Réjean Bouchard a vécu toute une gamme d’émotions depuis le 11 août 2019.
Réjean Bouchard a vécu toute une gamme d’émotions depuis le 11 août 2019.

«C’est encore difficile»: confidences du conjoint de Denise Massicotte qui s’est perdue pendant trois jours en Haute-Mauricie l’an dernier

LA TUQUE — En août 2019, Réjean Bouchard était loin de se douter de ce qu’il s’apprêtait à vivre. Fidèle à ses habitudes, il s’est aventuré en plein bois pour cueillir des bleuets avec sa conjointe des 15 dernières années, Denise Massicotte. Ce nom vous dit peut-être quelque chose, la dame atteinte d’Alzheimer s’était égarée dans la forêt près de la route forestière 25. Une vaste opération de recherche avait été lancée et la septuagénaire avait finalement été retrouvée en vie trois jours plus tard. Un an presque jour pour jour après, son conjoint est encore émotif lorsqu’il parle du triste événement et des mois difficiles qui viennent de passer.

«C’est l’enfer, veut veut pas, ça reste. Ça fait mal, on met ça sur notre faute», lance-t-il d’entrée de jeu.

L’adrénaline, la joie, la fatigue, c’est tout un mélange d’émotions qui ont laissé le septuagénaire sans mot le 14 août 2019, lorsque sa conjointe a été retrouvée vivante dans la forêt dense de la Haute-Mauricie.

«Quand je l’ai revue à l’hôpital, je l’ai serrée fort dans mes bras. J’étais content de la voir en vie, mais je n’étais pas capable de parler. Quand je pleure, je me cache normalement, mais là je n’étais pas capable», souligne Réjean Bouchard.

Ce qu’il souhaite aujourd’hui, c’est prendre un moment pour remercier tous les policiers qui ont participé aux recherches et qui ont finalement pu retrouver Denise Massicotte.

«J’aimerais que tu dises merci à tous ceux qui ont travaillé pour la retrouver de ma part, insiste-t-il. Cette journée-là, je n’étais pas capable de parler. Ils ont fait vraiment une belle job et j’aurais aimé pouvoir leur dire. Il y a eu beaucoup de bénévoles, c’est incroyable, je n’en revenais pas. J’ai vraiment eu du bon service».

Il garde même en souvenir l’épinglette d’identification d’une policière «N. Lebrun» qui l’a aidé à garder espoir même si les heures passaient sans nouvelles de la dame.

«Ma femme voulait qu’on la garde», note-t-il.

«Elle (la policière) m’a beaucoup donné d’espoir, elle m’a beaucoup encouragé. Elle me disait qu’on allait la retrouver en vie. Parce que quand le temps passe, la seule chose qui nous vient en tête, c’est qu’ils vont la retrouver morte», précise-t-il.

Une activité habituelle

Aller en forêt et cueillir des bleuets faisaient partie du quotidien du couple. Ils fréquentaient l’endroit où s’est déroulé le drame régulièrement. M. Bouchard savait que sa conjointe des dernières années avait un début de démence, et il ne la lâchait pas des yeux autant que possible.

En une fraction de seconde, la sexagénaire a pris la poudre d’escampette sans laisser de traces.

«On n’a jamais ce genre de choses dans la tête. Est-ce que j’aurais dû l’attacher pour aller là ? Je n’attache même pas mon chien. Elle restait à côté de moi, mais le temps de me lever cette fois-là, elle était partie de l’autre bord», raconte-t-il.

S’en est suivie une vaste opération de recherches pendant plus de 72 heures jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée en vie par le maître-chien de la Sûreté du Québec, Olivier Paquette et l’agent Marc-Sébastien Turgeon Racicot.

«Il a fait froid, il a mouillé aussi. […] J’ai été là trois jours à côté d’un feu, jour et nuit. Ça bloque, ça fait mal, tu fais juste penser à ça», explique-t-il.

Plusieurs policiers de la Sûreté du Québec avaient participés aux recherches sur le terrain pour tenter de retrouver la dame de 66 ans.

«Les petits gars qui l’ont trouvée, ils étaient vraiment gentils aussi. Ils ont donné des bas à ma femme. Elle les a gardés», précise-t-il.

Encore aujourd’hui, ce n’est pas facile. M. Bouchard parle rarement de l’événement même si parfois les gens veulent en discuter.

«C’est encore difficile aujourd’hui. Il y a beaucoup de gens qui jugent aussi. Il a même circulé des cancans qui disaient que j’avais fait exprès pour m’en débarrasser», se désole-t-il.

«Parfois, les gens voulaient en parler, mais je n’étais pas capable. On garde ça en dedans. J’aimais mieux ne pas en parler».

L’épreuve a été difficile, très difficile. M. Bouchard ne se doutait pas que ce qui allait arriver après serait tout aussi éprouvant. «Je la gardais toujours proche de moi. Tu ne veux pas vivre ça une deuxième fois. Je ne voulais pas la placer, j’ai tout fait pour la garder avec moi, mais elle partait toute seule. Elle adorait marcher», se souvient-il.

«Après 3 mois, je n’étais plus capable.»

Réjean Bouchard a finalement pris la décision qui s’imposait. Sa conjointe a pris le chemin d’un CHSLD à La Tuque pour son bien et sa sécurité.

«C’était la meilleure place pour elle. Il y a des gens qui peuvent s’en occuper. Elle a de bons soins, mais c’est très difficile de la voir là. Je me suis assuré qu’elle soit bien, je ne l’amenais pas en prison. Je voulais qu’elle puisse sortir. Je suis allé la voir tous les jours et je l’amenais à la maison les fins de semaine. Ici, elle vient partout avec moi, je ne la laisse pas seule cinq minutes», explique le Latuquois.

«J’en prends soin, c’est un être humain et c’est ma femme. Je l’aime et elle a toujours été fine avec moi. Je n’ai jamais eu de misère avec elle. Elle m’aidait tout le temps, dans n’importe quoi.»

Pandémie

Puis, il y a eu la pandémie. Pendant trois mois, ils ont été séparés par le virus invisible. Pratiquement tous les jours, il a appelé Mme Massicotte, mais «ce n’est pas pareil».

«Elle me demandait pourquoi je n’allais pas la chercher. C’est dur. Quand j’y suis retourné, elle était très contente, elle m’a reconnu, et moi aussi j’étais bien content.»

M. Bouchard précise qu’elle l’a reconnu parce que son état, même s’il souhaite le contraire de tout cœur, ne s’est pas amélioré.

Denise Massicotte n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé dans les bois l’an dernier.

«J’ai été lui montrer la place où elle s’est écartée, elle reconnaît la place où on allait aux bleuets.»

Le maître-chien de la Sûreté du Québec, Olivier Paquette, a retrouvé Denise Massicotte avec l’agent Marc-Sébastien Turgeon Racicot.

Réjean Bouchard vit désormais seul dans leur maison. Il va de moins en moins en forêt parce que ce n’est pas pareil sans elle, avoue-t-il. Quand on lui parle de la maladie d’Alzheimer, Réjean Bouchard dit qu’il aimerait mieux mourir que de devoir passer par là.

«Je n’ai pas peur de mourir», a conclu l’homme de 74 ans.