Plus de 612 M$ prévus par Hydro-Québec pour la réhabilitation de la centrale Rapide-Blanc.
Plus de 612 M$ prévus par Hydro-Québec pour la réhabilitation de la centrale Rapide-Blanc.

Centrale Rapide-Blanc: les Atikamekws de Wemotaci exigent l’arrêt des travaux

LA TUQUE — «Pas de projet d’Hydro-Québec sans partenariat avec Wemotaci», le chef de Wemotaci, François Néashit, était accompagné d’une dizaine de membres de la communauté atikamekw, mardi, à la centrale Rapide-Blanc pour manifester pacifiquement et dénoncer le début des travaux de réfection. Le Conseil des Atikamekw de Wemotaci veut être impliqué dans les travaux et exige la mise sur pied d’une table de négociation avec Hydro-Québec.

«Hydro-Québec amorce les travaux de réfection sur le barrage de Rapide-Blanc, un investissement de 613 millions de dollars, alors qu’il n’y a présentement aucune entente de conclue avec le Conseil de Wemotaci, c’est-à-dire qu’il n’y a aucune entente de compensation liée à l’impact de la construction d’équipements hydroélectriques dans le passé, aucune entente pour l’octroi d’emplois, et aucune entente de contrats pour nos entrepreneurs. C’est scandaleux quand on sait qu’il s’agit de notre territoire et de nos ressources», a lancé le chef.

Le Conseil des Atikamekws de Wemotaci exige l’arrêt des travaux et la mise sur pied d’une table de négociation avec Hydro-Québec. Les membres de la communauté veulent apporter leur contribution au projet.

«Trop longtemps on a ignoré nos droits sur ce territoire, aujourd’hui on vient dire que ce temps est terminé. À partir de maintenant, le territoire et ces ressources doivent être exploités avec notre consentement», a lancé le chef du Conseil de Wemotaci, François Néashit.

«Comprenez-nous bien, nous ne sommes pas contre le développement, au contraire, on veut en faire partie et être des partenaires», a-t-il ajouté.

Dans une lettre, le chef du Conseil de Wemotaci s’est adressé directement à la nouvelle présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, afin de faire valoir son mécontentement à l’égard de «l’attitude de la société d’État qui procède à des travaux sur le territoire ancestral non cédé des Atikamekws, le Nitaskinan, sans aucune forme de compensation, ni consultation». 

«Il est aussi primordial de rappeler qu’au fil de son histoire, Hydro-Québec a bafoué nos droits en construisant plusieurs équipements hydroélectriques sans consultation, sans accommodements et sans notre consentement. Ce qui a causé des dommages sérieux et permanents. Le temps est venu pour Hydro-Québec de réparer les erreurs passées et de ne pas répéter ces mêmes erreurs dans le futur», a souligné M. Néashit.

Le Conseil mise d’ailleurs sur Mme Brochu pour «enfin travailler de façon constructive dans un esprit de collaboration et de confiance».

«Nous vous tendons la main, j’espère que vous saisirez l’occasion de réparer le passé et de poser les premières pierres d’un avenir meilleur», a ajouté le chef.

Le chef Néashit demande deux choses bien précises. Premièrement un engagement d’Hydro-Québec pour l’octroi de contrats aux entreprises de Wemotaci, en plus d’assurer la formation et l’embauche des travailleurs de la communauté pour l’ensemble des projets de réfection des installations hydroélectriques sur le Nitaskinan. Il demande également à rencontre la haute direction d’Hydro-Québec. 

Les Atikamekws souhaitent qu’un partenariat soit mis en place pour favoriser «le développement économique de cette communauté, dont beaucoup de membres vivent sous le seuil de la pauvreté».

«Avec un taux de chômage de 26 %, les travailleurs et les entreprises de Wemotaci, sont incontournables. Ils doivent obtenir leur part des contrats et des emplois pour la réhabilitation de la centrale Rapide-Blanc», insiste M. Néashit.

«Encore dernièrement, le premier ministre François Legault disait que les Premières Nations devaient faire partie de la solution de relance économique à la suite de la pandémie de COVID-19. Voici donc une opportunité en or pour passer de la parole aux actes», ajoute-t-il.

