La responsable du CHSLD Mgr Paquin, à Saint-Tite, aurait pu en faire beaucoup plus pour éviter une éclosion de COVID-19, estiment des employées.
La responsable du CHSLD Mgr Paquin, à Saint-Tite, aurait pu en faire beaucoup plus pour éviter une éclosion de COVID-19, estiment des employées.

CHSLD Mgr Paquin: une éclosion qui aurait pu être évitée?

SAINT-TITE — L’éclosion de COVID-19 qui s’est déclarée au CHSLD Mgr Paquin de Saint-Tite aurait définitivement pu être évitée, selon des employées. Celles-ci dénoncent le fait que le CIUSSS et la direction de l’établissement n’aient pas pris suffisamment de précautions pour les protéger elles et les résidents.

Vers la fin du mois de mars, une aide de service ayant travaillé au CHSLD Laflèche a fait son entrée au CHSLD Mgr Paquin. Bien qu’elle n’avait pas encore reçu de diagnostic de COVID-19 à ce moment-là, il semble qu’aucune précaution n’ait été prise, même si elle arrivait d’un établissement où une éclosion était en cours.

«L’infirmière de garde lui a demandé de mettre un masque. Mais à ce moment-là, un docteur a dit: ‘‘ça va faire, le téléphone arabe, elle n’a pas besoin de mettre de masque’’. J’ai été témoin de ça», indique l’une des trois employées qui ont accepté de se confier au Nouvelliste en gardant l’anonymat par crainte de représailles.

Or, peu de temps après son arrivée, des employées et des résidents du CHSLD de Saint-Tite ont eux aussi contracté la maladie. Plusieurs employés sont toujours malades, ou du moins, confinés à la maison en attendant qu’on leur confirme qu’ils ne sont plus porteurs de la maladie.

Les employées auxquelles Le Nouvelliste a pu parler n’en veulent pas à l’aide de service en question. Elles sont toutefois furieuses envers la liste de rappel, qui l’a affectée au CHSLD Mgr Paquin, et à la gestionnaire responsable de l’établissement.

«J’ai l’impression que ma boss (la gestionnaire) ne pensait pas que le coronavirus se répandait aussi vite que ça, donc elle en a banalisé les effets», dit l’une d’entre elles.

Cette gestionnaire aurait par ailleurs permis la mobilité du personnel entre le CHSLD Laflèche et celui de Sainte-Thècle.

«Une aide de service qui avait travaillé à Laflèche est allée à Sainte-Thècle pour les aider et l’infirmière sur place l’a mise à la porte. Elle lui a dit: ‘‘tu viens de Laflèche, on ne veut pas que tu travailles ici’’. L’employée s’est plainte à la boss et celle-ci est partie en furie à Sainte-Thècle pour les engueuler. Elle leur a dit qu’elle ne voulait pas payer une employée à ne rien faire.»

Pas d’isolement pour un résident

L’arrivée du coronavirus au CHSLD Mgr Paquin pourrait également s’être faite avec l’arrivée d’un résident contaminé. Celui-ci arrivait de l’hôpital et n’a été placé en isolement que brièvement, trop brièvement selon les employées.

«Normalement, on les met en retrait pour protéger les autres résidents des ‘‘bibites’’ d’hôpital, comme la C. difficile. Les infirmières surveillent ses symptômes pendant 24 heures. Mais là, l’infirmière a mis la dame en isolement et la boss a fait la demande qu’elle soit retirée d’isolement, la même journée. Ensuite, elle a été remise en isolement, ressortie, remise en isolement, etc. Elle a été diagnostiquée avec la COVID et en est décédée», rapporte une employée.

«On dirait qu’ils attentent toujours qu’il y ait des morts avant de réagir. C’est plate. Les masques, ils auraient dû nous les faire porter avant. Les familles nous confient leurs parents, ce qu’elles ont de plus précieux, et on les fait tomber malades», se désole une autre employée.

Porter un masque en cachette

Les employées dénoncent également la décision de la gestionnaire du CHSLD Mgr Paquin de ne pas leur avoir permis de porter un masque lorsque la crise a débuté, avant l’éclosion au CHSLD.

«Dans les premières semaines de la crise, on n’avait pas le droit de porter de masques chirurgicaux - pas les N-95 - ceux que M. et Mme tout le monde portent. Ils ont été mis sous clef par la gestionnaire», indique l’une d’entre elles.

Même lorsqu’elle a commencé à ressentir les symptômes d’un rhume, elle affirme qu’on lui a ordonné de retirer son masque, alors qu’en temps normal, elle aurait dû le porter.

«J’ai réussi à cacher une boîte de masques là où on donne le bain aux résidents et je portais mon masque en cachette, en évitant les caméras de sécurité. Il y a une seule chambre dans laquelle je n’ai pas pu entrer en portant mon masque. La résidente qui était dans cette chambre a attrapé le coronavirus et est décédée», déplore-t-elle.

Après que l’aide de service eut reçu un diagnostic de COVID-19, début avril, la directive a changé: les employées du CHSLD Mgr Paquin ont eu le droit de porter un masque en tout temps.

«La gestionnaire a décidé qu’il fallait qu’on se protège, mais le mal était fait. Les résidents ont commencé à être malades avant que je sois avisée que je l’étais moi-même», relate une autre employée, dont le conjoint a lui aussi attrapé la COVID-19. Il a dû être hospitalisé et a failli se retrouver aux soins intensifs.

«Ce ne sont pas des décisions administratives»

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec assure pour sa part que toutes les directives émises par la direction nationale de la santé publique ont été suivies sur son territoire, y compris au CHSLD Mgr Paquin. Il reconnaît cependant qu’avec le recul, certaines choses auraient pu être faites différemment.

«À ce moment-là (fin mars, début avril), on ne savait pas qu’une personne pouvait être asymptomatique et contagieuse quand même. À la lumière des informations qu’on a maintenant, des choses auraient été différentes au niveau des orientations nationales et la mobilité des employés aurait cessé bien avant. Mais il y a des choses qu’on ne connaissait pas au début, sur le virus», souligne M. Cliche.

«Les décisions et orientations sont basées sur de l’information scientifique connue sur le virus. Ça émane de recommandations d’experts en la matière, ce ne sont pas des décisions administratives», ajoute-t-il.

M. Cliche affirme même que certaines directives gouvernementales ont été appliquées avec plus de rigueur dans la région que ce que demandait la direction nationale de la santé publique.

Il rappelle par ailleurs que dès la première semaine d’avril, soit après l’éclosion au CHSLD Mgr Paquin, le port du masque a été rendu obligatoire. Même chose pour la mobilité du personnel entre les CHSLD, qui a été interrompue après le 3 avril.

«Il a fallu faire plusieurs rappels, les mesures étaient appliquées de manière variable parce qu’elles étaient nouvelles», indique M. Cliche.

Rappelons que depuis plusieurs semaines, les syndicats qui représentent notamment les infirmières et les préposés aux bénéficiaires dénoncent le manque d’équipement dans les établissements du CIUSS, notamment les masques N-95. Les syndicats avaient indiqué la semaine dernière que les employés sont limités à deux masques par quart de travail. Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec dit pour sa part se fier sur les experts, qui disent que les masques de procédure ont une durée de vie de quatre heures.

«Mais si un masque est souillé, il peut être changé», précise Guillaume Cliche, agent d’information pour le CIUSSS.

Le dernier bilan transmis par le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec fait état de 25 résidents ayant contracté la COVID-19 au CHSLD Mgr Paquin. Le nombre d’employés atteints s’élève à 21.