Sylvie Boucher, copropriétaire du dépanneur général Le Colibri, assure qu’il ne faut voir aucune connotation raciste dans la circulaire diffusée à Sainte-Flore.

Circulaire douteuse d’un dépanneur de Sainte-Flore

SHAWINIGAN — Rarement l’acquisition d’un commerce de proximité aura autant fait jaser à Shawinigan. Lors de la séance publique du conseil municipal mardi, les élus ont été interpellés par un citoyen qui voulait savoir comment ils comptaient réagir à la distribution d’une circulaire au goût discutable des nouveaux propriétaires du dépanneur général Le Colibri, à Sainte-Flore.

Au cours des dernières semaines, Éric Ladouceur et Sylvie Boucher ont distribué un millier de dépliants dans leur quartier pour confirmer leur acquisition. Le petit dépanneur, situé presque en face de l’église, piquait du nez depuis quelques années et le couple a décidé d’acheter le commerce de Chao et Lijian Wang l’été dernier.

Or, les termes utilisés dans leur circulaire ont fait sourciller des gens.

«Enfin c’est fait! Ton dépanneur est québécois», scande la publicité, qui annonce également un nouvel inventaire de produits et de nouvelles heures d’ouverture.

À Sainte-Flore, certaines personnes ont attribué des allusions racistes au début de ce message, écrit en gros caractères. Voilà pourquoi Hervé Morel s’est déplacé à la première séance publique du nouveau conseil municipal, mardi soir, afin de savoir ce que les élus comptaient faire avec cette diffusion qui porte à interprétation dans un secteur prisé par les touristes.

«Beaucoup de personnes ont été choquées par cette publicité», note-t-il. «Je voudrais savoir si vous allez intervenir, en tant que Ville.»

Le maire, Michel Angers, qualifie ce dossier de «délicat», étant donné qu’il implique une entreprise privée.

«Nous avons toujours fait preuve d’ouverture envers les communautés culturelles, quelles qu’elles soient», commente-t-il. «J’ai pris connaissance de cela et je trouve ça un peu malheureux. Mais c’est toujours un peu difficile pour nous d’intervenir dans un cas privé. De là à savoir si nous sommes en accord avec cette publicité, absolument pas! Ce n’est pas notre façon de voir les choses. On souhaite que Shawinigan soit une ville inclusive, ouverte sur les communautés culturelles. Alors, ça dérange et ça indispose grandement.»

Pour M. Morel, le silence de la Ville pourrait être interprété comme un cautionnement tacite.

«Je peux dire publiquement que ce n’est pas notre rôle (d’intervenir), mais en privé, nous allons certainement aller faire un petit tour...», prévoit M. Angers. 

Nancy Déziel, conseillère du district de la Rivière, croit que les nouveaux propriétaires ont simplement manqué de vigilance.

«Quand j’ai vu ce mot, je me suis dit que ce n’était pas habile», commente-t-elle. «C’est sur la ligne. Mais j’ai rencontré ces gens et ça ne semble pas être de mauvaises personnes. C’est malhabile, tout simplement. Quand je vais les croiser, je vais leur en toucher un mot. On veut que les gens se sentent les bienvenus à Shawinigan.»

Pas raciste

Au fameux dépanneur mercredi matin, Mme Boucher s’étonnait que le libellé de sa circulaire se soit rendu jusqu’à la séance publique du conseil municipal. Elle fait remarquer qu’elle a travaillé  pendant six ans pour M. Wang, un Chinois. Ce dernier, qui serait déménagé à Montréal, aurait même approuvé le message.

«Il n’y a rien de raciste là-dedans», opine-t-elle. «Je dis que je suis Québécoise. On ne peut plus dire ça?»

Le couple a acquis le dépanneur après de longues négociations entreprises au printemps, d’où, selon elle, la décision de commencer sa publicité par «Enfin c’est fait!». Sans vouloir dévoiler l’investissement, la femme d’affaires précise avoir changé tous les murs du dépanneur et refait l’inventaire du commerce, dont la situation se détériorait depuis trois ans, selon elle. «Nous avons remonté ça pour le monde de Sainte-Flore», fait-elle remarquer. «Les gens ne voulaient pas que ça ferme.»

Questionnée à savoir si elle adopterait la même formulation si c’était à refaire, Mme Boucher souffle le chaud et le froid.

«Je comprends l’interprétation que certaines personnes peuvent faire, mais il faut bien lire», suggère-t-elle. «Si j’avais quelque chose contre les Chinois, je n’aurais pas travaillé pour lui pendant six ans! Faut pas tout prendre tout croche. Personnellement, il y a une seule femme qui m’a dit que ça n’avait pas d’allure, sur 1000 dépliants déposés aux portes.»

«Je ne changerais pas grand-chose si c’était à refaire», ajoute Mme Boucher. «Nous n’avons pas fait ça pour mal faire ou pour choquer qui que ce soit. Si, au Québec, on n’a pas le droit de dire qu’on est Québécois, on a un problème! Je m’excuse si ça a choqué du monde, mais la plupart des gens l’ont bien pris. De toute façon, ce qui est fait est fait.»