Si cet appel n’est pas entendu rapidement, le Conseil de Wemotaci n’écarte pas le recours à des moyens juridiques pour faire respecter ses droits. 

«Si la haute direction ne répond pas à nos demandes aujourd’hui, on envisage d’autres possibilités pour se faire entendre», a indiqué le chef. 

Rappelons qu’il y a près d’un an, Hydro-Québec a fait l’annonce d’un investissement de 612 877 000 $ pour la réhabilitation de la centrale Rapide-Blanc, en Haute-Mauricie. La Société d’État estimait alors les retombées économiques régionales à plus de 80 M$ pour les travaux qui devraient durer jusqu’en 2026. À ce moment, les Atikamekws de Wemotaci n’avaient pas manifesté de mécontentement. 

«Depuis un an, on a eu peu de discussions concluantes concernant (les travaux de) ce barrage et on sait qu’il y en a d’autres qui s’en viennent. On se doit d’être vigilants. On veut être un acteur important du développement. On ne veut rien enlever aux autres, on veut seulement notre juste part. On est confiants qu’on est en mesure d’exécuter des contrats dans les prochaines années», a souligné le directeur général de la corporation de développement économique Nikanik de Wemotaci, Adam Jourdain.

Une dizaine d’Atikamekws de Wemotaci ont manifesté pacifiquement à l’entrée de la centrale Rapide-Blanc située en Haute-Mauricie.

Hydro-Québec réagit

Hydro-Québec affirme avoir été très surprise de l’intervention médiatique de Wemotaci. La Société d’État assure être en contact depuis plusieurs mois avec la communauté, au sujet du projet de réfection de la centrale de Rapide-Blanc.

«Nous leur avons présenté ce projet au printemps 2019 et des échanges ont eu lieu à ce sujet au cours des derniers mois. D’autres échanges sont prévus prochainement […] Les discussions n’ont jamais arrêté», indique le porte-parole Francis Labbé.

Ce dernier fait également remarqué que les travaux annoncés à la centrale de Rapide-Blanc nécessitent des quarts de métier hautement spécialisés.

«Nous cherchons des façons d’optimiser les retombées socio-économiques pour Wemotaci. D’ailleurs, des contrats ont déjà été attribués à des entreprises atikamekws en lien avec la centrale de Rapide-Blanc et un autre contrat est en cours de discussion en ce moment avec des entreprises atikamekws», indique le porte-parole.

Ce dernier note aussi qu’Hydro-Québec a pris part au cours des dernières années au Salon de l’emploi organisé par les communautés atikamekws. 

«Nous avons réalisé une présentation pour les jeunes du secondaire et invité ces jeunes à visiter nos aménagements afin de les encourager à poursuivre leurs études et choisir des domaines d’étude qui leur permettraient de travailler dans nos installations», note M. Labbé.

Le chef de Wemotaci, François Néashit, s’est adressé aux médias sur place.

En ce qui concerne la lettre envoyée à la présidente-directrice générale, elle a bien été reçue et un accusé de réception a été envoyé aux dirigeants de la communauté atikamekw le 9 juin. 

«On est en train de regarder ça, et on va donner une réponse rapidement», affirme le porte-parole.

Les travaux vont se poursuivre à la centrale Rapide-Blanc, et le contact sera relancé avec la communauté assure Hydro-Québec.

La Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice (CCIHSM) a également été très surprise de la manifestation de mardi matin. 

«En cette période de reprise économique difficile, nous avons la chance d’avoir à La Tuque un des plus gros chantiers de mise à niveau d’infrastructure du Québec. […] La CCIHSM souhaite que ce conflit puisse être derrière nous rapidement puisque ce projet d’envergure apporte avec lui d’énormes retombées pour nos entreprises locales. Notre mission première est de travailler à favoriser un maximum de retombées pour nos membres, nous sommes d’ailleurs en étroite collaboration avec les gens d’Hydro-Québec à ce sujet», lance la directrice générale Karine Rochette.

«Nous sommes confiants que ce problème sera entendu et réglé rapidement par les deux parties, le projet s’étant déjà vu retardé par la crise du Covid-19, il serait dommage que ce conflit s’ajoute aux enjeux actuels», conclut-elle.