Il y a dix ans, Cédrika Provencher était enlevée.

Cédrika, déjà dix ans

Il y a déjà dix ans que l'enfance d'une fillette de Trois-Rivières s'est brutalement arrêtée. Alors qu'elle profitait d'un bel été avec ses proches, Cédrika a été enlevée à l'âge de 9 ans puis assassinée par un meurtrier toujours impuni pour son horrible crime. Après des années à vivre avec l'espoir de la retrouver vivante, ses proches ont été confrontés en 2015 à la terrible réalité. La petite qu'ils aiment tant ne reviendra plus.
Le 31 juillet 2017, Cédrika Provencher était enlevée.
Le 31 juillet 2007 restera pour longtemps une pénible date pour les proches de Cédrika et pour toute une communauté solidaire. Dix ans se sont passés depuis ces événements et personne n'a oublié le grand sourire enjoué de la petite Cédrika qui aurait 19 ans aujourd'hui. 
Il y a dix ans jour pour jour, Cédrika quittait avec sa soeur la résidence familiale de Trois-Rivières pour se rendre au parc Chapais, situé non loin de la maison. Voulant écouter un film à la maison, la soeur de Cédrika est alors rentrée seule à la maison. C'est la dernière fois que la petite a été vue par un membre de sa famille.
«J'avais décidé d'écouter le film et elle est restée au parc. C'est sûr que je revois la scène de moi qui part», confie la soeur de Cédrika, Mélissa Fortier-Provencher dans le documentaire réalisé par ICI Radio-Canada Mauricie et présenté samedi soir. 
«J'ai passé par plusieurs psychologues, jusqu'à ce que j'en trouve un bon. Il fallait que je comprenne que ce n'était pas ma faute... parce que j'étais la grande soeur. C'était à moi de la protéger. Un jour ça va partir, un jour je vais comprendre que ce n'est pas de ma faute.»
Mélissa Fortier-Provencher et Karine Fortier se sont livrées à coeur ouvert dans un documentaire d'ICI Radio-Canada Mauricie.
L'heure avançait et Cédrika n'était toujours pas rentrée chez elle. Et cela n'était pas dans son habitude. Dans le documentaire d'ICI Radio-Canada Mauricie, la mère de Cédrika souligne que sa fille n'arrivait jamais en retard. Karine Fortier s'est alors rendue chez des voisins pour voir s'ils n'avaient pas vu sa fille. 
Inquiets par l'absence inhabituelle de l'enfant, les proches de Cédrika ont ensuite alerté les policiers. Des recherches ont eu lieu toute la soirée et la nuit. Dès le lendemain, des policiers diffusaient des avis de recherche lors de barrages routiers. 
Selon les informations qui circulaient lors de sa disparition, elle a été abordée par une personne pour lui demander de retrouver le petit chien égaré d'une dame. Voulant bien faire, Cédrika enfourcha donc son vélo pour retrouver l'animal égaré. Elle frappa même aux portes de résidents de son quartier pour leur demander s'ils l'avaient vu. 
La fillette a par la suite été vue à la sortie d'un boisé avec une amie. Elles étaient suivies d'un homme. Cédrika Provencher a plus tard été aperçue avec son vélo à différents endroits. Certains ont ensuite rapporté qu'elle aurait embarqué dans une voiture identifiée comme étant une Acura TSX rouge aux poignées argentées. Le vélo de Cédrika a été retrouvé au coin des rues Chabanel et Chapais, laissé derrière un conteneur par trois jeunes garçons après l'avoir volé. Cela compliquait bien sûr l'enquête.
Opération policière d'envergure
Une vaste opération de recherche est alors enclenchée par la police de Trois-Rivières. Dans les jours suivant la disparition, une vaste opération de recherches réunissant des dizaines de policiers et une centaine de bénévoles se met en branle. Tous les secteurs où Cédrika pouvait se trouver ont été passés au peigne fin. Après quelques jours, la Sûreté du Québec a pris la relève de l'enquête. La thèse de la fugue et d'un accident était alors priorisée par les policiers.  
Tous ces événements ont été très médiatisés, en Mauricie comme ailleurs. Même une alléchante récompense avait été amassée pour retrouver l'enfant disparue. La cagnotte avait atteint 100 000 $. Malheureusement, tous ces efforts n'avaient rien donné. 
En juin 2009, l'avocat Guy Bertrand avait reçu le mandat d'agir comme procureur indépendant afin de recueillir des confidences qui permettraient, on l'espérait à l'époque, de retrouver la fillette, morte ou vivante. La récompense avait alors grimpé à 170 000 $. Son mandat de six mois lui avait permis de colliger 342 informations, mais la très grande majorité n'était pas du tout crédible. Les 21 informations considérées comme importantes avaient alors été transmises à la police.
