Sans l’intervention de Dany Abbott (à droite) lors d’une partie de dekhockey, Daniel Gagnon ne serait peut-être plus en vie.

«C’est mon ange gardien»

MASKINONGÉ — «C’est mon ange gardien.» Ce sont ces mots qu’emploie Daniel Gagnon afin de décrire Dany Abbott, un ambulancier qui lui a sauvé la vie le 14 juin dernier lorsqu’il s’est effondré après avoir eu un malaise cardiaque pendant un match de dekhockey.

Ce qui devait être une soirée sans histoire sur les surfaces extérieures de Louiseville a pris des allures dramatiques lorsque l’homme de 52 ans a soudainement éprouvé de la difficulté à expirer. Il venait de regagner le banc après une présence sur l’aire de jeu en deuxième période. C’était d’ailleurs la première fois que ce sportif accompli était victime d’un malaise causé par sa sténose aortique, une malformation cardiaque congénitale dont il ignorait être atteint.

«Je n’étais pas capable d’expirer. Après avoir essayé une deuxième fois, j’ai enlevé mon casque avec ma grille pour marcher jusqu’au bout du banc. C’est à ce moment que j’ai complètement perdu la carte», raconte le hockeyeur d’expérience qui en était seulement à sa deuxième partie à titre de remplaçant au dekhockey.

À ce moment, Dany Abbott, un ambulancier comptant une quinzaine d’années d’expérience, est arrivé sur les lieux en prévision du match qui était prévu environ 30 minutes plus tard.

«D’habitude, j’arrive une dizaine de minutes avant. Par hasard, j’ai dit à ma blonde qu’on partirait plus tôt pour voir la gang. En arrivant, j’ai entendu crier ‘‘appelez une ambulance’’. Avec la panique qu’il y avait là, j’ai compris que ce n’était pas seulement quelqu’un qui s’était viré une cheville. J’ai donc lâché mon ‘‘stock’’ et je suis parti en courant. J’ai alors vu la gang qui essayait de le ramener. Il était sur le dos et il commençait déjà à être bleu au niveau des lèvres. J’ai donc demandé à tout le monde de dégager. Comme ils savent que je suis ambulancier, ils m’ont laissé faire. J’ai alors constaté qu’il n’avait pas de pouls», poursuit le Louisevillois de 41 ans.

L’ambulancier a par la suite entrepris des manœuvres de réanimation et a demandé que quelqu’un appelle ses confrères en service dans ce secteur. Après environ une minute de massage cardiaque, celui que tous ses amis surnomment affectueusement «Canard» est revenu à lui.

«Il était mêlé, mais il savait qui j’étais car on se connaît parce qu’on côtoie le même monde», ajoute M. Abbott sous le regard approbateur de M. Gagnon.

«Il me disait de ne pas me lever, mais moi je voulais! Dans ma tête, j’étais correct. Mais je ne savais pas vraiment ce qui s’était passé. Je voulais m’en aller chez moi, mais il m’a alors dit qu’il venait de me ‘‘ramener’’ et que je n’avais plus de pouls», se rappelle l’enseignant en mathématique au secondaire.

Ce dernier a par la suite été conduit à l’hôpital de Louiseville, d’où il a été rapidement transféré à Trois-Rivières. C’est au Centre hospitalier affilié universitaire que les médecins ont posé le diagnostic et ont conclu qu’il devait subir une intervention chirurgicale visant à remplacer la valve aortique défectueuse. L’opération a été effectuée avec succès une dizaine de jours plus tard à l’Institut de cardiologie de Montréal. ‘‘Canard’’ a obtenu son congé le week-end dernier et devra se reposer jusqu’à la rentrée scolaire. Néanmoins, il se sent déjà très bien et se dit très heureux car il ne gardera pas de séquelles de cet incident.

Il est cependant conscient qu’il ne serait probablement pas dans un aussi bon état n’eût été l’intervention de son nouvel ami. Il se dit d’ailleurs très impressionné par le calme et le sang-froid dont il a fait preuve ce soir-là.

«C’est sûr que c’est sa ‘‘job’’, mais il n’a vraiment pas paniqué et il a exactement fait ce qu’il devait faire. J’aurais pu rester là trois ou quatre minutes et avoir des séquelles. Mais je n’ai absolument rien à part un nouveau morceau dans le cœur», lance-t-il.

Un lien fort
En raison de leurs activités sportives, les deux hommes se croisent régulièrement depuis. Sans être de grands amis, ils se saluaient toujours et discutaient à l’occasion.

Les récents événements ont cependant changé leur relation, comme si un lien spécial les unissait dorénavant.

«Je le sens très reconnaissant. C’est plus fort qu’un salaire. Je me rends compte que j’ai eu une influence sur la vie d’une famille entière», reconnaît l’ambulancier.

Un défibrillateur bientôt
Lorsque les événements sont survenus, le complexe de dekhockey de Louiseville n’était pas doté d’un défibrillateur cardiaque. Il devrait cependant y en avoir un bientôt. L’ambulancier croit d’ailleurs que tous les lieux où sont pratiquées des activités sportives devraient être équipés d’un tel équipement. Il plaide également pour que les personnes ayant suivi une formation de RCR se pratiquent et n’hésitent pas à intervenir.