Centre Cloutier-du Rivage: le CIUSSS accusé d’improvisation

Trois-Rivières — Le FIQ — Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec s’inquiète face au projet de transformation de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage en clinique multidisciplinaire et accuse le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) d’improvisation.

La présidente du syndicat, Nathalie Perron, constate que seulement deux infirmières praticiennes spécialisées, dont une en santé mentale, ont été embauchées jusqu’à présent alors que le projet prévoit cinq infirmières praticiennes spécialisées (IPS) et que la clinique doit ouvrir dans quelques jours, soit le 21 octobre.

Mme Perron constate également que les affichages de postes ne font nullement allusion à la clinique multidisciplinaire, mais plutôt à du travail en soins de santé courants.

Le syndicat, dit-elle, n’arrive pas à obtenir de réponses à ses questions et craint que la clinique multidisciplinaire annoncée ne soit, en fait, qu’une simple extension des services courants déjà en place.

«Le projet de transformation de l’urgence en clinique multidisciplinaire semblait intéressant au niveau du développement de la pratique infirmière, mais plus le temps passe, plus on se rend compte que l’employeur est en mode improvisation», déplore Mme Perron. «Il y a beaucoup de questions et on n’arrive pas à avoir des réponses. Il y a beaucoup d’inquiétude.»

Le syndicat se plaint également d’obtenir des messages contradictoires de la part de l’employeur lorsqu’il est question de ce qu’il adviendra des salariés qui étaient en poste à l’urgence et de divers aspects entourant la convention collective. «Nos membres se sont fait dire qu’elles ont un devoir de loyauté, alors elles ne peuvent parler. Mais elles sont très inquiètes», précise Nathalie Perron. 

Mme Perron estime que le processus va d’ailleurs «trop vite».

«Dans l’état actuel des choses, il est selon nous inévitable que les services à la population soient affectés. Si nous ne pouvons obtenir de réponses précises du CIUSSS, comment est-ce que la population peut s’attendre à avoir les services promis de son côté?», s’inquiète Mme Perron.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Nathalie Perron.

Le Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec ne se dit pas opposé à l’implantation de cette nouvelle clinique multidisciplinaire. «On le dit depuis le début, nous ne sommes pas contre le projet et il fait faire autrement comme société et l’arrivée des IPS est un beau projet qui va se concrétiser», mentionne sa présidente. 

Du côté de la direction du CIUSSS MCQ, on mentionne que la FIQ a été «partie prenante des discussions» entourant la mise sur pied de cette nouvelle clinique multidisciplinaire surtout au sujet de l’avenir de l’actuel personnel de l’urgence. «Dès l’annonce de cette nouvelle clinique de proximité, on tient les mêmes informations sur ce que sera cette clinique. Ça n’a pas changé, ça va être les mêmes services. C’est dans cette optique que nous travaillons pour l’ouverture du 21 octobre», explique Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS MCQ. 

Des IPS travaillant déjà au CIUSSS MCQ devraient selon toute vraisemblance assurer certaines tâches lors de l’ouverture de la clinique, le temps que les quatre postes d’IPS soient pourvus. «C’est une organisation que nous avions déjà prévue», précise M. Cliche. «Nous avons confiance d’y arriver, sinon nous aurions pris d’autres alternatives.»

Plus de 5000 signatures

L’opposition populaire au projet de conversion de l’urgence de Cloutier-du-Rivage en clinique multidisciplinaire continue de croître. La pétition lancée par l’infirmière à la retraite Andrée Lanneville a déjà recueilli plus de 5000 signatures et la mobilisation se poursuit. 

Andrée Lanneville a même déjà donné des copies où se retrouvent 5000 noms de citoyens de Cap-de-la-Madeleine à la ministre de la Justice et députée de Champlain, Sonia LeBel. «Elle m’a dit que la transformation de l’urgence n’était pas acceptée que par une partie de la population. J’ai répondu que 5000 personnes, c’est une grosse partie de la population», soutient Mme Lanneville. 

La totalité de la pétition, qui inclut la version papier et numérique sur le site de l’Assemblée nationale, doit être déposée ce week-end au député libéral André Fortin, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et services sociaux. 

Une médecin incitée à se taire

Une médecin qui occupe le poste de chef adjointe de l’urgence de Shawinigan a été incitée à taire sa dissidence en ce qui concerne le projet de transformation de l’urgence du Centre Cloutier-du Rivage. La Dre Janique Dion doit se rallier à ce projet si elle veut conserver ses fonctions de gestionnaire. 

Selon Radio-Canada Mauricie, le chef du département de médecine d’urgence au CIUSSS MCQ, le Dr Olivier Roy, lui a envoyé un courriel lui rappelant son devoir de loyauté. 

«Je vous demande donc, si vous désirez poursuivre votre implication à titre de chef adjoint de l’urgence de Shawinigan, de cesser toute cabale et toute intervention externe dans ce débat», a écrit le Dr Roy dans son courriel. 

«Vous comprendrez qu’à ce niveau d’avancement du projet et de son caractère irréversible, poursuivre vos actions relève davantage de la campagne de salissage qu’autre chose.» 

La Dre Janique Dion a l’intention de demander un avis juridique afin de connaître ses droits. 

Avec la collaboration de Brigitte Trahan