Molson Coors devient 100 % actionnaire du Trou du diable, mais les quatre fondateurs comptent demeurer dans l’entreprise. Notons également que le bistro de l’avenue Willow, où tout a commencé, n’est pas inclus dans la transaction. Le Trou du diable était limité à une production annuelle d’environ 1000 hectolitres à cet endroit avant son arrivée au CEAD. En 2017, la direction prévoit atteindre 17 000 hL.

«C’est un choc»

Shawinigan — La communauté qui a vu naître et grandir le Trou du diable n’a d’autre choix que de se fier aux paroles rassurantes des quatre fondateurs et des représentants de Molson Coors. Compte tenu de la taille des joueurs internationaux dans le monde brassicole et de la féroce compétition qu’ils se livrent dans les bars et les épiceries, les intervenants économiques comprennent que cette vente peut finalement constituer un tremplin.

Le maire, Michel Angers, a appris la nouvelle mercredi soir. Retenu ailleurs, il n’a pu participer à la conférence d’information jeudi matin, mais le message qu’il entend des quatre fondateurs le rassure.

«C’est une situation assez courante», relativise-t-il. «Des jeunes partent une très belle entreprise et éventuellement, elle est rachetée par des concurrents plus gros. On l’a vu l’an dernier avec Archibald (avec Labatt).»

«L’important, c’est que l’activité demeure à Shawinigan», poursuit-il. «Les gars vont continuer à faire la gestion, à être des ambassadeurs de la ville. De toute façon, Molson a tout intérêt à garder la formule qui a fait le succès du Trou du diable, soit tout ce qui touche à Shawinigan et à son environnement.»

M. Angers n’a pas pu s’entretenir avec les nouveaux propriétaires. Il s’est fait rassurer par les fondateurs sur l’avenir de la microbrasserie, le maintien des emplois et les perspectives de croissance. Car Molson Coors ouvrira des horizons inespérés aux quatre entrepreneurs.

«Ce n’est quand même pas rien», fait-il remarquer. «Molson Coors a des moyens plus imposants pour la distribution, le marketing. Ils n’ont pas acheté la concurrence pour l’éliminer, mais pour s’en servir pour élargir leur créneau. Ça fait un velours. Ça vient de chez nous, alors il faut être extrêmement fier qu’un géant comme ça s’intéresse à une des microbrasseries les plus populaires au Québec.»

Présent lors de l’annonce, le directeur du Service de développement économique de Shawinigan, Luc Arvisais, avoue que son déjeuner a pris une tournure inattendue, jeudi matin.

«C’est un choc», convient-il. «Mais une fois le choc passé, je considère qu’il s’agit d’une excellente nouvelle.»

Il remarquait que l’image de Molson Coors et celle de Six Pints sont restées très discrètes au salon Wabasso dans le cadre de cette annonce. Le rouge et le noir du Trou du diable demeuraient omniprésents, un indice du respect du nouveau propriétaire pour l’institution locale.

«Ça ouvre des perspectives», se dit M. Arvisais. «Je vois plein d’opportunités pour l’usine, la direction, les employés. Les quatre gars ont construit une valeur d’entreprise et maintenant, ils peuvent en profiter. Ils ont eu la préoccupation de ne pas juste vendre, mais aussi de se soucier de l’ancrage de l’entreprise à Shawinigan. C’est tout à leur honneur.»

Également responsable du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins, M. Arvisais précise que le Trou du diable ne disposait d’aucun avantage financier particulier dans cette section du complexe, comparativement aux entreprises en démarrage qui bénéficient de tarifs 

de location avantageux pendant cinq ans pour les aider à prendre leur envol. Molson Coors n’héritera donc pas d’un tarif préférentiel pour brasser de la bière sur l’avenue de la Station.

«Le Trou du diable paie une surface de pieds carrés qui se compare très bien avec le marché industriel de Shawinigan», explique-t-il. «Ils n’ont pas de tarif spécial. D’ailleurs, ce loyer donne des moyens au centre d’entrepreneuriat.»

Le Trou du Diable c'est...

- Fondé en décembre 2005 par Isaac Tremblay, Luc Bellerive, Franck Chaumanet et André Trudel

- Création de la brasserie industrielle au Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins en 2013

- Une centaine d’employés

- Produits distribués partout au Canada, dans 20 états américains, une dizaine de pays d’Europe, en Asie et en Océanie

- Plus de 150 distinctions mondiales depuis 12 ans