Le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish.
Le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish.

«C’est l’esprit amer qui ressort»

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Les barricades érigées sur la route 344 à Kanesatake lundi pour protester contre l’intervention de la Police provinciale de l’Ontario (OPP) à Belleville afin de libérer la voie ferrée rappellent de très mauvais souvenirs et démontrent que les tensions sont toujours aussi vives. Ces barrages routiers sont installés exactement au même endroit que ceux de la crise d’Oka de 1990. C’est dans ce contexte que le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, lance un appel au dialogue afin d’apaiser les tensions.

«Il faut se parler pour se comprendre mutuellement. Il faut aussi faire preuve de leadership de part et d’autre. Et de confiance aussi», affirme en entrevue au Nouvelliste le grand chef de la nation atikamekw.

Les autochtones de toutes les nations du pays ne forment pas un bloc monolithique, rappelle par ailleurs Constant Awashish. Il y a plus de 640 communautés au Canada, provenant d’une soixantaine de nations. «Les opinions divergent beaucoup. Il y a beaucoup d’autochtones qui souhaitent être en solidarité avec ce qui se passe dans l’Ouest canadien. Mais en même temps, il faut mettre de l’eau dans notre vin. C’est ce que j’entends de certains», précise-t-il.

«Il y a une soixantaine de nations au Canada, mais les gens ont tous vécu des situations similaires où ils n’avaient pas leur mot à dire. Lorsque surviennent des événements comme ça, il y a un effet d’entraînement. C’est l’esprit amer qui ressort.»

Ces nombreux blocus témoignent, mentionne le grand chef, de profondes blessures des peuples autochtones causées par le colonialisme. Les membres des Premières nations ne sont toutefois pas tous d’accord avec les moyens qui sont actuellement utilisés par plusieurs individus.

«Plusieurs pensent que oui nous devons parler fort pour défendre nos droits et défendre l’État de droit dans lequel nous vivons. Le système canadien est construit d’une telle façon et je pense qu’il s’applique autant à nous qu’à eux», estime le grand chef de la nation atikamekw.

«Mais en même temps, il y a toujours le statut juridique des autochtones qui crée un peu de malaise de part et d’autre. […] On ne se comprend pas l’un et l’autre. Il y a beaucoup de chemin à faire pour faire comprendre nos intérêts communs. On veut aller dans la même direction, mais on ne parle pas le même langage.»

Le dialogue demeure, croit Constant Awashish, la voie à suivre pour résoudre cette crise pancanadienne. À ce titre, il affirme que les entreprises privées et les gouvernements doivent réaliser de véritables consultations publiques lorsqu’ils veulent réaliser des projets, comme celui de l’oléoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique. Le grand chef de la nation atikamekw estime qu’on se doit de prendre le temps de bien consulter les Premières nations et de véritablement tenir compte de leurs préoccupations.

«On devrait mettre les bouchées doubles lorsqu’il y a des consultations», soutient Constant Awashish.

«Il faut s’assurer de faire des consultations profondes et en bonne et due forme. Tout part de là.»