Aujourd’hui préposée aux bénéficiaires, Anabelle Lacombe suit de loin le recours collectif de la Coalition contre le bruit sur les vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue. Elle et son conjoint, Jacques Picard, ont préféré mettre fin aux activités d’Aviation Mauricie plutôt que de subir ce procès.

«Ceux qui ont tout perdu, c’est nous»

SHAWINIGAN — Anabelle Lacombe et Jacques Picard ne se sont guère émus plus que quelques secondes en prenant connaissance du stress que vivent les dirigeants de Bel-Air Laurentien aviation dans le cadre du procès sur les vols d’hydravions touristiques, qui reprendra le 15 mai au palais de justice de Shawinigan. Dans leur esprit, ce cauchemar était prévisible et c’est d’ailleurs pourquoi Aviation Mauricie avait cessé ses activités, en 2013.

Les années n’altèrent pas le franc-parler de Mme Lacombe, qui s’est recyclée dans le milieu de la santé comme préposée aux bénéficiaires. Souvent identifiée comme l’instigatrice d’une guerre commerciale à finir au lac à la Tortue pour l’offre des vols d’hydravions touristiques, elle suit de loin le procès, mais n’écarte pas la possibilité de se déplacer au palais de justice le 15 mai pour entendre le témoignage de Danielle Mongrain, vice-présidente de Bel-Air Laurentien aviation. Avant l’ajournement, son conjoint et propriétaire de l’entreprise, Alfred St-Onge fils, est venu raconter à la juge Suzanne Ouellet à quel point ce litige pesait sur l’entreprise, au point où il risque de tout perdre.

«Ça ne se peut pas que la Coalition contre le bruit n’ait absolument rien parce que Monsieur fait pitié», opine Mme Lacombe. «Ceux qui ont tout perdu, c’est nous et disons que ça ne leur avait pas fait grand-chose!»

«Bel-Air était prête à tout faire pour avoir les vols touristiques», ajoute-t-elle. «Ça a duré des années et nous avons vécu le stress de les avoir contre nous, alors que nous ne leur avions rien fait, à part être leur plus gros client. Ça a été une période très triste pour nous et je sais jusqu’où ils étaient prêts à aller pour avoir ces vols. Ils étaient avertis par tout le monde que ça allait mal tourner. Nous, quand le recours a été autorisé (en août 2012), on savait qu’on ne pourrait pas passer à travers.»

Malgré tout, elle ressent toujours un petit pincement au coeur en songeant à cette réflexion qui a mené à la fin des activités d’Aviation Mauricie.

«Tout perdre, c’est plate!» fait-elle remarquer. «Nous avons passé des nuits blanches, nous aussi! Nous avons été malades, nous en avons arraché. Nous avions trois enfants en bas âge et deux adolescents à la maison quand on a tout perdu.»

Le conflit avec Bel-Air Laurentien aviation a connu son apogée en 2007, lorsque Aviation Mauricie avait encaissé une augmentation de loyer jugée abusive.

Cette décision avait incité les dirigeants à ouvrir une deuxième hydroaérobase au lac à la Tortue, provoquant une intense guerre commerciale qui a finalement entraîné la demande d’autorisation de la Coalition contre le bruit pour exercer un recours collectif, en 2011.

Mme Lacombe a toujours déploré que l’entreprise rivale joue la bonne citoyenne corporative sur la place publique pour polir sa réputation.

«On dirait que Bel-Air pensait que s’il n’y avait qu’elle, la contestation arrêterait», pointe-t-elle. «Ils disaient que c’était la faute d’Anabelle, qu’avec eux tout serait correct, que les gens les aimeraient. C’était rendu une guerre personnelle et c’est sûr que dans des bagarres comme ça, tout le monde perd tout. Il n’y a jamais de grand gagnant.»

Pas dans le périmètre
Mme Lacombe habite toujours dans le secteur Lac-à-la-Tortue avec son conjoint, Jacques Picard, qui est demeuré dans le milieu comme pilote.

Le comble de l’ironie aurait été que le couple soit inclus dans la zone visée par la Coalition contre le bruit pour obtenir un dédommagement en raison des inconvénients causés par les vols touristiques. Ils sont toutefois situés à l’extérieur du périmètre de 200 mètres des rives du lac.

L’ex-dirigeante d’Aviation Mauricie sourit à cette allusion, en mentionnant qu’elle se serait sans doute exclue du recours le cas échéant, par amour pour cette industrie. Par contre, elle avoue qu’elle comprend un peu mieux les doléances des riverains.

«Les avions passent au-dessus de chez nous pour amerrir», fait-elle remarquer. «On les aime toujours! On ne se serait pas plaint de cette activité, mais c’est sûr que des fois, c’est arrivé que ça m’a dérangée. Je travaille de nuit souvent. Je comprends plus pourquoi la Coalition est tannée, c’est sûr. J’ai toujours su qu’ils ne se plaignaient pas pour rien, mais j’avais le fardeau de dire qu’on ne pouvait pas faire autrement.»

D’un autre côté, elle reconnaît que restreindre encore davantage les vols touristiques, comme le souhaite la Coalition contre le bruit, deviendrait très contraignant pour Bel-Air Laurentien aviation. «Déjà qu’il s’agit d’une industrie saisonnière, c’est difficile», rappelle-t-elle. «Je ne vois pas de rentabilité possible.»

Au bout de l’exercice, Mme Lacombe serait surprise que les membres de la Coalition contre le bruit n’obtiennent absolument rien dans ce jugement.

«J’ai toujours pensé qu’ils auraient un petit quelque chose», laisse-t-elle tomber. «Même si la juge n’accordait rien, je me demande comment Bel-Air pourra se relever de ses frais judiciaires.»