Lise Vadeboncoeur s’inquiète du manque de personnel au Centre d’hébergement Roland-Leclerc. Elle interpelle d’ailleurs la ministre Marguerite Blais à ce sujet.

CHSLD Roland-Leclerc: le manque de personnel inquiète

TROIS-RIVIÈRES — Des cloches d’appel qui retentissent à répétition et personne pour y répondre. Alors que Lise Vadeboncoeur s’apprêtait à quitter le Centre d’hébergement Roland-Leclerc, à Trois-Rivières, vers 16 h 30, samedi, après une visite à sa mère, le bruit des cloches et l’absence de personnel l’ont frappée. Il était alors hors de question pour cette ex-infirmière de laisser sa mère seule avec aucune préposée ou infirmière à l’horizon. D’ailleurs, il manquait tellement de personnel que deux gestionnaires ont dû venir prêter main-forte aux employés.

«J’entendais les cloches et personne ne répondait, ce n’était pas normal. J’ai trouvé quelqu’un dans le corridor et elle m’a dit qu’ils étaient en bris de service», raconte la dame.

Mme Vadeboncoeur a alors pris le taureau par les cornes, et elle a contacté elle-même la personne en charge de la liste de rappel. Elle avait entrepris la même démarche pas plus tard que 15 jours avant. «En étant sur les lieux, en voyant ça, je me suis dit que je ne pouvais pas quitter, il fallait que je fasse quelque chose.»

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), on explique qu’il manquait trois préposés aux bénéficiaires et quatre infirmières auxiliaires, en fin d’après-midi, samedi, pour le quart de soir. L’employeur a demandé à des infirmières de jour de rester sur place que ce soit en temps supplémentaire ou en temps supplémentaire obligatoire. Un infirmier de l’hôpital a été appelé en renfort ainsi que deux gestionnaires. Le CIUSSS soutient que la situation était revenue à la normale vers 20 h 30.

Le manque de personnel est un problème connu et le CIUSSS affirme prendre les moyens pour en amoindrir les effets. «Depuis maintenant plus d’un an, on a pris diverses mesures pour essayer de diminuer les impacts de ce manque de personnel. Les efforts au niveau du recrutement, au niveau de l’assiduité de notre personnel, en offrant notamment des rehaussements de postes à nos préposés aux bénéficiaires, en sont des exemples. Une autre mesure qui a été mise en place, c’est justement de demander aux gestionnaires s’il avait des disponibilités pour venir prêter main-forte aux équipes en place», explique Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS.

Selon Mme Vadeboncoeur, le manque de personnel engendre de l’inquiétude chez les résidents. «Les résidents sentaient qu’il se passait quelque chose. Ils sonnaient et personne ne répondait. J’ai vu des visages stressés.»

Sa mère elle-même souffre d’un problème d’anxiété. Mme Vadeboncoeur en a assez de ce manque criant de personnel qui non seulement cause beaucoup d’anxiété à sa mère, mais qui l’inquiète elle-même grandement. «Je suis très, très inquiète, parce que je vois que la liste de rappel au niveau du personnel, c’est comme un château de cartes, ça s’effondre. Il n’y en a pas assez.»

Et la proximité des vacances de Noël n’a rien pour la rassurer. «Au temps des Fêtes, c’est toujours le minimum de personnel. C’est fragile. C’est tout le temps fragile à l’année longue. Que ce soit le personnel ou les résidents, ils peuvent être malades. Le personnel peut être en congé de maladie, et quand il y a un essoufflement généralisé, ça peut être difficile de joindre les gens.»

Elle interpelle d’ailleurs la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants Marguerite Blais dans l’espoir que les choses bougent. «Je demande l’intervention de Mme Marguerite Blais. Je lui demande qu’elle intervienne dans le dossier dans les plus brefs délais afin de régler le problème de manque de personnel. C’est un problème récurrent et inacceptable.»

Mme Vadeboncoeur croit que le personnel fait de son mieux dans ces conditions difficiles. «Ils ont tous un beau sourire, ils veulent tous donner, ils sont tous dans l’empathie, mais ils courent après leur souffle, ils courent après leur temps et le roulement est grand.»

Le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et Centre-du-Québec (FIQ-SPSMCQ) note que le Centre d’hébergement Roland-Leclerc n’est pas le seul endroit où des bris de personnel se produisent dans la région, un manque de personnel qui affecte tous les types d’emplois. «Ça arrive régulièrement un peu partout dans l’organisation, mais qui paye toujours pour? De un, les bénéficiaires, mais de deux, le personnel qui est en place. On n’a pas de loi qui encadre les ratios. Dans les garderies, l’éducatrice va être mise à l’amende si elle ne respecte pas le ratio. Dans les écoles, c’est un peu la même affaire. Il y a des ratios qui doivent être respectés. Mais nous qui travaillons avec des humains qui ont besoin de soins aigus, ce n’est pas grave. Il va falloir que la nouvelle ministre de la Santé s’en mêle et qu’elle exige que les ratios soient respectés et que nos patients aient les soins qu’ils ont le droit de recevoir. »

La FIQ se bat pour implanter des ratios sécuritaires au Québec, mentionne Mme Perron. «On dirait que personne n’est imputable en haut de l’organisation quand les ratios ne sont pas respectés. On dirait que tout le monde s’en lave un peu les mains. On se fait dire: ‘‘Ben là, on n’a pas personne’’. Mais on est capable de faire mieux, on est capable d’en avoir du monde, mais il va falloir que des gens soient imputables des décisions ou des mauvais choix qui sont faits.»

Pour régler ce problème, il va falloir des solutions permanentes, affirme Mme Perron, comme une meilleure planification de la main-d’œuvre et des meilleures conditions de travail.

Déjà des mesures ont été prises. Par exemple, les infirmières se verront offrir des postes à temps complet. Mais l’application de ces changements se fait lentement. «Il faut aller plus rapidement parce que les gens quittent la profession. On propose beaucoup de solutions, il y en a peu qui aboutissent, et quand elles aboutissent, les démarches sont longues. C’est une grande difficulté avec une grosse organisation comme la nôtre. »