Bryan Perreault, directeur général de Culture Shawinigan

Centre des arts de Shawinigan: une priorité... parmi tant d’autres

Shawinigan — Bien que le conseil municipal n’ait encore pris aucune décision au sujet de l’avenir du Centre des arts de Shawinigan, le maire, Michel Angers, rappelle que cette infrastructure fait partie d’un imposant bouquet d’investissements requis à travers la ville. Dans son esprit, il ne s’agit pas d’une priorité à court terme, de sorte que les élus se laisseront encore quelques années avant de trancher.

La sortie du directeur général et artistique de Culture Shawinigan, Bryan Perreault, devant les membres de la chambre de commerce mercredi matin n’a pas pris le maire par surprise. L’état de la situation avait déjà été très bien expliqué aux élus.

«On sait que le Centre des arts est passablement avancé», commente M. Angers. «Des priorités comme celle-là, j’en ai énormément. Je viens d’avoir le nouveau plan de réhabilitation de nos infrastructures. Je n’ose même pas glisser un mot sur tout ce que nous avons à faire. La ville existe depuis une centaine d’années, le Centre des arts depuis une cinquantaine d’années. Beaucoup de villes, au Québec, on fait de nouveaux centres. Mais nous, on n’est pas rendus là.»

Josette Allard-Gignac, conseillère du district Almaville et présidente de la Corporation culturelle de Shawinigan, ne s’est pas étouffée avec son café du matin en prenant connaissance des propos de son directeur général.

«C’est correct, ça fait maintenant partie d’un enjeu de la communauté», fait-elle remarquer. «Les gens pourront dire ce qu’ils en pensent et ça pourra sans doute nous éclairer.»

M. Angers ne néglige pas le rôle de la culture à Shawinigan, mais il rappelle que le conseil municipal a adopté un plan de réduction de la dette qui limite à 16 millions de dollars les emprunts annuels pour les infrastructures. Dans le dernier programme triennal d’immobilisations adopté par le conseil municipal en décembre, la Ville prévoit un montant de 163 115 $ pour la mise à niveau du Centre des arts en 2019.

«Nous pallions aux urgences», explique Mme Allard-Gignac. «Nous devons rendre les lieux sécuritaires. Il y a quelques années, nous avions eu un avis de la CNESST selon lequel les porteuses n’étaient plus sécuritaires. Nous avons dû mettre de l’argent car sinon, la salle fermait.»

Le 29 septembre 2017, juste avant un spectacle de Fabien Cloutier, une dame à mobilité réduite a perdu la vie lorsque son fauteuil électrique s’est emballé avant de frapper un mur, en descendant la pente du parterre. Le degré d’inclinaison de cette pente fait justement partie des nombreux éléments qui ne répondent plus aux normes, selon M. Perreault.

Michel Angers, maire de Shawinigan

D’ici cinq ans

Lors de sa sortie publique, M. Perreault suggérait qu’un nouveau Centre des arts devrait être construit à Shawinigan, sur un nouvel emplacement. Le maire mentionne simplement que cet élément faisait partie de la réflexion.

«Est-ce mieux une restauration, avoir un centre des arts ailleurs ou ne pas en avoir? Toutes les options sont sur la table», résume-t-il. «Il faut voir les subventions possibles. Ce sont de gros dossiers à gérer.»

M. Angers laisse toutefois entendre que Shawinigan devrait pouvoir supporter une salle de diffusion de 800 ou 900 places.

«Je considère qu’une ville qui mise énormément sur la culture se doit d’avoir un endroit où nous pouvons produire et diffuser l’art», glisse-t-il. «Nous devons donc avoir une infrastructure qui répond à ce besoin de la population. Mais d’abord et avant tout, il y a un choix financier.»

Évidemment, Mme Allard-Gignac compte bien défendre l’importance d’un centre des arts digne de ce nom à Shawinigan.

«C’est un besoin, ça fait partie de notre qualité de vie», souligne-t-elle. «Ça aide à la rétention et c’est un élément attractif.»

La conseillère n’ose pas trop s’avancer sur la réaction de la population sur cet enjeu.

«Je pense que les citoyens tiennent au Centre des arts», réfléchit-elle. «Mais c’est sûr qu’il faut des subventions. Sans cela, c’est impensable de croire qu’on pourrait refaire un nouveau centre des arts. Si nous avons une aide de 70 %, la population sera plus encline que si nous recevons 30 %. Il y a plein de précisions que nous n’avons pas encore, de sorte que c’est difficile, pour le citoyen, de se faire une tête.»

Josette Allard-Gignac, présidente de Culture Shawinigan.

En toute logique, compte tenu de l’horizon de dix ans avancé par M. Perreault, Mme Allard-Gignac croit qu’une décision devra être arrêtée d’ici 2024.

«Faire un projet de cette envergure, ça ne se réalise pas à l’intérieur de deux ou trois ans», fait-elle remarquer. «La réalisation à elle seule peut prendre environ cinq ans. En étant rationnelle, si on se demande dans quel état sera notre centre des arts dans dix ans, il faut pratiquement prendre la décision d’ici cinq ans.»