Claude et Jane Anne Grégoire de la Ferme Bleubec souhaitent perpétuer la mémoire des petits fruits oubliés comme la gadelle.

Les petits fruits «oubliés»

Quand on pénètre sur la terre des Grégoire, la ville n'existe plus. Située à quelques centaines de mètres du village de Sainte-Gertrude, la Ferme Bleubec offre un retour dans le temps avec l'autocueillette de nombreux petits fruits «oubliés».
Les fruits oubliés se sont les gadelles, les cassis et les groseilles selon Jane Anne Grégoire, propriétaire de la Ferme Bleubec. Elle en cultive plusieurs dizaines de plants sur sa terre de 40 arpents. Dans son souvenir, c'était des petits fruits très courants dans sa province natale, l'Ontario.
«Je me rappelle que les gens avaient ça dans leur jardin. Ma tante en avait et, quand on allait la visiter, elle nous faisait des tartes avec ces fruits-là», se remémore-t-elle. Elle déplore le fait que ces fruits soient un peu négligés et rarement cultivés malgré leur riche histoire.
Arrivées de France, il y a près de 300 ans, les groseilles ont fait leur apparition sur le territoire canadien en même temps que les colonisateurs. Produisant des petits fruits rouges et ayant des branches légèrement épineuses, le groseiller est un peu plus courant dans les jardins sans être largement répandu au Québec. Mme Grégoire souhaite faire découvrir ces variétés plus méconnus de petits fruits.
Pour dénicher leur premier plant de cassis, le couple s'est rendu en Alberta il y a plusieurs années. Depuis, ils cultivent ce fruit très foncé, presque noir. «Le cassis a un goût un peu musqué. C'est un fruit aux arômes plus fortes. On peut en faire de la liqueur, du sirop ou de la confiture», mentionne-t-elle.
Cette année, les groseilles, les cassis et les gadelles sont en abondance. «J'ai rarement vu autant de fruits dans mes champs. Les plants ont été bien protégés par la neige». Les gens sont d'ailleurs invités à en faire l'autocueillette. Pour encore une dizaine de jours, Mme Grégoire rend son champ accessible pour la cueillette du jeudi au samedi de 9 h à 16 h ou sur rendez-vous.
Des traditions qui se perdent
Les Grégoire continuent la culture de ces petits fruits pour éviter qu'ils ne disparaissent de la mémoire collective.
«Avant, tout le monde avait un jardin. Maintenant, les gens cuisinent moins et il y a plus de gens en ville», avance Mme Grégoire. Son mari, Claude Grégoire, déplore quant à lui la perte de la passation d'informations souvent transmises de génération en génération.
«C'est important de garder les connaissances. Il ne suffit pas d'acheter un plant de gadelles pour avoir des fruits. Il faut savoir où le planter, dans quel type de sol, quel distance mettre entre chaque plant. C'est ce genre d'informations qui se perd».
Les Grégoire refusent de se plier à l'industrie de la transformation. «À l'automne, je m'affaire au canage et aux confitures de fruits pour en avoir tout l'hiver. On préfère en faire juste pour nous sinon c'est trop compliqué. On n'en vend pas», précise-t-elle. «La transformation, ça ne nous intéresse pas». Leurs légumes leur permettent également de vivre dans l'autosuffisance.
Propriétaire de sa terre depuis 1985, le couple souhaitait se créer un projet de retraite. À leur arrivée, le terrain était pratiquement vierge et c'est au fil des années qu'ils ont bâti leur «havre de paix».
Les deux tiennent à garder leurs champs le plus naturel possible. Ils sont donc soumis aux aléas de la nature, mais ils demeurent très satisfaits de la vie qu'ils mènent.
«Disons que ce n'est pas trop dur de se lever chaque matin pour venir ici», avoue Mme Grégoire. Celle qui a toujours aimé avoir une certaine proximité avec la campagne est catégorique. «Je ne retournerais jamais vivre en ville».