L’excursion a mené l’équipe d’explorateurs à parcourir plusieurs zones où l’humain ne se rend que très rarement.
L’excursion a mené l’équipe d’explorateurs à parcourir plusieurs zones où l’humain ne se rend que très rarement.

Changement d’itinéraire pour Frédéric Dion

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Une avalanche d’obstacles est tombée sur la tête des aventuriers Frédéric Dion, Jacob Racine et Daniel Barriault, lors de la cinquième semaine de leur périple en Amérique du Sud réalisé dans le but d’atteindre le centre de ce continent. Si bien qu’ils ont dû retourner à leur point de départ et modifier leur itinéraire, accumulant au passage cinq jours de retard.

En établissant leur plan de match initial, les trois protagonistes avaient prévu descendre le fleuve Rio Grande sur des embarcations construites à l’aide de matériaux trouvés sur place. Ainsi, au début du mois de décembre, ils se sont fabriqués des radeaux à l’aide de tubes de camion, de branches et de corde provenant de la Bolivie. Leur objectif premier était donc de naviguer les 500 km de ce plan d’eau à bord de ces bateaux de fortune.

Quelques heures après s’être mis à l’eau, Frédéric Dion et ses compagnons étaient très en confiance. Les conditions idéales leur permettaient même d’admirer la faune et la flore formidables de cette zone très peu exploitée par l’humain. Toutefois, leur sourire s’est enfui rapidement lorsqu’une crue soudaine s’est déclarée, faisant monter le niveau de l’eau d’environ un pied. Malgré sa grande expérience, l’explorateur originaire de Saint-Maurice a été nettement décontenancé par cet incident.

«De toutes mes aventures, jamais je n’avais été confronté à une crue aussi intense et soudaine. Quelques secondes auparavant, le soleil brillait l’eau était très calme», a témoigné l’aventurier.

Devant une telle situation, les trois hommes ont décidé de coller deux des trois embarcations ensemble afin de rendre leur moyen de transport plus solide. Quelques heures plus tard, un rapide des plus coriaces s’est dressé sur la route des aventuriers. Frédéric a eu le temps de s’arrêter, mais a vu ses deux équipiers être dans l’impossibilité d’en faire autant. Rapidement, ces derniers se sont retrouvés pris dans un canyon quelques kilomètres plus loin. Pour la première fois du périple, l’équipe s’était séparée.

«Je leur ai crié de m’attendre de l’autre côté du rapide, mais il y en avait un autre juste après qui les attendait de pied ferme. Pour eux, être pris dans le canyon n’était pas si souffrant, mais pour moi, le fait de ne pas savoir où se trouvaient mes amis, c’était terrible», a confié Frédéric Dion.

Les trois aventuriers ont pour but de réaliser l’entièreté de leur périple en utilisant des matériaux trouvés sur place.

Retour à la terre ferme

Après avoir réussi à se réunir, l’équipe a dû se consulter. Constatant l’immensité des dangers qu’impliquait le Rio Grande, les aventuriers ont pris la décision de quitter la rivière et de retourner vers la civilisation pour modifier leur itinéraire.

«La priorité en rivière, c’est d’être en mesure d’aller où l’on veut, quand on le veut. De plus, en aventure, notre sécurité est primordiale. Il ne faut jamais prendre une décision qui pourrait mettre notre vie en danger. C’est pour ces raisons que nous avons choisi de sortir de la rivière. C’était la bonne décision, puisqu’après notre départ, l’eau est montée de huit pieds. Il aurait été impossible pour nous d’y survivre», a ajouté l’aventurier de la région.

De retour sur la terre ferme, les trois hommes ont été confrontés à une jungle très hostile à travers laquelle ils devaient escalader 1300 mètres avec 125 livres d’équipement sur le dos pour atteindre le sommet d’une montagne. «Certaines tarentules étaient grosses comme ma main et même les piquants avaient des piquants», a lancé à la blague Frédéric Dion.

Après avoir dû essuyer quelques blessures causées par des insectes venimeux et des plantes à épines, les hommes se sont retrouvés au coeur d’une vallée. Afin de trouver un chemin plus accessible, Frédéric Dion s’est éloigné du groupe et a escaladé une falaise dans le dessein de permettre à ses acolytes de le rejoindre en leur tendant une corde. Ce n’est que rendu en haut qu’il a constaté qu’il était impossible pour lui de faire monter ses amis avec lui. Il se retrouvait ainsi tout seul à la tombée de la nuit, le seul moyen de faire monter ses alliés étant d’atteindre le sommet de la montagne.

«À ce moment, j’ai dû faire face à l’hypothermie. J’ai donc choisi de monter ma tente et de m’arrêter pour dormir. Évidemment, mes alliés, qui étaient déjà inquiets que je sois parti, craignaient encore plus de devoir passer la nuit alors que nous étions toujours séparés», a ajouté l’aventurier.

Ce n’est qu’au lendemain, à l’aube, que l’équipe a été réunie une nouvelle fois. Ils ont ensuite dû investir pas moins de 13 heures d’efforts soutenus afin d’enfin atteindre la civilisation, soit le point de départ de leur excursion. «Ce fut la journée la plus chargée de notre périple», a souligné Frédéric Dion.

Cap sur le pôle

Alors qu’ils ont cinq jours de retard sur leur planification initiale, Frédéric Dion, Jacob Racine et Daniel Barriault doivent maintenant parcourir 1500 kilomètres en 15 jours afin de compléter leur périple amorcé il y a un mois vers le centre de l’Amérique du Sud.

Une chose est sûre, les trois hommes ont encore autant de plaisir et sont sûrs d’accomplir leur mission. «Nous avons fait le choix de nous rendre ici et ne regrettons rien. Que serait une aventure si elle se déroulait toujours comme prévu», questionne le Mauriçois. Rappelons que ce défi s’inscrit en marge d’un projet énorme de Frédéric Dion visant à atteindre les pôles de tous les continents de la Terre en 10 ans.