L'eau s'est invitée à nouveau sur l'avenue du Beau-Rivage, forçant des résidents à laisser leur voiture sur le chemin des Bois-Francs avant d'être transportés par des employés du service des travaux publics de la Ville de Shawinigan.

Centre-de-la-Mauricie: «Il va falloir que ça arrête»

Après avoir traversé une fin de semaine où toutes les craintes étaient permises, les résidents des zones à risque au Centre-de-la-Mauricie ont observé une nouvelle crue de la rivière Saint-Maurice lundi après-midi, de sorte que l'eau a regagné le terrain perdu depuis une semaine. Les prochaines heures s'annoncent déterminantes.
La rivière Saint-Maurice s'est emparée du terrain de quelques résidences sur le chemin de la Baie, à Saint-Boniface.
À Saint-Boniface, Danielle Rivard et Michel Fay remplissaient des sacs de poussière de pierre, en fin d'après-midi lundi.
À l'entrée du chemin de la Baie, à Saint-Boniface, l'eau inonde à nouveau la route depuis lundi matin. En fin d'après-midi, Danielle Rivard était heureuse de partager le dernier voyage de pierre de la Municipalité avec Michel Fay, qui réclamait une vingtaine de sacs pour protéger sa propriété. 
«On a bien vu que l'eau avait baissé au cours des derniers jours», raconte l'homme. «Mais au printemps, on sait qu'il y a toujours deux coups d'eau: un local et un autre qui vient du nord. Je pense qu'on est en train de vivre le deuxième.»
Effectivement, l'eau montait à une vitesse assez impressionnante dans ce secteur en fin d'après-midi lundi. Mme Rivard bénissait encore le travail des scouts réalisé autour de sa propriété la semaine dernière et elle s'attend à recevoir à nouveau leur visite au cours des prochaines heures.
Après un répit en fin de semaine, le ministère des Transports a repris, lundi, ses travaux d'enrochement sur les berges du Saint-Maurice, le long de la route 153 à la limite de Saint-Boniface et de Shawinigan. Ces manoeuvres provoquent une circulation en alternance, entraînant de longs bouchons de circulation à l'heure de pointe. Jean Lamarche, porte-parole au MTQ, s'attend à ce que ces travaux se terminent en fin de journée mardi.
Pendant ce temps à Shawinigan, les employés municipaux et les pompiers s'activaient toujours avec autant d'énergie au poste de commandement installé à l'intersection du chemin des Bois-Francs et de l'avenue du Beau-Rivage. Avec la dernière crue, des employés du service des travaux publics devaient à nouveau transporter des résidents pour leur permettre d'atteindre leur demeure en toute sécurité.
En milieu d'après-midi lundi, le maire, Michel Angers, a accueilli le député fédéral de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, pour faire le point sur la situation. Les deux élus ont rendu visite à Sylvain Michaud, qui habite tout près du poste de commandement.
«C'est très fatigant, tout ça», témoigne le citoyen. «Il faut toujours surveiller les pompes pour s'assurer qu'elles n'arrêtent jamais.» 
Russell Béland, qui habite le secteur depuis 70 ans, assure que la situation ne se compare pas à celle de 1974, quand il se déplaçait en chaloupe autour de la maison. N'empêche qu'il se serait passé de tout ce branle-bas.
«On dort quand même, mais on dirait que le cerveau ne se repose pas», image-t-il.
Fatigue
Sur l'avenue du Beau-Rivage, une cargaison de 500 sacs demeure disponible pour les résidents, si le besoin s'en fait sentir. Pour le moment, les manoeuvres de la semaine dernière pour protéger les propriétés ont cédé leur place à une inconfortable attente.
Vendredi, le niveau de l'eau de la rivière Saint-Maurice s'établissait à 1,9 mètre dans ce quartier. La Ville s'attendait à ce qu'il atteigne 2,4 mètres en soirée ou au cours de la nuit, ce qui le porterait au même point qu'au 2 mai.
M. Angers souhaite que Dame nature change sa ritournelle printanière au plus vite.
«Les gens sont fatigués», observe-t-il. «Je suis venu dans le secteur samedi et dimanche pour rencontrer les citoyens. J'ai vu des gens pleurer; je suis allé dans les résidences pour les encourager. En même temps, ils sont résilients. Ils vont se battre jusqu'au bout. Tant qu'ils ne seront pas hors de danger, nous allons rester. Les gens tiennent le coup, mais après huit ou dix jours, il va falloir que ça arrête.»
M. Michaud confirme que la visite du maire ou des députés est très appréciée dans ces circonstances. Il n'interprète pas leur présence comme une simple stratégie pour s'exposer.
«M. Champagne était passé dans le coin en fin de semaine et je lui avais demandé de revenir me voir chez moi», raconte-t-il. «Je n'y croyais pas quand je l'ai vu! Le maire l'accompagnait et pour moi, ce n'était pas une question de bien paraître en public. Il vient voir ses citoyens. Moi, ça m'a rassuré.»
«Il faut réconforter les gens», observe M. Champagne. «En temps de crise, c'est important d'être près de notre monde. Ce sont nos voisins, nos amis. Ça me permet aussi de rapporter la situation auprès de mes collègues à la Défense ou à la Sécurité publique.»
«On ne fait pas de calcul politique», assure M. Angers. «Ça fait mal de voir des gens en difficulté depuis plusieurs jours.»