Danny Kerr et Claudie Bertrand sont les propriétaires de la Maison Blanche-Bertrand, du secteur Cap-de-la-Madeleine.

«C’est la pointe de l’iceberg»

TROIS-RIVIÈRES — La fermeture de la Villa Champêtre du secteur Pointe-du-Lac n’est que la pointe de l’iceberg de ce qui attend les petites résidences privées pour personnes âgées si aucune aide n’est rapidement octroyée par le gouvernement pour aider ces ressources à se maintenir la tête hors de l’eau. C’est là le cri du cœur qu’ont voulu lancer Claudie Bertrand et Danny Kerr, les propriétaires de la Maison Blanche-Bertrand, une autre résidence pour personnes autonomes et semi-autonomes du secteur Cap-de-la-Madeleine.

Lorsqu’ils ont acheté cette résidence de 27 chambres il y a un peu plus de deux ans, le couple qui œuvre depuis longtemps dans le domaine de la santé pensait réaliser le rêve qu’ils caressaient depuis longtemps. Or, le rêve a rapidement tourné au cauchemar, alors qu’ils se disent eux aussi au bout du rouleau et craignent de devoir en arriver à prendre la même décision que celle prise par les propriétaires de la Villa Champêtre.

«C’était le rêve de notre vie. Mais maintenant, nous sommes au bord du précipice», explique d’emblée Claudie Bertrand, en parlant non seulement de la difficulté à recruter du personnel qualifié, mais également des nombreuses exigences gouvernementales qui augmentent à chaque année, sans que l’aide financière ne suive pour les petites résidences.

Depuis l’achat de la résidence, c’est par dizaines de milliers de dollars que les propriétaires doivent constamment apporter des améliorations pour satisfaire aux exigences. Modification du système de détecteurs de fumée, installation de portes coupe-feu, obligations multiples de la Régie du bâtiment du Québec, même le coût de l’énergie désavantage les petites résidences pour personnes âgées. «Le prix fixe chez Hydro-Québec considère les résidences de 19 personnes et de 99 personnes sur le même pied d’égalité. On est loin du compte», constate Danny Kerr.

À la suite de l’incendie d’une résidence pour personnes âgées à L’Isle-Verte en janvier 2014 qui avait fait 32 victimes, l’exigence de Québec de faire installer des systèmes de gicleurs d’ici 2020 dans toutes les résidences fera aussi très mal aux résidences, croit Claudie Bertrand.

«Ils ont octroyé une aide financière en fonction du nombre de chambres, mais nous devons nous assurer d’adapter la résidence pour accueillir le système. Dans notre cas, ça voudra aussi dire la construction d’un cabanon à l’extérieur pour le système et des modifications à la bâtisse. Ce sera encore des milliers de dollars qui vont partir là-dedans. On ne s’oppose pas à la sécurité, bien au contraire, mais il faut nous aider», évoque-t-elle.

Pour obtenir l’accréditation du CIUSSS-MCQ, les résidences doivent maintenant satisfaire à 152 exigences, plutôt que les 80 d’il y a quelques années. Les propriétaires expliquent d’ailleurs avoir été audités sans même pouvoir savoir quelles étaient les nouvelles exigences, et ont dû apporter des correctifs à des points dont ils ignoraient l’existence sur la liste des exigences. Les résidences ne peuvent d’ailleurs exiger de taxes sur le loyer chargé aux bénéficiaires, mais ne sont pas, de leur côté, exemptées de taxes sur tous les produits qu’ils achètent et les travaux qu’ils doivent entreprendre pour la conformité des lieux.

Quant au recrutement de personnel, le salaire et les avantages sociaux offerts ne pourront jamais compétitionner avec le secteur public, ce qui entraîne un roulement continuel et des coûts engendrés pour la vérification des antécédents judiciaires et la formation, clament les propriétaires de la Maison Blanche-Bertrand.

«Dans notre cas, nous ne nous versons pas de salaire. On a gardé nos emplois chacun de notre côté. On a hypothéqué notre maison, on a pris tous nos REER, on a demandé de l’aide à des proches. Et quand un employé ne peut pas entrer pour faire le chiffre de nuit, c’est nous qui venons passer la nuit. Nous sommes épuisés», explique Claudie Bertrand, qui précise qu’à travers tout cela, ils sont aussi les parents de deux jeunes enfants.

Les propriétaires entendent maintenant s’adresser au ministère de la Santé et à la députée de Champlain pour faire bouger les choses, eux qui devront se résigner à prendre une décision difficile d’ici quelque temps si rien ne bouge. «Je crois encore et toujours que des petits milieux comme le nôtre ont leur place. Ce n’est pas tous les aînés qui peuvent se permettre de payer 3000 $ par mois pour une résidence. Ici, les gens sont chez eux, ils sont ma deuxième famille et c’était comme ça qu’on avait rêvé notre projet. Mais on ne pourra pas continuer sans se faire aider», lance Claudie Bertrand.