Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Les candidats dans Trois-Rivières ont pris part au débat de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.
Les candidats dans Trois-Rivières ont pris part au débat de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières.

Ces candidats qui font une différence

On ne peut pas dire qu’au débat de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières on ait vraiment tenté de déstabiliser Louise Charbonneau, la candidate bloquiste.

On le sait, le gros des assauts a été porté contre la candidate du Parti libéral, Valérie Renaud-Martin et l’un de ses plus ardents attaquants a été son voisin de tribune, le conservateur Yves Lévesque, qui désespère de la voir depuis le début de la campagne le devancer d’un petit nez dans les sondages.

Pourtant, la veille, un sondage Mainstreet avait annoncé une forte remontée du Bloc québécois dans les intentions de vote des francophones du Québec, suffisamment prononcée pour hisser la candidate bloquiste dans Trois-Rivières dans les hauteurs gagnantes.

Les organisations politiques avaient bien vu ces résultats, mais ne leur accordaient pas beaucoup de crédibilité. Dans leur esprit, une distorsion de sondage comme il en arrive souvent qui sera vite balayée par ceux à venir.

Et pourtant... Le lendemain, la firme Léger nous en confirmait l’ampleur. Une semaine après le premier débat en français, on apprenait que le Bloc québécois avait gagné neuf points chez les francophones, en principe acquis aux dépens des conservateurs, alors que les libéraux cédaient aussi un peu de terrain, mais en faveur des néodémocrates.

Les Québécois seraient devenus moins susceptibles aux turbans colorés de Jagmeet Singh, mais surtout vraisemblablement plus séduits par le chef du Bloc, Yves-François Blanchet.

Beaucoup se plaignaient d’une campagne fédérale plutôt plate, sans émotion, sans grand intérêt. Bref, une campagne un peu superflue dont on pouvait espérer qu’elle finisse pour pouvoir passer à autre chose.

Remarquez que c’est souvent comme cela une campagne fédérale. On ne les vit pas, du moins au Québec, avec les mêmes poussées d’adrénaline qu’au provincial.

Pourtant, à une semaine du scrutin, alors que le vote est déjà entamé, c’est incroyable comment les choses ont pu changer dans la région.

Au départ, tout semblait dessiné d’avance.

Dans Saint-Maurice-Champlain, le ministre libéral François-Philippe Champagne était donné largement gagnant. Il l’est toujours, mais avec beaucoup moins d’éclat qu’au déclenchement des élections.

Dans Berthier-Maskinongé, ce n’est plus la candidature libérale, même si la candidate Christine Poirier n’était pas encore connue, qui pointait en avance alors que la députée sortante, Ruth Ellen Brosseau avait culbuté au quatrième rang, entraînée par le bas par le ressac néodémocrate.

Et voilà qu’on aurait comme assisté à une résurrection de celle-ci, mais qui se fait maintenant contester, non par la libérale, mais par le bloquiste Yves Perron. Toutes les cartes ont été rebrassées.

Dans Bécancour-Nicolet-Saurel, les chances que le bloquiste Louis Plamondon remporte une onzième victoire apparaissaient probables, mais sans plus. Aujourd’hui, il n’a même plus besoin de regarder dans le miroir pour voir si un adversaire le talonne. Avec la poussée bloquiste, il s’est comme sauvé avec le ballon.

Une poussée bloquiste qui est aussi venue changer la donne dans Trois-Rivières.

Les amateurs de politique et de grenouillage s’amusaient beaucoup d’assister à une course aux dents serrées entre Yves Lévesque et Valérie Renaud-Martin… deux anciens alliés à l’hôtel de ville.

Selon les sites de prévision électorale, le refoulement conservateur au Québec a urait fait reculer Lévesque en troisième position, mais pas très loin. C’est maintenant les candidates libérales et bloquistes qui seraient au coude-à-coude, à l’intérieur des marges d’erreur. Sauf que le nez d’avance, c’est Louise Charbonneau qui le détiendrait maintenant. Elle qui n’a pas encore reçu de tape dans le dos de son chef, ce qui donnerait un sens à ses affiches qui font penser à une célèbre pièce de théâtre qui s’appelait Charbonneau et le chef.

On assisterait donc dans le dernier sprint à une lutte à trois et qui sait, avec l’embellie néodémocrate, peut-être à quatre.

Dire que lorsqu’Yves Lévesque a annoncé sa candidature conservatrice, pour plusieurs, même chez ceux qui ne l’avaient pas apprécié à la mairie, la partie semblait à toutes fins utiles jouée dans Trois-Rivières.

Si ce n’était de Lévesque, dans l’état actuel des choses, les conservateurs n’auraient aucune chance dans Trois-Rivières.

Le député néodémocrate sortant, Robert Aubin avait raison de dire que dans le comté, l’influence nationale va certes jouer beaucoup, mais la notoriété des candidats aussi. Avec un Yves Lévesque sur les rangs, ça va de soi. Mais Robert Aubin est lui aussi connu et respecté.

Le facteur personnel va aussi intervenir dans toutes les autres circonscriptions de la région.

Le NPD a peut-être gagné quelques points de popularité, ce n’est pas ce qui explique que Ruth Ellen Brosseau puisse avoir fait un bond aussi prodigieux dans les intentions de vote, elle qu’on prédisait destinée à l’abattoir électoral. Si cela est, elle le doit à l’affection personnelle que les gens lui portent.

Si dans Saint-Maurice-Champlain, la victoire du ministre François-Philippe Champagne n’a jamais fait de doute, c’est en raison de l’importance qu’on lui accorde, en raison de sa générosité ministérielle et de sa disponibilité et de son affabilité naturelle.

Il y a une bonne partie du vote qu’il obtiendra qui lui revient personnellement.

C’est la même chose dans Bécancour-Nicolet-Saurel. Voilà 35 ans que, contre vents et marées, le Bloc soit populaire ou pas n’y change rien, on y vote toujours pour Louis Plamondon. Difficile de trouver une victoire plus personnelle que celle qu’on lui prépare pour une onzième fois.

Alors oui, même si en général c’est peu le cas, dans la région, le candidat ou la candidate fait une différence.

Coup de griffe: L’évêque de Trois-Rivières, Mgr Luc Bouchard a servi une belle leçon de morale à ses ouailles belliqueuses dans le dossier de la vente suspendue de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf.

Coup de cœur: À Carpe Diem, cette maison qui fait référence dans le domaine de la maladie d’Alzheimer, pour l’aide financière plus que méritée que vient de lui consentir la ministre Marguerite Blais.