Pierre Laliberté, directeur du Centre de formation professionnelle Bel-Avenir dans les locaux de l’école d’alimentation et d’hôtellerie.

Centres de formation professionnelle: les inscriptions en baisse

Trois-Rivières — Alors que la pénurie de main-d’œuvre constitue un problème criant dans la région, les inscriptions dans les centres professionnels sont en chute libre depuis quelques années. Conséquence: il y a moins de groupes ou certaines formations ne sont tout simplement plus offertes par manque de candidats.

Cette réalité frappe le centre de formation professionnelle Bel-Avenir de plein fouet. Certaines formations se maintiennent, mais d’autres connaissent une baisse d’élèves drastique comme en cuisine. «Depuis 4, 5 ans, on a perdu facilement 40 % de nos effectifs. C’est énorme», déplore Pierre Laliberté, directeur de Bel-Avenir. Pour ce qui est du service de restauration, il n’y a tout simplement plus assez d’élèves. «Ça fait deux ans que je n’ai pas de groupe. L’an passé, je n’en ai pas eu, et l’année prochaine, pour l’instant, il n’y en a pas», précise M. Laliberté.

À La Riveraine dans les écoles commerciale, d’agriculture et de mécanique de machines fixes, la baisse du nombre d’élèves est au total d’environ 10 % comparativement à il y a cinq ans. «Ça dépend des groupes. Il y a des hauts et des bas», souligne Monique Rivard, directrice du Centre de formation professionnelle de La Riveraine.

Même phénomène à la Commission scolaire de l’Énergie qui n’était toutefois pas en mesure de chiffrer cette diminution. «Il y a une baisse des inscriptions dans tous les programmes, mais ce n’est pas nouveau de cette année. Cette baisse est remarquée depuis quelques années», note Renée Jobin, porte-parole de la Commission scolaire de l’Énergie.

Par exemple, au mois de mars, 21 personnes ont fait une demande d’admission pour la formation en cuisine de l’école d’alimentation et d’hôtellerie du CFP Bel-Avenir pour la prochaine rentrée, mais seulement une douzaine d’entre elles se sont présentées au test psychométrique. Lors de l’année 2016-2017, ce sont 51 élèves qui avaient fait une demande d’admission et 39 s’étaient présentés au test.

Autre exemple, la formation pour les infirmières auxiliaires à Bel-Avenir dont les inscriptions sont passées de 149 pour la rentrée de septembre 2016 à une centaine pour la rentrée de 2019. «Il y en a déjà eu 200», raconte M. Laliberté.

C’est sans compter ceux qui quittent en cours de route, notamment en cuisine. «On part généralement avec un nombre qui n’est pas loin d’être plein, c’est-à-dire 22, et on finit souvent des formations en bas de dix. Ça veut dire qu’on en a perdu plus que la moitié au cours de l’année. Depuis quelques années, c’est assez fréquent. Ce n’est pas une exception», déplore M. Laliberté.

Certains programmes s’en tirent mieux, tandis que d’autres piquent du nez. «Ça dépend des formations. Il y a des formations qui se maintiennent. Si je compare cette année par rapport à la même date que l’an passé, c’est sûr qu’il y a moins d’élèves, sauf qu’on n’a pas fini notre publicité et nos journées portes ouvertes», précise Mme Rivard.

La baisse démographique fait partie des facteurs qui expliquent cette diminution, mais surtout la bonne tenue de l’économie. «Je pense que beaucoup de gens sont capables de se trouver un emploi, et ils sont chanceux, ils peuvent même le choisir leur emploi. Ça ne nous aide pas», laisse tomber Mme Rivard.

Cette situation constitue tout un défi pour les centres de formation professionnelle. «Au fil du temps, c’est sûr qu’il a fallu diminuer les ressources humaines, et on a moins de sous disponibles pour investir dans des projets de développement. On essaie de maintenir le bateau au-dessus de la ligne de flottaison», explique M. Laliberté. «Ayant moins d’élèves, c’est certain qu’on a moins de financement. Ça influence également le nombre d’intervenants. Moins on a d’élèves, moins on a besoin d’enseignants», note Mme Jobin.

