Le président du conseil d'administration du Centre culturel musulman de Shawinigan, Bégin Garti, qui était en compagnie du vice-président, Abdoulaye Souley et d'une membre du centre culturel, Véronique Leclerc, a expliqué que la controverse qui a coulé le projet de mosquée dans le parc industriel Albert-Landry appartenait au passé.

Centre culturel musulman de Shawinigan: les élus ont-ils paniqué?

Après avoir affronté des vents contraires imprévus le mois dernier, les membres du Centre culturel musulman de Shawinigan ont retrouvé le sourire. En fin d'avant-midi vendredi, trois d'entre eux ont ouvert les portes de leur nouvelle mosquée aux médias.
Visiblement soulagés, Philippe Bégin Garti, Abdoulaye Souley et Véronique Leclerc ne pouvaient toujours pas expliquer la volte-face du conseil municipal, alors que malgré l'absence d'opposition pendant la démarche réglementaire, les élus ont finalement refusé la modification au zonage qui aurait permis les activités religieuses dans une partie du parc industriel Albert-Landry.
Six semaines plus tard, la petite communauté musulmane shawiniganaise installe sa mosquée dans l'indifférence presque générale sur l'avenue Saint-Marc. Les élus ont-ils paniqué le mois dernier?
«Je ne peux pas vraiment le savoir», avance prudemment M. Bégin Garti. «J'aimerais peut-être avoir la réponse autant que vous. Les élus font partie des citoyens qui sont les bienvenus dans la mosquée.»
«Probablement que tous les élus n'étaient pas en faveur de la décision de refuser l'ouverture de la mosquée», rappelle M. Souley. «On tient donc à remercier certains élus qui nous ont appuyés.»
Le conseil municipal s'est-il braqué pour satisfaire une frange xénophobe du secteur Shawinigan-Sud?
«C'est de l'information que nous n'avons pas», mentionne M. Souley. «On aimerait bien le savoir, mais ça ne nous avancerait pas. Nous avons eu notre mosquée et c'est ça l'essentiel.»
Après la décision controversée du conseil municipal, les réseaux sociaux se sont enflammés, entraînant la petite communauté qui regroupe une trentaine de familles dans un tourbillon inattendu.
«Je n'ai pas du tout été surprise», commente Mme Leclerc. «Je suis plus active sur les médias sociaux et c'est quelque chose qui arrive malheureusement tous les jours. Il y a eu non seulement des propos xénophobes, mais aussi des menaces de mort. J'imagine que derrière un écran d'ordinateur, c'est plus facile de tenir ce genre de propos.»
Aujourd'hui, le Centre culturel musulman de Shawinigan préfère regarder en avant et se dire que la mosquée s'intégrera beaucoup mieux à la communauté en étant située sur une artère achalandée plutôt que dans un parc
industriel.
Il s'épargne également un lourd processus réglementaire en intégrant une zone où les activités religieuses sont permises, comme l'avait suggéré le maire de Shawinigan, Michel Angers, le 13 février.
«Le projet semble assez bien accepté dans le quartier, ce qui nous fait plaisir», sourit M. Bégin Garti. «On tourne la page. C'est un nouveau départ pour nous.»
Rôles déterminants
Le député de Saint-Maurice, Pierre Giguère, a joué un rôle important de médiateur dans ce dossier. L'implication de l'ex-premier ministre du Canada, Jean Chrétien, a aussi été soulignée.
«Il nous a fait part de son support moral», explique le président. «La liberté de religion est un droit important pour lui.»
M. Bégin Garti salue également le travail des professionnels du Service d'aménagement et de l'environnement de la Ville de Shawinigan, qui avaient identifié une soixantaine d'endroits pouvant accueillir une mosquée sans modification de zonage.
Le Centre culturel musulman devrait accueillir les fidèles d'ici environ un mois, mais assurément avant le début du ramadan, le 18 juin. Des activités seront aussi organisées pour démystifier l'islam et se rapprocher de ceux qui entretiennent des préjugés à l'endroit de cette religion.
«C'est dans le dialogue que nous pourrons trouver des solutions», prédit M. Souley. «Nous sommes des gens parlables; on n'est pas des extra-terrestres!»
Les membres du Centre culturel musulman s'attendent à ce que leurs faits et gestes soient suivis de près, mais ils n'y voient aucun inconvénient. Ils souhaitent même une présence accrue de la Sûreté du Québec... pour assurer leur protection.
«Malheureusement, dans le contexte que nous vivons présentement, les femmes sont beaucoup victimes d'actes islamophobes», raconte Mme Leclerc. «En tant que femmes, quand on se rend seules à la mosquée, on a toujours une petite crainte. Une présence policière accrue pourrait nous rassurer.»
Ces jours-ci, l'émergence d'une branche québécoise du mouvement PEGIDA (Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident) attire l'attention des services de renseignements canadiens.
«Je ne crois pas que ça reflète les valeurs québécoises», commente M. Bégin Garti. «J'espère que la communauté musulmane ne mordra pas à l'hameçon de la provocation à peine voilée de ce groupe et qu'elle laissera les forces de l'ordre gérer la situation.»