consulter tout le monde», glisse Mme Durocher, qui ne cache toutefois pas sa surprise de voir ce dossier renaître de ses cendres. «Beaucoup de commerçants ont des demandes pour améliorer le centre-ville de Grand-Mère. Nous voulons ramener le monde, mais nous ne sommes pas convaincus que ça va passer par un changement de la circulation.»

Dans la foulée de ce débat, Mme Jacob souhaite ressusciter l’Association des gens d’affaires de Grand-Mère, radiée du registraire des entreprises en septembre 2018, après quelques années de somnolence. Au cours des prochains jours, elle compte d’ailleurs rencontrer le président du Regroupement des gens d’affaires du centre-ville de Shawinigan, Claude Villemure, pour obtenir quelques conseils sur cette relance.