Les centres de thérapie de la région subissent aussi les contrecoups de la pandémie lié au coronavirus.
Les centres de thérapie de la région subissent aussi les contrecoups de la pandémie lié au coronavirus.

Centres de thérapie: la pression s’accentue

TROIS-RIVIÈRES — En cette période de pandémie, la pression s’accentue sur les centres de thérapie de la région qui hésitent, voire refusent d’accueillir des nouveaux clients tout en sachant que les problématiques de dépendances aux stupéfiants et à l’alcool risquent de s’aggraver.

Afin justement de favoriser de nouvelles admissions, autres que les personnes judiciarisées et déjà détenues, un projet visant à utiliser des chambres de l’hôtel Montfort à Nicolet comme lieu de confinement a été soumis au CIUSSS MCQ.

«Actuellement, il y a des drames humains qui se produisent. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Le confinement va augmenter les dépendances et les risques de rechute. Les gens doivent être aidés et on ne peut pas se permettre de manquer le bateau», a indiqué France Bouffard, directrice générale du Pavillon de l’Assuétude. Ce centre en traitement des dépendances, qui compte un point de services à Shawinigan et un autre à Saint-Guillaume, fait justement partie des ressources ayant élaboré le projet.

Il consiste à utiliser une vingtaine de chambres de l’hôtel pour y envoyer en confinement les nouveaux clients avant qu’ils intègrent ensuite le centre de thérapie. L’hôtel Montfort pourrait également être utilisé par d’autres ressources comme lieu de confinement.

Au CIUSSS MCQ, l’agente d’information, Kellie Forand, confirme la réception de cette proposition. «Nous évaluons actuellement plusieurs scénarios possibles. L’objectif est de trouver la trajectoire la plus optimale. Il n’y a pas de délai de réponse mais nous voulons agir rapidement», a-t-elle indiqué. Outre les coûts associés à un tel projet, le CIUSSS doit prendre en considération la réponse aux besoins des usagers, la faisabilité et la réorganisation qu’un tel projet nécessite entre autres.

Dès le début de la crise, les centres de thérapie L’Autre côté de l’ombre, la Maison Carignan et le Pavillon de l’Assuétude ont tous mis un terme aux visites et sorties extérieures pour éviter la contamination. Les activités internes et les services de cafétéria ont notamment été modifiés pour assurer le respect de la distanciation sociale dans la mesure du possible. À ce jour, aucun client n’a été testé positif dans l’un ou l’autre de ces trois centres.

Même son de cloche du côté de Domrémy, qui relève du CIUSSS. «Les critères d’admission se sont resserrés, de sorte que nous favorisons les clients en hébergement à risque de sevrage. Les sorties de week-end sont interdites. Sinon, l’approche thérapeutique privilégiée se fait par téléphone. Le nombre de personnes dans les activités de groupe a aussi été réduit et des repères visuels ont été installés au sol pour la distanciation sociale», a précisé Kellie Forand. Selon elle, les changements apportés ont été soumis à la Santé publique qui a donné son aval à la poursuite des activités de groupe dans ce nouveau format.

La plupart des centres ont également cessé les nouvelles admissions en provenance de la population générale en l’absence de lieu de confinement et de tests de dépistage, privilégiant davantage la clientèle incarcérée. «Si la personne est détenue depuis quelques semaines, nous sommes davantage sécurisés à l’idée de l’admettre chez nous. Si elle vient de la communauté, c’est beaucoup plus inquiétant, car nous ne savons pas d’où elle vient, avec qui elle a été en contact, ce qu’elle a fait, etc. Nous faisons tout pour empêcher l’apparition d’un cas de COVID-19», a soutenu Valérie Piché, directrice générale de la Maison Carignan.

Or, qui dit moins de clients dit moins de revenus. La semaine passée, la Maison Carignan expliquait avoir dû refuser 15 personnes en provenance de la clientèle régulière. Son taux d’occupation est à la baisse. Il y avait 70 résidants sur une possibilité de 98.

Au Pavillon de l’Assuétude, 60 % de la clientèle est régulière et 40% est judiciarisée. Déjà qu’elle refuse les nouvelles admissions de la population, Mme Bouffard vient d’apprendre que les services correctionnels auraient mis fin au transfert des détenus, ce qui vient compliquer la donne sur le plan de l’accueil, du transport et de la sécurité. En fin de compte, un constat s’impose: «On a des subventions mais la majorité de notre financement provient de la facturation. Il faut tricoter et c’est très difficile», a-t-elle ajouté.

Règle générale, le Pavillon de l’Assuétude et la Maison Carignan reçoivent à eux deux entre 40 et 50 demandes d’admission par semaine. Depuis le début de la crise, ils ont dû en refuser une trentaine.

Au Centre l’Autre côté de l’ombre à Bécancour, on continue d’admettre de nouveaux clients mais avec une très grande vigilance et avec un isolement de 14 jours. On va même chercher les détenus directement à leur point d’origine pour limiter les risques. Avant, il pouvait accueillir huit nouveaux clients par semaine, maintenant c’est deux. «Pour l’instant, l’impact financier est limité mais les gens qui résident chez nous dans le cadre de leur thérapie vont finir par sortir...», a mentionné Éric Dorion, directeur général.

Il propose lui aussi au réseau l’utilisation d’un bâtiment appartenant au centre et situé sur la rue Sainte-Julie à Trois-Rivières à titre de lieu de confinement.

D’autre part, il souligne la très grande collaboration des clients dans le cadre de cette crise sans précédent. «C’est surprenant compte tenu de leur caractère habituel mais ils méritent d’être applaudis. Ils sont très conscients de ce qui se passe dans le monde. J’appréhendais beaucoup de mécontentement mais non, il y a un bel esprit de collaboration et de conscience collective parmi eux», a-t-il ajouté.

Alexandre Ratté, directeur général adjoint de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendances, soutient lui aussi que la pression est forte et que les centres sont confrontés à une baisse du taux d’occupation bien que les besoins sont grandissants. «Actuellement, le gouvernement a donné de l’argent aux aînés, aux femmes victimes de violence conjugale mais rien aux centres de dépendances. La clientèle toxicomane est loin d’être la plus populaire. Déjà que les organisations tirent le diable par la queue. Cette crise entraîne des baisses de revenus mais aussi une hausse des dépenses tant sur le plan des ressources humaines que du matériel de désinfection et des employés qu’il faut payer pour la désinfection. Alors oui, nous sommes inquiets», a-t-il conclu.