Chemin endommagé pendant les inondations: recours contre l'armée

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «On n’est pas des pleurnichards. C’est bien fatigant pour une petite affaire. C’est une question de principe. Si je brise quelque chose chez vous, je vais vous payer. Si vous me devez quelque chose, vous me payez.»

La dernière présence de l’armée canadienne durant les inondations du printemps 2019 laisse un goût amer dans la bouche de Paul Lamy, président de l’Association des propriétaires et des locataires de l’île St-Eugène. M. Lamy affirme se buter à l’intransigeance de la Défense nationale qui refuse de rembourser les 1700 $ nécessaires à la réparation du chemin Grandmont qui a été endommagé par un tank de l’armée canadienne.

Le 23 avril 2019, un tank a glissé en bas de ce chemin qui relie l’île à la route 138. Le remorquage du véhicule militaire a eu lieu le lendemain, mais le passage de l’armée a laissé des traces, explique M. Lamy.

«Le gros tank de plusieurs tonnes a pris le côté et a rapaillé la descente. Depuis quelques années, on avait aménagé ça avec de l’enrochement pour empêcher l’érosion, avec l’accord du ministère de l’Environnement. Le chemin Grandmont a été endommagé, on ne pouvait pas le laisser se dégrader. Je l’ai fait réparer», raconte M. Lamy.

Cette île du secteur Pointe-du-Lac est un lieu privé et le chemin Grandmont est la propriété de l’association locale. Lors du remorquage du tank, M. Lamy affirme avoir discuté avec un soldat à propos des dommages. Il dit avoir reçu un formulaire de réclamation. Il croyait que la procédure irait de soi. En vain.

Un véhicule de l’armée canadienne s’est retrouvé dans cette fâcheuse position en avril 2019.

«La première réclamation a été envoyée à l’armée le 3 juin 2019. Dans une lettre datée du 18 juin. Le ministère de la Défense nationale dit que le mécanisme de réclamation de la Couronne est le dernier recours et qu’il faut épuiser les autres recours. Le type de l’armée répond que l’armée ne paiera pas, car la cause des dommages est l’inondation. Mais ce n’est pas à cause de l’eau, c’est à cause d’une mauvaise manœuvre. J’envoie ma demande à Québec et une employée du ministère de la Sécurité publique me dit que ça n’a rien à voir avec les inondations. J’ai refait le dossier, avec la facture, les photos, j’ai fait une deuxième demande de réclamation le 4 octobre. Je n’ai pas de suivi. J’ai fait une troisième demande, le 26 novembre. Ça reste mort», explique M. Lamy.

Ce dernier comprend mal le manque de collaboration offert par la Défense nationale. Il vise particulièrement Pascal Guilbault, officier aux réclamations du ministère de la Défense nationale.

«C’est lui qui fait la pluie et le beau temps au ministère pour payer ou ne pas payer. Quand je pense au refus de l’armée, je pense à un gars qui veut se faire du capital. Pascal Guilbault n’est absolument pas collaborateur. Il reçoit mes lettres, il ne veut pas me parler, j’ai fait deux envois par courrier recommandé à son bureau, il ne répond pas à mes appels. Je leur ai fait la preuve que ce ne sont pas des dommages causés par l’inondation. Mais le gars ne veut pas bouger.»

Une décision d’ici peu

Le ministère de la Défense nationale confirme que l’analyse du dossier de l’Association des propriétaires et des locataires de l’île St-Eugène est sur le point d’être complétée. Une décision quant à la demande de réclamation devrait être rendue d’ici quelques jours.

«Dans le cas de l’Association des propriétaires de l’île St-Eugène de Trois-Rivières, le processus d’analyse et de traitement a été influencé notamment par la confirmation du statut du réclamant, la recherche quant à la nature du chemin en question, l’obtention d’expertise sur certains aspects techniques de la réclamation, le besoin de recruter et de former un nouvel analyste des réclamations, ainsi que par l’obtention de certaines réponses par le réclamant auprès du gouvernement provincial», écrit par courriel la capitaine Kathleen Soucy, officier des affaires publiques.

Si la capitaine Soucy parle du besoin de recruter et de former un nouvel analyste, c’est en raison du départ de Pascal Guilbault de cette fonction. De plus, la troisième demande est arrivée à la fin du mois de novembre et le processus d’analyse a été ralenti par le congé des Fêtes, ce qui peut expliquer que le dossier n’est toujours pas réglé.