Les autorités de la santé ont constaté que douze résidents sont porteurs de la COVID-19 sur un total de 33, soit un peu plus du tiers. Cinq employés sont également infectés.
Les autorités de la santé ont constaté que douze résidents sont porteurs de la COVID-19 sur un total de 33, soit un peu plus du tiers. Cinq employés sont également infectés.

CHSLD Mgr Paquin: plus du tiers des résidents atteints de la COVID-19

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Après le CHSLD Laflèche, le Centre d’hébergement Mgr Paquin à Saint-Tite est à son tour victime des assauts de la COVID-19. À la suite du dépistage de l’ensemble des résidents, les autorités de la santé ont constaté que douze d’entre eux en sont porteurs sur un total de 33, soit un peu plus du tiers. Cinq employés sont également infectés.

«Rapidement, on a dépêché une équipe d’intervention de crise pour nous assurer de limiter la propagation du virus», a affirmé Carol Fillion, président et directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Des mesures ont aussi été prises pour «s’assurer qu’il n’y ait pas de transmission par le personnel et que notre personnel est bien protégé, pour l’ensemble de nos CHSLD, mais de façon plus particulière encore pour le CHSLD Mgr Paquin à Saint-Tite», a ajouté le pdg.

La mobilité du personnel a été vivement dénoncée par les syndicats au cours des dernières semaines. Pourtant, des employés ayant travaillé au CHSLD Laflèche ont été envoyés au CHSLD Mgr Paquin au début du mois. 

Nombre de cas au 14 avril en Mauricie et au Centre-du-Québec: 830* [+ 44 par rapport au 13 avril]

- Mauricie: 705

  • Trois-Rivières: 262 [+ 13]
  • Shawinigan: 245 [+ 10]
  • Maskinongé: 149 [+ 10]
  • Mékinac: 25 [ + 2 ]
  • Des Chenaux: 24 [ + 2 ]
  • Haut-Saint-Maurice: 0

- Centre-du-Québec: 124

  • Bécancour: 9 [ - ]
  • Nicolet-Yamaska: 5 [ + 1 ]
  • Drummond: 95 [+ 7]
  • Arthabaska: 15 [ - ]
  • L’Érable: 0 

 Décès : 43 [+ 2]

* Un cas demeure à être attitré à un territoire.

Source : CIUSSS MCQ

«Ça fait plusieurs semaines qu’on demande avec acharnement de cesser la mobilité du personnel. Il semble y avoir des liens très étroits entre le foyer d’éclosion de Laflèche et celui de Mgr Paquin. Assurément, la mobilité du personnel n’a vraiment pas aidé. On est attristé de voir qu’il faut toujours arriver au pire scénario avant d’appliquer des gestes ou de s’assurer que les moyens préventifs soient mis en branle», déplore Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS MCQ (SPPSAM-CSN). «Ils ont continué à promener le personnel jusqu’à ce qu’ils aient la consigne du ministère. C’est toujours un peu trop tard ce qu’ils mettent en place. Depuis le début, on leur dit qu’ils sont capables de mieux faire, d’être plus proactifs au niveau de la prévention», renchérit Nathalie Perron, présidente du syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Le CIUSSS MCQ n’est pas en mesure de confirmer l’origine de cette nouvelle éclosion. Il a toutefois annoncé qu’il n’y a plus de mouvements de personnel entre les établissements depuis quelques jours. «Effectivement, il y a des personnes qui ont travaillé d’une installation à une autre, parce qu’on était vraiment en pénurie de personnel. On a vraiment tout arrêté depuis quatre jours, ou depuis deux jours, et il n’y a plus de personnel qui change d’unité de travail (...)», a affirmé M. Fillion.

Ce dernier est d’ailleurs revenu sur la décision de rappeler au travail du personnel asymptomatique qui n’avait pas complété une période d’isolement de 14 jours après avoir été en contact avec des cas de coronavirus. «Au moment où j’ai pris les décisions de faire entrer des gens au travail, je les ai prises sur les connaissances dont je disposais à ce moment-là. Est-ce qu’aujourd’hui, je ferais rentrer quelqu’un non testé qui a été en contact avec la COVID-19? La réponse est non.»

Les connaissances sur le coronavirus ont évolué tout au long de cette crise notamment le rôle des personnes asymptomatiques sur la propagation du virus, a fait valoir la Dre Marie-Josée Godi, porte-parole régionale de la santé publique. «Clairement si on avait eu ces connaissances au début de la pandémie, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui auraient été faites différemment.»

