Des employées et des familles de résidents au CHSLD Laflèche, à Shawinigan, lancent un cri de détresse face aux conséquences du manque récurrent de personnel.

CHSLD Laflèche à Shawinigan: ras-le-bol et détresse

SHAWINIGAN — Samedi après-midi, au Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Laflèche, dans le secteur Grand-Mère, à Shawinigan. D’un étage à l’autre, plusieurs résidents sont encore couchés. Dans certains cas, parce qu’ils font la sieste, mais dans bien d’autres, parce que le personnel n’a pas eu le temps de les lever de la journée. La raison: le manque récurrent de personnel, qui affecte plusieurs corps de métier dans le réseau de la santé, mais dont les conséquences sont particulièrement visibles en CHSLD.

«Il faut que ça change. On nous fait remplir des feuilles de plainte, mais rien ne bouge. Est-ce qu’il faut que j’aille voir mon député? On ne sait plus vers qui se tourner», se désole la proche d’une résidente, qui a préféré garder l’anonymat par crainte de représailles.

Le personnel le confirme: si plusieurs résidents sont encore couchés lors du passage du Nouvelliste à l’établissement, c’est parce qu’il manque ce jour-là, encore, des employés pour faire le travail. Les patients seront retournés pour éviter les plaies de lit, mais pas le temps de les lever. Quant à les habiller, ce samedi, ils sont nombreux à être encore en jaquette d’hôpital.

«Ils vont passer la journée à regarder le plafond. Il y a des résidents pour qui on passe près du manque de dignité à cause de la situation. Il y a des choix difficiles qu’on est appelée à faire, sur le plan éthique», concède une employée qui préfère taire son nom, elle aussi par crainte de représailles.

Les bains, eux aussi, ne sont pas donnés aussi souvent qu’ils le devraient, faute de personnel. «Les gens paient pour deux bains alors qu’on a déjà du mal à donner le premier», souligne une autre employée.

Employés bénévoles?

Pour l’alimentation, le personnel ne suffit pas à la tâche non plus. Samedi matin, le déjeuner s’est terminé à 10 h. Lorsque tout le personnel prévu est là, il se termine à 8 h 30, au plus tard à 9 h. «On s’est rendu compte qu’on a oublié d’alimenter une personne au cours de la journée. Son cabaret était devant elle, dans sa chambre, mais personne n’a eu le temps de la faire manger. On a dû réchauffer son repas», confesse une autre employée.

L’une de ces travailleuses à bout de souffle le dit même sans détour: sans l’aide des proches de certains résidents, ses collègues et elles ne peuvent s’imaginer comment elles feraient pour accomplir toutes leurs tâches. Elle raconte que certains membres de la famille amènent même des repas et des collations aux résidents. Surtout des fruits frais, puisque ceux que l’on sert habituellement sont en conserve, peu importe la saison. Ces visiteurs donnent le repas et aident parfois les employées qu’ils voient se démener comme des diables pour venir à bout de leurs tâches, par exemple, en pliant des tabliers.

Parlant des tâches des employés, leur répartition selon le corps de métier devient d’ailleurs tout à fait abstraite lorsque l’un d’eux manque à l’appel, parce qu’il est malade, souvent d’épuisement, ou juste non remplacé. Il n’est pas rare que les infirmières auxiliaires se transforment en préposées aux bénéficiaires et les infirmières en infirmières auxiliaires, rapportent les employés du CHSLD Laflèche. Devant l’urgence de fournir les services essentiels, ils acceptent ce changement de rôle. Mais au bout du compte, leur travail régulier prendra du retard.

Autre aberration selon eux: il arrive qu’on demande à un préposé aux bénéficiaires de surveiller un patient plus agressif ou qui fait de l’errance, une tâche normalement confiée à un gardien de sécurité d’une firme externe. Or, ce faisant, l’équipe de travail perd un de ses membres et doit compenser le travail qu’il ne peut accomplir.

Détresse

La pression qui repose sur les épaules des employées n’est pas sans conséquence sur leur vie et leur santé, disent-ils. Un employé a récemment dû quitter le Centre Laflèche en ambulance pendant son quart de travail en raison d’une crise d’anxiété. Il est loin d’être le seul à vivre cette détresse.

«Je fais des crises d’anxiété avant de venir travailler. Cet été, j’ai passé la dernière semaine de mes vacances à pleurer, parce que j’anticipais le retour au travail», confie une employée.

C’est sans parler du temps supplémentaire obligatoire (TSO), qui peut survenir à tout moment. Lorsqu’un employé absent ne peut être remplacé, c’est une épée de Damoclès au-dessus de la tête de ses collègues déjà à bout.

«Un souper, c’est plate de le manquer, mais ça s’annule. Mais il y a des événements, des moments qu’on manque dans la vie de nos enfants, pour lesquels c’est très dur. C’est toute la famille qui est impactée», soulève une employée.

«On se sent abandonnées», résume l’une de ses collègues.