De nouvelles façons de faire sont recherchées comme l’alternance travail-études ou des formules qui permettraient de rémunérer les élèves en stage ou même pendant leur formation. Toutefois, il faut établir des partenariats avec des entreprises pour être en mesure de rémunérer des élèves, ce qui n’est pas nécessairement évident. «Ce n’est pas encore tellement dans les mœurs de l’industrie. Ça s’en vient, mais on n’est pas comme en Europe où c’est tellement connu. Chez nous, les gens de l’industrie ont un besoin urgent. Ils ont besoin de quelqu’un pour les aider maintenant, et qui va rapporter», mentionne M. Laliberté.

D’ailleurs, le centre Bel-Avenir reçoit régulièrement des appels d’entreprises. «Il n’y a pratiquement pas une semaine qui passe sans qu’on reçoive un appel nous demandant: «Avez-vous telle personne? Avez-vous des assistants-techniques en pharmacie, des adjoints administratifs, des préposés aux bénéficiaires? Je pourrais presque tous vous les nommer.»

La formation professionnelle gagnerait d’ailleurs à être davantage valorisée au sein de la société, selon Mme Rivard. «Dans des périodes de manque de main-d’œuvre, qu’on arrête de penser que tout le monde doit aller à l’université ou au cégep. Il y a des métiers en formation professionnelle qu’on peut offrir qui sont quand même bien payés, et tout le monde se place. Donc, il faut changer aussi la mentalité des gens.»

Une formation d’aides-cuisiniers tombe à l’eau

La pénurie de main-d’œuvre frappe fort en cuisine et recruter de nouveaux employés  constitue un véritable défi. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, annonçait en avril la mise en place d’un programme de formation de courte durée permettant de former des aides-cuisiniers dans neuf régions du Québec, dont la Mauricie. Il était même prévu que l’élève soit payé tout au long de sa formation de 13 semaines. Toutefois, la cohorte régionale n’a jamais vu le jour en raison d’un manque de candidats.

«Il y a eu beaucoup d’efforts investis pour recruter les candidats, mais malheureusement, on n’a pas atteint le seuil minimum pour débuter la cohorte», explique Anne-Marie Bellerose, porte-parole de la Commission scolaire du Chemin du Roy.

Il s’agissait d’une attestation d’études professionnelles (AFP). Chaque élève devait être associé à un restaurateur de la région. La formation en alternance travail-études incluait d’ailleurs plusieurs heures de stage dans un restaurant. «Ça prenait un minimum de huit paires pour partir la cohorte, et on a réussi à en former seulement six. C’est quand même difficile de façon générale de recruter dans ce domaine», précise Mme Bellerose.

Au total, il y avait 10 places. Quatorze entreprises étaient intéressées. Treize candidats se sont présentés à la séance d’information. Un des élèves qui avait déjà une formation a été engagé sur-le-champ par un restaurateur. Finalement, six personnes étaient intéressées à s’inscrire. Mais elles n’ont pas tout perdu. Même si elles n’ont pas pu suivre la formation, les restaurateurs intéressés au programme les ont quand même engagées. «Ils ont décidé de les former sur place. Pour certaines entreprises, ça s’est quand même conclu positivement parce qu’elles ont trouvé quelqu’un de motivé, qui était intéressé à travailler.»

Rappelons que la profession d’aide-cuisinier est sur la liste des professions priorisées par la Commission des partenaires du marché du travail, car il y a seulement 1800 personnes diplômées pour quelque 6000 emplois disponibles. Par ailleurs, la formation cuisine qui mène à un diplôme d’études professionnelles est offerte à l’école d’alimentation et d’hôtellerie du Centre de formation professionnelle Bel-Avenir. Il y a encore de la place pour la cohorte du mois d’août. L’admission se fait au 819-840-0448 ou en ligne au www.srafp.com.