Le maire de Shawinigan, Michel Angers, est atterré par la fin des activités du Réseau national des pôles régionaux d’innovation.

C’est la fin pour le Réseau national des pôles régionaux d’innovation

Shawinigan — Le verdict est tombé en fin d’après-midi jeudi: le Réseau national des pôles régionaux d’innovation (RNPRI), dont la direction était établie à Shawinigan, n’a pas résisté à l’analyse de la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx. Par voie de communiqué, elle a annoncé la fin des activités de cette entité créée l’an dernier sous le règne libéral.

Du coup, quatre personnes perdent leur emploi, sans compter Philippe Nadeau, qui combinait la direction générale de ce réseau avec celle du DigiHub.

Dans son communiqué, le cabinet de la ministre précise que le financement associé au développement des dix-huit pôles régionaux n’est pas remis en question. Selon l’entente prévue avec le gouvernement l’an dernier, chaque entité disposait d’une aide financière de 400 000 $ pendant quatre ans. Par contre, seulement cinq pôles possédaient une entente valide au moment où la ministre avait décrété un moratoire sur le développement du réseau, en janvier. Elle questionnait alors le budget qui avait été réservé pour l’organisation d’un premier lac-à-l’épaule de ce regroupement, à l’Auberge du lac-à-l’Eau-claire de Saint-Alexis-des-Monts.

L’analyse de la ministre dans le cadre de ses consultations sur l’entrepreneuriat et le développement économique régional l’a menée à cette conclusion.

«La décision de mettre fin aux activités de RNPRI découle du fait que cette structure, visant à centraliser les orientations des pôles, ne s’inscrit pas dans la vision du gouvernement et qu’elle engageait des fonds qui devaient être destinés au développement économique régional», indique son cabinet par voie de communiqué.

Déception

Le maire de Shawinigan et président par intérim du RNPRI, Michel Angers, participait à une réunion jeudi après-midi lorsque la ministre l’a joint pour lui transmettre la nouvelle.

«Je suis profondément déçu de cette décision», commente-t-il. «Ce n’est pas d’hier que nous avons mis en place cet écosystème, cité par plusieurs territoires à travers le Québec. Nous n’étions plus capables de supporter les villes ou MRC qui souhaitaient mettre en place la même chose. L’une des avenues proposées était de mettre en place un réseau national. Plutôt qu’être dirigé de Montréal ou de Québec, ça se ferait en région. On nous faisait confiance.»

«Nous n’avons pas eu le temps, d’aucune façon, de nous déployer», déplore le maire. «Les contacts étaient établis avec les différents pôles. Nous développions des outils très porteurs pour l’avenir. Mais je pense que la ministre avait pris sa décision dès le début. On centralisera sans doute ça au ministère. Pour nous, ça représente des pertes d’emplois de personnes qui avaient fait le choix d’une aventure de quatre ans pour le réseau national.»

Étrangement, le pôle de la Mauricie, établi au DigiHub, n’avait même pas encore reçu son accréditation du ministère. Les emplois perdus au réseau pourront-ils être récupérés dans ce pôle régional? Le maire le souhaite, ce qui ne change toutefois pas la réflexion que lui inspire cette décision.

«C’est un vote de non-confiance pour le travail qui a été fait jusqu’à maintenant, qui n’a pas été vérifié, ni validé», déplore-t-il. «Il faut croire que ce n’est pas vraiment tout le monde qui nous reconnaissait. Nos pairs nous ont reconnus, mais du côté du gouvernement, ce n’était pas le cas.»

M. Angers est d’autant plus déçu que le RNPRI avait assuré le gouvernement de sa souplesse pour modifier certaines orientations et l’ajuster aux couleurs caquistes. Visiblement, la ministre n’a pas voulu aller sur ce terrain.

«C’est malheureux, puisqu’on a offert à plusieurs reprises de moduler, d’organiser, d’adapter», rappelle-t-il. «On ne nous a donné aucune espèce de chance. Nous n’avons eu aucune explication, outre de nous dire qu’on mettait fin au réseau national.»

«Ça aurait été une belle occasion de faire confiance aux régions», rage le maire. «Je ne sais pas si on en a fait une histoire politique. Nous, on se déploie depuis des années, les gens souhaitent travailler avec nous. C’est la fin d’une belle histoire qui était très motivante pour nous.»

La députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, ne pouvait faire autrement qu’encaisser le coup.

«Par rapport à la structure, je vais me référer à l’analyse qui a été faite par la ministre», commente-t-elle. «Je ne remets pas ça en question. Mais c’est sûr que la députée trouve que c’est dommage, parce que c’est quand même des postes qui sont perdus. Il y aura toutefois un soutien, une prise en charge par le ministère. À partir du moment où le pôle régional sera signé, peut-être qu’il générera des emplois. Ce ne sera peut-être qu’un transfert.»