Quatorze résidents et cinq employés du CHSLD Mgr Paqin de Saint-Tite on contracté la COVID-19.
Quatorze résidents et cinq employés du CHSLD Mgr Paqin de Saint-Tite on contracté la COVID-19.

CHSLD Mgr Paquin: le préfet de la MRC de Mékinac blâme la lourdeur administrative du CIUSSS

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
SAINT-TITE — Dans la foulée de l’éclosion de COVID-19 au CHSLD Mgr Paquin de Saint-Tite, le préfet de la MRC de Mékinac, Bernard Thompson, s’interroge grandement sur les façons de faire du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Il se demande particulièrement pourquoi on n’a pas mis fin à la mobilité du personnel entre les CHSLD de la région, en particulier celui provenant du CHSLD Laflèche, à Shawinigan, où une éclosion s’est déclarée à la fin mars. L’élu pointe du doigt la lourdeur administrative qui restreint selon lui la capacité et la rapidité d’action du CIUSSS.

«C’est une culture qu’on a mise dans cette organisation-là, où tout le monde se perd et où tout ce qu’on veut, c’est des chiffres. Mais on ne soigne pas avec des chiffres», martèle M. Thompson.

Le préfet, qui a d’ailleurs été réélu mercredi, ne blâme pas directement les dirigeants du CIUSSS, mais plutôt les transformations imposées au réseau de la santé par les gouvernements qui se sont succédé sans améliorer l’efficacité du système de santé. «Par le passé, il y a eu des coupures et des réaménagements. On leur disait: un jour, vous paierez pour ça, vous ne serez pas capables d’agir en cas de crise. On le voit aujourd’hui, qu’ils sont à la limite de ne pas être capables d’agir parce qu’ils n’ont pas le personnel pour le faire», rappelle-t-il.

Rappelons que des employés travaillant au CHSLD Mgr Paquin avaient également travaillé au CHSLD Laflèche, situé à Shawinigan, où une importante éclosion de COVID-19 s’est déclarée il y a bientôt trois semaines. L’une de ces employées a été testée positivement pour la maladie.

Au CHSLD Laflèche, 103 résidents ont contracté la COVID-19. Trente en sont décédés. Au CHSLD Mgr Paquin, 14 résidents sont atteints et un premier décès a été confirmé mercredi par le CIUSSS.

Ce dernier affirme toujours ne pas pouvoir confirmer si ce sont bel et bien des employés ayant travaillé aux deux CHSLD qui ont transmis la maladie aux résidents.

«On ne peut pas l’exclure», indique cependant Guillaume Cliche, agent d’information au CIUSSS.

La mairesse de Saint-Tite, Annie Pronovost, qui travaillait comme infirmière au sein du CIUSSS il y a encore quelques mois, dit comprendre la situation dans laquelle se trouvait son ancien employeur, avec la pénurie de personnel qui l’affectait déjà avant le début de la pandémie. Elle est cependant soulagée que l’on ait mis fin à la mobilité du personnel entre les CHSLD.

«Je suis sûre que quand ils (le CIUSSS) ont pris la décision de mobiliser le personnel, ils ne pensaient pas que le virus était aussi virulent. Maintenant, on sait qu’on peut ne pas avoir de symptômes, mais être porteur quand même», remarque-t-elle.

La première magistrate espère par ailleurs que le personnel qui travaille au CHSLD Mgr Paquin dispose de tous les équipements nécessaires pour se protéger et protéger les autres résidents de la maladie, alors que certains items sont en quantité limitée, notamment les fameux masques N95.

Bernard Thompson, préfet de la MRC de Mékinac.

Des tests préventifs demandés

Selon M. Thompson, le CIUSSS a mené des tests auprès de l’ensemble des résidents et du personnel travaillant au CHSLD Mgr Paquin. C’est ce qui aurait permis de déterminer que 14 résidents et cinq employés sont porteurs du coronavirus. Il réclame à présent que le CIUSSS fasse de même dans tous les CHSLD, notamment à l’autre centre d’hébergement se trouvant sur le territoire de la MRC, à Sainte-Thècle.

Or, le CIUSSS ne compte pas changer sa façon de faire pour le moment.

«Dès qu’un cas positif est confirmé dans un CHSLD, l’ensemble des résidents et du personnel seront testés», indique Guillaume Cliche.

Ce dernier rappelle par ailleurs que le CIUSSS a mis fin au mouvement de personnel entre les CHSLD vendredi dernier.

L’aide de l’armée souhaitée

Les maires de la MRC de Mékinac se sont entretenus mercredi avec la députée de Champlain et ministre de la Justice, Sonia LeBel, pour tenter d’attirer l’attention du gouvernement sur la situation qu’ils jugent problématique au CIUSSS. La question d’une éventuelle aide de l’armée canadienne a été évoquée lors de cet entretien.

«C’est sûr que ce serait souhaitable, parce que ce sont des gens compétents. S’il n’y a plus du tout de préposés et d’infirmières et que les médecins ne veulent pas y aller, il reste l’armée», soutient M. Thompson.

Le préfet craint en effet que le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec ne soit plus en mesure de contenir d’autres éclosions.

«Ce qui nous inquiète le plus, c’est que s’il y avait une éclosion dans un autre foyer, on n’ait pas le personnel pour répondre. Le CIUSSS nous a dit qu’il n’avait pas les effectifs pour le faire», évoque-t-il.

M. Thompson précise qu’aucune demande officielle n’a été faite au gouvernement pour demander l’intervention de l’armée. Il estime toutefois que le message que les maires de Mékinac ont envoyé à la ministre LeBel, mercredi, était sans équivoque.

Le CIUSSS assure de son côté être toujours capable de répondre à la situation, même si la direction confiait mardi multiplier les efforts pour recruter du personnel qui manque cruellement.

«La disponibilité du personnel, c’est un défi, mais comme on l’a fait pour les CHSLD Laflèche et Mgr Paquin, on va pouvoir déplacer du personnel, notamment des centres hospitaliers. On a aussi fait appel hier (mardi) à l’aide apportée par la communauté, les médecins et tous les gens intéressés, sur le site jecontribuecovid19.gouv.qc.ca», soutient Guillaume Cliche.