Cégeps: les enseignants privilégient la présence en classe

TROIS-RIVIÈRES — Les enseignants des Cégeps de Trois-Rivières et de Shawinigan partagent une inquiétude face au mode d’enseignement qui se fera à la rentrée d’automne. Fort de son expérience des dernières semaines, le personnel enseignant a en effet constaté que «le glissement vers le mode virtuel a un effet délétère sur la motivation de plusieurs étudiantes et étudiants».

Ils aimeraient bien que cet automne, l’enseignement en présence soit privilégié par rapport au mode virtuel «afin d’établir une relation pédagogique significative et stable», indique Vincent Roy, président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du Cégep de Shawinigan.

«On comprend que ça va être difficile d’avoir tout le monde tout le temps en présence, mais on souhaite en avoir le plus possible en respectant les consignes», résume-t-il.

Si la distanciation de deux mètres devait être maintenue, un problème se pointerait rapidement. «La plupart de nos classes ne peuvent contenir que 10 ou 15 étudiants. Dans les plus petites, c’est moins que ça encore», explique-t-il.

M. Roy rappelle que des balises ont été annoncées à la fin de mai et «le scénario va d’un plancher à 30 jusqu’à tout le monde en présence», rappelle-t-il. Pour lui, cet alignement est beaucoup trop large. «On aimerait avoir des balises plus claires», dit-il.

Les deux collèges, qui sont affiliés à la FNEEQ-CSN, préparent leur rentrée d’automne avec comme préoccupation principale la réussite et la persévérance scolaire, en particulier pour ceux et celles qui arriveront du secondaire, signale le président du Syndicat des enseignants du Cégep de Trois-Rivières, Jean Fournier, car «l’effervescence du groupe favorise l’apprentissage. C’est documenté scientifiquement», dit-il.

Or, pour des jeunes du secondaire, amorcer la formation collégiale à distance pourrait rendre l’encadrement beaucoup plus difficile, en particulier pour ceux et celles «qui vivent des difficultés particulières», signale Vincent Roy.

Au Cégep de Trois-Rivières où les enseignants ont eu deux assemblées syndicales récemment à ce sujet, il n’y a pas eu de vote concernant les pourcentages de temps en présentiel et en mode virtuel, car là aussi, on s’en remet aux consignes qui seront émises par la Santé publique.

«C’est pour ça qu’on a convenu avec la direction qu’au lieu de remettre les plans de cours avant notre départ en vacances, c’est-à-dire dans les prochains jours, ils seront revus et adaptés au retour, à la mi-août», indique M. Fournier.

Normalement, il y a 82 jours de cours, mais en fonction de la situation, ce nombre pourra être abaissé à 60. Les enseignants auront donc une semaine de plus pour se préparer en fonction des exigences de la situation qui prévaudra à ce moment-là, explique de son côté M. Roy.

«Si la Santé publique annonce que ce n’est plus deux mètres, mais trois ou même un mètre, en termes de distanciation physique, ça a un impact notable sur nos capacités de classes. Dans notre cas, nous sommes autour de 4000», rappelle M. Fournier. «Si j’ai, dans ma classe, 40 étudiants à 2 mètres de distanciation, il faut couper la poire en deux. Un prof de philo qui a quatre groupes devrait ainsi enseigner à huit mini groupes, 3 heures ou 4 heures? C’est, à toutes fins utiles, impossible», plaide-t-il.

Jean Fournier signale toutefois qu’il «y a un courant fort au sein de nos membres et c’est très clair, sur la préoccupation de la présence en classe. En même temps, pas à nos risques et périls», nuance-t-il.

Les laboratoires aussi représentent une source de préoccupation importante, dit-il. Il y a en effet certaines formations et laboratoires qui ne peuvent se faire via Zoom, plaide-t-il, «les labs en soins infirmiers, l’utilisation des robots en génie électrique», par exemple, illustrent les limites du virtuel, dit-il.

À la mi-mai, «devant ces directions, partout au Québec, qui positionnaient l’enseignement virtuel, notre assemblée a dit: prudence», indique M. Fournier.

Les enseignants craignent en effet qu’un certain nombre d’étudiants quittent «et que ça provoque une certaine désaffection de l’enseignement collégial et universitaire, le temps que la crise se règle», ajoute-t-il.

Certes, il existe des disciplines où l’enseignement virtuel peut fonctionner et c’est pourquoi M. Fournier plaide qu’il faut laisser aux enseignants l’autonomie professionnelle de décider.