Sans une intervention vigoureuse, le Centre des arts sera condamné dans un horizon maximal de dix ans, prévoit Bryan Perreault, directeur général et artistique chez Culture Shawinigan.

Centre des arts de Shawinigan: «une décision doit être prise»

Shawinigan — L’avenir du Centre des arts de Shawinigan passe par une construction sur un autre site. Dans le contexte actuel, l’immeuble cinquantenaire du boulevard des Hêtres accuse le poids des années et sans plan d’intervention à moyen terme, la ville risque de perdre sa principale salle de diffusion.

Cette mise en garde a été lancée mercredi matin par Bryan Perreault, directeur général et artistique chez Culture Shawinigan, lors de la période de questions prévue après l’allocution du ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, dans le cadre d’un déjeuner organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan. Il sollicitait l’aide du député de Saint-Maurice - Champlain afin de trouver une solution pérenne à une situation inconfortable.

M. Perreault considère que le Centre des arts est rendu à un carrefour. Inauguré en octobre 1967, l’immeuble réclame des investissements considérables, que le directeur général n’a pas voulu chiffrer publiquement pour le moment. En fait, son intervention visait surtout à établir un état de la situation et à entamer une réflexion collective.

«Il y a des défis qui nous attendent», confie-t-il en entrevue. «Cette salle a 50 ans. Elle a été rénovée. Cependant, à l’intérieur, certains équipements ne sont plus aux normes.»

«J’ai des gradateurs pour l’électricité qui ne fonctionnent plus et je dois en louer. J’ai un problème d’isolation. Pendant le spectacle de J’aime Hydro (présenté par Christine Beaulieu le 9 mars), nous avons dû arrêter le ventilateur (en raison du bruit). Il faisait chaud dans la salle. Je ne sais pas ce qui est arrivé. Dans mon bureau, il a fait 27 degrés Celsius pendant tout l’été l’an passé.»

De plus, la présence d’une piscine au sous-sol ajoute à la complexité du dossier, en raison de l’humidité qu’elle produit dans l’immeuble.

Évidemment, M. Perreault a interpellé la Ville de Shawinigan sur cet enjeu. Il a cru utile de faire de même avec M. Champagne mercredi matin pour connaître son intérêt à appuyer une nouvelle infrastructure écologique, qui répondrait aux préoccupations environnementales de la population.

«C’est sûr que je ne pourrai pas rouler dix ans comme ça», prévient-il. «Des choses majeures vont péter à l’intérieur et à ce moment, nous devrons mettre la clé sous la porte. Nous sommes rendus là.»

Contexte social

Lorsqu’il s’est adressé au ministre, M. Perreault s’est dit conscient que les contribuables de Shawinigan pourraient froncer les sourcils en apprenant que la Ville injecterait des centaines de milliers de dollars pour remettre le Centre des arts aux normes. Voilà pourquoi il se demande si un programme fédéral ne pourrait pas lui venir en aide.

«Je sais qu’il y a un problème d’acceptabilité sociale», confie-t-il. «Il y a des choses plus importantes que la culture. Par exemple, il faut refaire l’asphalte. Je suis d’accord avec tout ça. Cependant, s’il existe un programme, une façon de faire pour réaliser une nouvelle infrastructure qui serait un endroit fort, par exemple en faisant la première salle de spectacle écoénergétique, avec récupération de l’eau et un toit vert... On peut travailler le projet pour que ça pèse beaucoup moins sur les citoyens de Shawinigan.»

Tant qu’à brasser les cartes, M. Perreault privilégierait la construction d’un nouveau Centre des arts sur un autre site.

«Il faudrait absolument changer le lieu, selon moi, et récupérer l’infrastructure actuelle pour autre chose», confie-t-il. «Le Centre des arts est mal situé pour le stationnement, pris dans une montagne. Des gens se stationnent dans les quartiers à l’arrière quand la salle est pleine. Ça a été mal pensé, mal conçu.»

M. Perreault n’est pas rendu à l’étape d’étudier des sites potentiels. Pour le moment, il soulève simplement l’enjeu. Il glisse qu’au cours de sa dernière année financière, Culture Shawinigan a touché 114 000 personnes avec sa programmation.

«Une décision doit être prise», résume-t-il. «Est-ce qu’on le fait ou est-ce qu’on le ferme? On est déjà en arrière sur le plan technologique. Nous avons une dizaine d’années devant nous... en étant optimiste. Peut-être qu’on n’en a plus besoin et qu’on peut le fermer. On ira voir des spectacles à Trois-Rivières. Ce sont des choix de société à faire. Si on décide de fermer, je peux faire autre chose dans ma vie.»

M. Champagne a accueilli cet appel à l’aide en rappelant que dans le plan Investir dans le Canada annoncé en juin 2018, plus de 500 millions $ étaient réservés pour des projets d’infrastructures communautaires, culturelles et récréatives, de même que dans les collectivités rurales et nordiques.

«Cette entente est signée avec le gouvernement du Québec depuis environ un an et la réalité, c’est que je n’ai pas encore reçu un projet à financer», déplore le ministre. «Nous aurions avantage à parler à nos élus provinciaux pour ouvrir ces programmes.»