Pour ce qui est du CHSLD Laflèche, la COVID-19 continue de gagner du terrain. Elle a pratiquement infecté la totalité des quelque 110 résidents toujours sur place. En effet, le nombre de cas s’élève maintenant à 102, soit six de plus que la veille. Les décès demeurent stables à 27. Le nombre d’employés atteints est passé de 63 à 69 en 24 heures. Malheureusement, une deuxième préposée aux bénéficiaires du CHSLD Laflèche se trouve maintenant aux soins intensifs après avoir contracté le virus. Un nouveau choc pour tous ses collègues. 

«C’est assurément lié à un manque de prévention. On est extrêmement fâché, en colère (...). Quand on demande d’avoir des gestes concrets de prévention, ce n’est pas pour rien, c’est parce qu’il peut y avoir des conséquences graves. On le voit avec l’état de santé de ces deux personnes qui sont maintenant aux soins intensifs ainsi qu’avec le taux de mortalité qui est extrêmement inquiétant au Laflèche», souligne M. Bastarache.

En effet, 75 % des 138 résidents du CHSLD ont été infectés depuis le début de la pandémie et 20 % en sont décédés. De plus, les renforts tant réclamés par le personnel à bout de souffle du CHSLD Laflèche n’étaient pas suffisants, selon les syndicats. «L’organisation du CIUSSS avait créé beaucoup d’attente, vendredi, en informant tout le monde qu’il y aurait de l’aide. Je ne vous cacherai pas qu’il y a eu une amère déception pour l’ensemble du personnel présent à Laflèche. Malheureusement, l’aide appelée en renfort n’a pas suffi», déplore M. Bastarache. «Des ressources ont été transférées mais pas à la hauteur de ce dont on a réellement besoin sur le plancher. C’est décevant. On aurait dû déployer beaucoup plus rapidement des ressources de l’externe. On en voit arriver, mais ça aurait dû être fait il y a deux semaines», note Mme Perron.

Cette dernière fait valoir également que le personnel du Centre Laflèche fait face à un travail accru étant donné la nature des soins à prodiguer. «Ça nécessite quand même des soins qui sont inhabituels et extraordinaires. Il faut être capable d’offrir des soins palliatifs décents aux personnes en fin de vie et on en a beaucoup présentement.»

Le pdg du CIUSSS a précisé qu’une quarantaine de personnes sont ajoutées au personnel en place, mais elles ont besoin d’une période d’adaptation avant d’être pleinement fonctionnelles. Mais pourquoi ne pas avoir procédé à cet ajout de personnel il y a deux semaines alors que la situation était déjà difficile? «Pour changer des personnes d’unité de travail, ça nous prend des bonnes raisons. Il faut faire valoir ces raisons, et c’est ce que l’ont fait depuis deux semaines, que de faire valoir cet argumentaire, et depuis cinq jours ou à peu près, nous déplaçons des personnes de leur unité de travail habituelle dans les CHSLD.»

La COVID-19 semble maintenant ouvrir de nouveaux fronts du côté des résidences pour personnes âgées. Environ six résidences sont touchées, selon le CIUSSS. Parmi celles-ci, les Jardins Latourelle à Louiseville dont 26 résidents et 18 employés sont touchés. Deux résidents sont morts.

Le CIUSSS doit voler au secours de ces résidences. Encore là, la pénurie de personnel fait mal. «C’est un défi colossal auquel on est confronté. La pénurie de personnel qui existait avant la crise de la COVID-19 continue d’exister», note M. Fillion. D’ailleurs, c’est plus de 700 membres du personnel du CIUSSS qui sont retirés du travail en raison du coronavirus. Parmi eux, 134 sont infectés.

Le CIUSSS fait des pieds et des mains pour recruter du personnel. Il est en discussion avec les collèges pour déterminer si des enseignants dans le domaine médical pourraient venir prêter main-forte à ses travailleurs. Des démarches devraient aussi être entreprises auprès des commissions scolaires sous peu.

M. Fillion a aussi livré un plaidoyer auprès des travailleurs de la santé pour les inciter à venir aider ceux qui mènent la charge contre le coronavirus dans les CHSLD. «Ce sont des grands défis que de changer les habitudes de travail, la population avec laquelle et pour laquelle on travaille, mais vraiment, il y a une demande et un besoin considérable dans nos CHSLD, et je fais appel à votre désir d’aider pour accepter les transferts qui vous sont demandés depuis déjà plusieurs jours.»

BILAN

Le nombre de personnes infectées par la COVID-19 en Mauricie-Centre-du-Québec s’élève maintenant à 830 cas, soit 44 de plus que lundi. La grande majorité des cas se trouvent en Mauricie, soit 705 contre 124 au Centre-du-Québec. Chez Olymel, le nombre de cas positifs s’établit maintenant à 120, en hausse de deux depuis la veille.

Quarante personnes sont hospitalisées dont neuf se trouvent aux soins intensifs. Quarante-trois personnes sont décédées, deux de plus en 24 heures. Il y a maintenant 285 personnes qui sont rétablies.