François-Philippe Champagne a multiplié les entrevues au lendemain de sa deuxième victoire électorale.

Champagne s’attend à être sollicité

SHAWINIGAN — François-Philippe Champagne se réjouit de voir que les électeurs de Saint-Maurice - Champlain aient choisi de demeurer du côté du gouvernement, mais dans le centre et dans l’est de la province, la population n’a pas suivi le même raisonnement. On verra à l’usage qui a fait les bons choix, indique celui qui entreprend un deuxième mandat de député à la suite d’un résultat qu’il qualifie de «très honorable» dans sa circonscription, même si sa majorité a fondu de 75 % lundi soir.

Quelques heures après avoir officiellement coiffé sa rivale du Bloc québécois par 3105 voix, M. Champagne s’est astreint à la traditionnelle tournée des entrevues d’après-campagne, mardi. Il s’en est tapé une bonne dizaine en tout, autant chez les médias régionaux que nationaux. Il a accueilli Le Nouvelliste à son bureau de comté de l’avenue de Grand-Mère en fin d’après-midi, les traits tirés, mais visiblement enthousiaste à l’idée de poursuivre sa carrière politique.

«Je suis le député d’Yves-François Blanchet!», lance-t-il en guise d’introduction, visiblement amusé de la situation. On sait que le chef du Bloc québécois habite à Shawinigan, mais il avait choisi de se présenter dans Beloeil-Chambly, où il a été facilement élu.

Sur toutes les tribunes, M. Champagne a répété que l’humilité guidait son interprétation, à chaud, des résultats. Par contre, il s’attend à être très sollicité par les maires non seulement de la Mauricie, mais de plusieurs autres régions du Québec puisque dans son esprit, il incarnera une rare porte d’accès privilégiée au pouvoir. Il entend ainsi jouer un rôle de rassembleur.

«Saint-Maurice - Champlain s’est mis au pouvoir», répète-t-il avec fierté. «Je suis à peu près le seul député libéral entre Québec et Montréal. Le téléphone a sonné toute la journée, des gens qui se demandent évidemment à qui devront-ils parler pour faire avancer leurs affaires. On aurait souhaité qu’il y ait des députés libéraux dans toutes les régions, mais force est de constater qu’on devra travailler plus fort.»

Justement, pourquoi, selon lui, si peu de comtés du Cœur-du-Québec et dans l’est de la province n’ont-ils pas décidé de se «mettre au pouvoir»? Dans la région, même s’il a martelé son message au cours des quarante derniers jours comme acteur déterminant dans plusieurs dossiers, la Mauricie a majoritairement succombé à l’appel du Bloc québécois.

«Il faut tout mettre en perspective», suggère-t-il. «Il ne faut pas oublier que l’opposition officielle, c’est le Parti conservateur. Ce n’est pas le Bloc! C’est de la mécanique que les gens n’ont peut-être pas constatée dans leur analyse ou dans leur vote.»

«Pour avoir une voix forte, il faut être à la table des décisions», insiste M. Champagne. «Le rôle de l’opposition est noble, essentiel dans notre système parlementaire, mais ça demeure l’opposition. Le train à grande fréquence n’a pas avancé d’un pouce parce que l’opposition m’a posé des questions. Ça a avancé quand je me suis assis avec Marc Garneau (ministre des Transports).»

Le député de Saint-Maurice - Champlain peine à expliquer la réflexion des électeurs autour de sa circonscription, mais ceux-ci pourront juger la pertinence de leur choix au cours des prochains mois, estime-t-il.

«Le temps le dira. Est-ce que la région est plus forte en ayant des députés dans l’opposition ou en ayant des députés au gouvernement? Moi, je pense que les gens feront leur propre analyse.»

La décision de Justin Trudeau de ne pas désigner de lieutenant politique pour le Québec a peut-être privé les libéraux de précieuses antennes au cours des derniers mois. M. Champagne ne nie pas que cette observation doive faire partie d’une réflexion au cours des prochaines semaines.

«C’est la prérogative du premier ministre, comment il organise son conseil des ministres et son caucus», esquive-t-il. «Il faudra vraiment trouver des moyens pour être à l’écoute des Québécoises et des Québécois. Ils nous l’ont demandé.»

Satisfait

Sans surprise, M. Champagne préfère voir le verre à moitié plein quand il analyse les résultats des libéraux. Cent cinquante-sept députés élus à travers le pays, dont 35 au Québec, trois de plus que le Bloc québécois, voilà des éléments à ne pas négliger, selon lui.

Dans Saint-Maurice - Champlain, sa victoire peut paraître un peu moins éclatante à première vue, mais il attire l’attention sur le nombre de votes recueillis: 24 475 en 2015, 22 961 en 2019. Il a perdu un peu plus de 1500 voix, mais comme un peu partout à travers le Québec, il reconnaît qu’il n’a pu tirer profit de la dégringolade néodémocrate. Dans Saint-Maurice - Champlain, Barthélémy Boisguérin a reculé de plus de 9200 votes par rapport à ce qu’avait recueilli Jean-Yves Tremblay il y a quatre ans. Nicole Morin, du Bloc québécois, a obtenu 8500 voix de plus que Sacki Carignan Deschamps en 2015.

«La base est la même», fait remarquer M. Champagne. «Ce qui est arrivé, c’est que l’opposition s’est consolidée. Pour ma part, dans les conditions que l’on connaît, c’est très honorable.»

Pas très chaud à une réforme du scrutin

Compte tenu du fait qu’ils ont obtenu moins de votes que les conservateurs dans l’ensemble du pays lundi soir, les libéraux auraient perdu le pouvoir s’ils avaient procédé à une réforme du scrutin pour tenir davantage compte de la proportionnalité des voix, comme ils s’y étaient engagés en 2015. 

En contexte de gouvernement minoritaire, le sujet pourrait bien revenir à l’ordre du jour,
mais François-Philippe Champagne n’accueille pas cette hypothèse avec beaucoup d’enthousiasme.

«Avant de changer quelque chose qui fonctionne dans un système parlementaire depuis 150 ans, surtout au moment où beaucoup de gens se posent des questions sur les démocraties libérales, je joue de prudence», annonce-t-il.

«Lors des discussions sur la réforme, j’avais fait des consultations ici et il y avait énormément de questions. Notre système n’est pas parfait, mais il a l’avantage d’être simple et bien compris de la population canadienne. Il faudrait avoir un très large consensus pour ne pas que les gens aient l’impression qu’on joue avec le système.»

Dans une perspective historique, M. Champagne estime que le système uninominal majoritaire a fait ses preuves au Canada. «Ceux qui n’ont pas gagné diront qu’il faut regarder ça», termine-t-il. «Mais si vous regardez dans l’histoire, sur une longue période, les Canadiens ont été bien servis par le système.»