De gauche à droite: François Lizotte, président et chef de la direction de Chemise Empire, accompagné de René St-Amant et d'Hélène Béland, anciens propriétaires.
De gauche à droite: François Lizotte, président et chef de la direction de Chemise Empire, accompagné de René St-Amant et d'Hélène Béland, anciens propriétaires.

Chemise Empire: encore solide après 125 ans

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
LOUISEVILLE — En 2019, toutes les grandes usines de textile du Québec ont fermé leurs portes. Toutes? Non, quelques-unes résistent encore et toujours à la tentation de la délocalisation de leurs opérations en Asie, où la main-d’oeuvre coûte moins cher. C’est d’ailleurs le cas de Chemise Empire, qui fêtait cette fin de semaine ses 125 ans d’existence, à Louiseville.

Loin de tirer de l’arrière alors que les belles années du textile au Québec sont derrière elle, l’entreprise fondée en 1894 par Joseph-Édouard Béland réussit toujours à tirer son épingle du jeu. Mieux encore, le mot croissance n’a pas été rayé du lexique de François Lizotte, qui a repris l’entreprise en 2017. En deux ans, le nombre d’employés a même augmenté, passant de 85 à 102. L’usine produit 4000 chemises chaque semaine, pour un total de 200 000 par année. Son chiffre d’affaires se situe à 7 millions $ annuellement.

«On est un peu des survivants: j’aime comparer notre situation au village gaulois dans Obélix et Astérix, on est un peu à contresens, alors que la plupart des entreprises font des délocalisations au Mexique et au Bangladesh. Nous, notre fierté, c’est de produire des chemises ici, à Louiseville, et de faire travailler cent employés chaque semaine», souligne M. Lizotte.

L'entreprise de Louiseville arrive à conserver ses employés, malgré la rareté de la main-d'oeuvre.

Et cette fierté est partagée, affirme le président et chef de la direction de Chemise Empire, par les employés. Ceux-ci peuvent en effet voir le fruit de leur labeur porté, chaque jour, par des policiers et des pompiers, qui font partie des principaux clients de l’entreprise, avec la Gendarmerie royale du Canada, l’armée canadienne et des services de police du Québec et d’autres provinces. Grâce à ces clients, l’usine de Louiseville a la mainmise sur 40 % du marché canadien.

Pour survivre au déclin du textile en Amérique du Nord, l’entreprise mise sur la rétention de son personnel, ce que le sentiment de fierté contribue à faire. M. Lizotte croit également que le fait que l’entreprise soit restée entre les mains de la famille Béland pendant plus de 120 ans, soit jusqu’à son arrivée, y est également pour quelque chose.

«On est comme une grande famille. On a une employée qui travaille ici depuis 52 ans et elle n’est pas prête à céder sa place», illustre-t-il.

L'usine de Chemise Empire emploie 102 personnes.

Chemise Empire se targue de former ses propres employés, en partenariat avec Emploi Québec. L’entreprise a également misé sur l’automatisation de certaines étapes de la confection des chemises, ce qui lui donne un avantage concurrentiel intéressant sur les entreprises qui font encore ces étapes à la main. Enfin, même si l’entreprise paie sa main-d’oeuvre plus cher qu’au Mexique ou au Bangladesh, elle bénéficie d’un autre avantage pour conserver ses parts du marché nord-américain: la proximité.

«On peut faire nos livraisons dans un très court laps de temps, en 15 jours ouvrables. Ce n’est pas négligeable. Et puis la qualité de nos produits ne se compare pas à ce qu’il y a sur le marché», soutient M. Lizotte.

Les anciens propriétaires de Chemise Empire, Hélène Béland et son époux René St-Amant, étaient présents samedi, lors de la journée portes ouvertes organisée dans le cadre du 125e anniversaire. M. St-Amant avait repris les rênes de l’entreprise dans les années 90, à la demande de son beau-père. Si aujourd’hui, ce n’est plus un Béland ou un membre de sa famille immédiate qui est aux commandes de l’usine, M. St-Amant dit considérer le nouveau propriétaire un peu comme son fils.

D’ailleurs, lien de sang ou pas, François Lizotte compte bien poursuivre l’oeuvre de ses prédécesseurs avec sérieux, la menant encore plus loin. «On travaille sur la croissance. On veut essayer d’aller vers le prêt-à-porter, de développer ce marché qui n’a pas de limite», souligne-t-il.

Cependant, pour que cette recette fonctionne, il faut y ajouter un autre ingrédient, selon M. Lizotte. «Ça prend de la passion, c’est ce qui fait la différence. Tant que l’équipe (d’employés) va vouloir contribuer, on va continuer. Et je sais qu’ils l’ont, la passion de travailler ici», assure-t-il.