Toute la communauté s'est sentie concernée par l'enlèvement de la petite Cédrika Provencher. Encore aujourd'hui sur les lieux de la découverte de ses ossements dans un boisé de Trois-Rivières, certaines personnes prennent le temps de se recueillir et d'y déposer fleurs et toutous.
Ce jour de décembre 2015...
À l'époque, sa disparition avait touché tout le Québec. Et une décennie plus tard, les souvenirs sont encore aussi vifs. Une partie du mystère a été levée en décembre 2015. Trois chasseurs ont découvert des ossements humains dans un boisé de Trois-Rivières, tout près des limites de la municipalité Saint-Maurice, situé en bordure de l'autoroute 40. Rapidement, la Sûreté du Québec confirmait qu'il s'agissait d'ossements de la petite disparue en 2007.
«Ça se brise. Ce qu'on ne voulait pas nécessairement entendre, on n'a pas le choix d'y faire face», se rappelle Mélissa Fortier-Provencher dans le documentaire réalisé par ICI Radio-Canada Mauricie. «Lorsqu'on vient cogner à notre porte pour nous demander de nous asseoir et qu'on nous dit que c'est elle. Il y a la fin de l'espoir et il y a de la rage.»
«Encore là, on embarque dans une folie médiatique et policière. On ne vit pas ça dans le privé», avoue la mère de Cédrika, Karine Fortier, toujours dans le documentaire d'ICI Radio-Canada Mauricie. 
Les chasseurs ont fait cette découverte au début du mois de décembre alors qu'il n'y avait pas encore de neige au sol. Avec l'hiver qui était aux portes, la Sûreté du Québec a déployé sur place plus de 200 policiers. Tout le secteur a été fouillé durant plusieurs jours. Quelques mois plus tard, des enquêteurs sont retournés sur place pour découvrir ce qui pouvait être des nouveaux éléments de preuves.  
La famille a enterré les restes de Cédrika dans la plus grande intimité. Ce moment de grande émotion a permis aux proches d'amorcer une nouvelle étape dans leur deuil. 
«Oui elle n'est plus là, mais elle est présente parce qu'on en parle. Ses photos sont partout. Elle est importante», avouait sa mère dans le documentaire.  
Pour Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières, l'enlèvement de Cédrika Provencher a marqué profondément toute la population. Dix ans après ces tristes événements, ses pensées sont avec les proches de la fillette assassinée.
«C'est impensable. Personne ne devrait vivre ça. Ça doit être l'enfer ce que les parents de Cédrika ont vécu», estime le maire Lévesque. «La pire douleur d'une vie c'est de perdre un enfant. De le perdre par la maladie, on n'y peut rien. Mais par une personne qui enlève sa vie, comme pour Cédrika, c'est épouvantable. Si c'était moi, je ne sais pas ce que je ferais. Ses parents ont passé à travers une épreuve incroyable.»
Un suspect, mais pas d'accusations
En août 2016, les policiers ont arrêté un homme de Trois-Rivières en lien avec de la possession et de la distribution de pornographie juvénile. Jonathan Bettez est considéré comme le principal suspect dans l'affaire Cédrika Provencher. Bettez était propriétaire d'une voiture Acura similaire en tout point à la description des témoins.
Il a de plus toujours refusé de se soumettre au polygraphe, ce qui n'aide en rien à dissiper les soupçons. Lors de la comparution de l'homme d'affaires de Trois-Rivières, le père de Cédrika, Martin Provencher, a demandé à Bettez par le biais des médias de passer le test du polygraphe. 
Le documentaire réalisé par ICI Radio-Canada Mauricie sera diffusé une seconde fois lundi soir 20 h durant Les Grands reportages sur les ondes d'ICI RDI. 
Comme chaque année, la Fondation Cédrika-Provencher convie la population en ce 31 juillet au parc Pie-XII de Trois-Rivières à l'occasion d'une journée de sensibilisation et de prévention des enlèvements d'enfants. Près de 200 enfants fréquentant des camps de jour doivent s'y rendre pour s'amuser et apprendre les dangers que peuvent représenter les enlèvements. 
Par exemple, des consignes de sécurité seront données pour que les enfants puissent faire le trajet entre l'école et la maison de façon sécuritaire. Des activités plus ludiques, comme des jeux gonflables, seront proposées aux jeunes sur place. Cette journée se déroule de 9 h 30 à 15 h.