Johanne Bolduc (à l'avant), en compagnie de ses derniers employés Jacques Lafond, Kim Roussel, Lise Thiffault et Lili Garceau.

C'est la fin pour la Villa du jardin fleuri

«On est victime d'injustice et d'une campagne de salissage. Mais jamais les résidents ne se sont sentis menacés ici.»
La rencontre entre Danielle Robert, la dernière résidente de la Villa du jardin fleuri, et Johanne Bolduc, la directrice générale de la résidence, a été vive en émotions.
Johanne Bolduc en a gros sur le coeur. La directrice générale de la Villa du jardin fleuri croit que la résidence n'aurait jamais dû être condamnée par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec et estime que le comportement du fils d'un homme décédé à la résidence dans de tristes circonstances a joué un rôle dans cette fermeture.
Mme Bolduc a mis la clé dans la porte de cette résidence de Trois-Rivières pour une dernière fois, vendredi après-midi. La résidence pour aînés a fermé ses portes de façon définitive un mois plus tôt que prévu par la révocation de son certificat de conformité.
Avec l'annonce en juillet du retrait de ce certificat par le CIUSSS, les quelque 70 résidents et la trentaine d'employés ont quitté un à un la résidence. Il ne restait qu'une résidente et cinq employés, vendredi, si bien que les ressources financières et humaines sont insuffisantes pour continuer l'aventure jusqu'au 31 octobre, date de la révocation.
Le CIUSSS s'appuie sur l'intérêt public pour baser sa décision. Le CIUSSS a relevé 78 infractions qui ont été corrigées, soutient la résidence. La santé et la sécurité des résidents étaient menacées, estime le CIUSSS.
Ce constat est rejeté du revers de la main par Mme Bolduc.
«Sur les 70 résidents qu'on avait, aucun n'est parti en disant: ''Enfin, ça ferme''. Les familles se résignent, mais me disent qu'elles vont revenir si ça rouvre dans deux ou trois mois! On a peut-être des failles, mais il n'y a pas de résidence parfaite. Avec des recommandations, on aurait pu s'arranger, mais pas fermer! Il y a des manquements ailleurs, des vols, de la maltraitance, et ils ne ferment pas les bâtisses», s'insurge Mme Bolduc, lors d'une rencontre avec Le Nouvelliste, vendredi matin.
La Villa du jardin fleuri a été mise sur la sellette il y a quelques mois: en mars, le CIUSSS a ouvert une enquête sur le décès d'André Bourassa. Le résident est mort gelé en février 2017 après s'est embarré à l'extérieur de la résidence durant la nuit. En avril 2016, Thérèse Roberge est décédée dans des circonstances similaires. Après s'être retrouvée à l'extérieur en pleine nuit, la dame était incapable de rentrer, car la porte était verrouillée. Elle a perdu pied en descendant du perron de son entrée. La chute lui a causé entre autres un traumatisme crânien. Elle est décédée quelques jours plus tard.
Ces dossiers ont fait les manchettes. Le fils de M. Bourassa a réclamé la tenue d'une enquête publique sur la sécurité des résidents. François Bourassa a ensuite salué la révocation du certificat de conformité de la Villa du jardin fleuri, qualifiant de «catastrophique» la situation à la résidence.
«Il y a eu le décès (de M. Bourassa). Je respecte cette famille. Il a perdu son père de la pire des façons. Mais dans des moments de deuil, on dit des choses et on ne pense pas aux autres résidents. D'en faire une vengeance, je trouve ça inacceptable. Mais peut-être qu'il ne voulait pas que ça aille aussi loin», lance Mme Bolduc, dans un mélange de déception et de tristesse.
La directrice générale n'est pas tendre envers le comportement du CIUSSS au moment d'annoncer la révocation du certificat. Selon elle, le CIUSSS a créé un véritable climat de panique auprès d'une clientèle vulnérable.
«J'ai eu cinq décès depuis l'annonce. Ils seraient peut-être morts quand même, mais cela a accéléré un sentiment de stress. On travaille avec des humains. On est leur dernière maison. On est leur premier sourire le matin. Ces gens vivent une peine d'amour et nous aussi.»
«On est comme une famille», ajoute Lili Garceau, une employée.
«On dirait que ça ne se peut pas», ajoute sa collègue Lise Thiffault, en parlant de la fermeture.
Danielle Robert est la dernière résidente à avoir fait ses boîtes vendredi. Celle qui vivait à cette résidence depuis un an et demi déménage contre son gré.
«Ça ne me tente pas de partir. On était bien traité ici. Le personnel est super fin. On était gâté», raconte la sympathique dame, pendant que sa fille Chantale confie avoir espéré un revirement de situation.
Johanne Bolduc souligne que l'équipe de la Villa du jardin fleuri a soutenu et encouragé les résidents confrontés à un déménagement. Elle salue le professionnalisme de son personnel même en fin de course.
«On avait une très bonne équipe. Ils vont se replacer ailleurs», dit Mme Bolduc, qui aurait bien aimé recevoir un soutien quelconque de la Ville de Trois-Rivières même si une résidence pour aînés relève du gouvernement provincial.