Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Gaz de schiste: Bécancour veut une société d'État

Se disant dépassé par la complexité du gaz de schiste, ses multiples impacts et sa dimension fortement émotive, le conseil municipal de Bécancour demande au gouvernement du Québec de mettre sur pied une société d'État pour traiter de la question.
«Nous croyons que la politique énergétique et l'exploitation des ressources est d'abord une affaire d'état et non municipale. C'est ridicule de traiter ça à la pièce», a lancé lundi soir le maire Jean-Guy Dubois lors de la séance régulière.
Tous les élus ont d'ailleurs adopté à l'unanimité un mémoire déposé sur le sujet et dans lequel ils se disent disposés à envisager des projets sur leur territoire s'il y avait création d'un organisme d'état. Celui-ci devrait alors avoir pour mandat de proposer une politique globale en matière d'approvisionnement énergétique et, conséquemment, en regard de l'exploitation du pétrole québécois.
«Son mandat consisterait également à établir les paramètres de partage des retombées et de proposer aux MRC des plans d'exploitation qui devraient recevoir l'aval des citoyens», lit-on dans le document.
D'entrée de jeu, on y mentionne que les débats sur le gaz de schiste ressemblent en tous points à des dialogues de sourds, «d'une part, l'appétit du profit pour les pétrolières, d'autre part, une vision quasi virginale et souvent intransigeante des écologistes et environnementalistes».
«Nous nous trouvons coincés entre des positions diamétralement opposées, véhiculées par des interlocuteurs dont la crédibilité nous questionne», affirment les membres du conseil.
Au plan de l'acceptabilité environnementale, ceux-ci évoquent le cas de la Pennsylvanie où l'exploitation des gaz de schiste s'est avérée dommageable. Et il y a toute l'acceptabilité sociale alors que le choix des sites de forage et le rayon des fractionnements souterrains rendent ces opérations hasardeuses. C'est sans compter la protection de l'eau. D'ailleurs, une résolution a été adoptée pour demander la protection des cours d'eau et l'adoption de lois et règlements en conséquence.
Mais les élus abordent aussi l'acceptabilité économique en soulignant que le Québec s'endette de plus en plus chaque jour et que malgré un sous-sol riche en hydrocarbures, «nous importons pour 14 milliards de pétrole annuellement».
«On ne peut ignorer non plus l'effet collatéral de l'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis. Notamment, des coûts d'énergie abaissés éliminent l'effet de nos exportations d'énergie et provoquent des menaces de fermeture d'entreprises en raison des tarifs non compétitifs d'électricité. Quoi qu'on en dise, c'est notre prospérité individuelle et collective qui est questionnable», avance-t-on dans le mémoire.
Une question demeure toutefois: qui va réellement profiter des retombées de l'exploitation? La simple exploration des ressources est-elle «structurante» pour l'économie locale? Quels avantages réels y-a-t-il à planter un tuyau, pomper le contenu souterrain et l'envoyer dans un pipeline? Quels sont les effets à court et/ou long terme sur l'emploi et la prospérité?
«Nous ne croyons pas que la vérité soit détenue par qui que ce soit en exclusivité. Les environnementalistes, qu'ils soient modérés ou durs, ne doivent pas ignorer les facteurs de réalité économique dont ils profitent eux aussi. Et les tenants de «l'économisme» doivent tenir compte de la dégradation générale de notre planète, doivent partager le souci d'un environnement et d'un patrimoine viable et responsable pour les générations qui vont suivre», conclut le conseil de ville.