Louis Gendron, directeur général du Cégep de Trois-Rivières.

«Ce n’est pas un abandon, au contraire»

TROIS-RIVIÈRES — Au lendemain de la décision du conseil d’administration du Cégep de Trois-Rivières concernant l’avenir de plusieurs de ses programmes techniques, la direction du Cégep s’est mise en mode action dès jeudi matin afin de trouver des solutions pour assurer la pérennité des programmes menacés. La direction compte d’ailleurs revendiquer auprès du ministère de l’Éducation afin que non seulement le financement des programmes soit revu, mais que les critères d’admissibilité soient également assouplis.

Rappelons que mercredi soir, le conseil d’administration a choisi de maintenir les programmes Maintenance industrielle, Technologie du génie métallurgique option contrôle des matériaux, ainsi qu’Écodéveloppement et bioproduits. Dans les trois cas, le Cégep a obtenu l’assurance que les programmes seraient soutenus financièrement ou ont toutes les raisons de croire que le nombre minimal de dix étudiants sera atteint pour la session d’automne.

Par contre, les programmes Mécanique du bâtiment et Technologie de l’électronique option télécommunications sont pour le moment mis en pause pour la nouvelle cohorte qui devait commencer en septembre. Les étudiants qui ont déjà commencé leurs études dans ces programmes pourront toutefois les compléter sans problème, rappelle le Cégep.

«Le conseil d’administration a donné un mandat à l’ensemble de la communauté de se mettre en mouvement pour transformer l’offre. Je suis content parce qu’on n’a pas dit dans aucun cas qu’on fermait quoi que ce soit. Ce ne sont pas des suspensions déguisées. On prend une pause, on va trouver des solutions le plus vite possible et quand ce sera possible on va relancer ça. C’est un message qui est fort différent. Ce n’est pas un abandon, au contraire», évoque Louis Gendron, directeur général du Cégep de Trois-Rivières, qui rappelle que les deux grandes priorités du Cégep demeurent de répondre aux besoins et aspirations des étudiants, mais aussi de répondre aux besoins du marché du travail.

D’une part, le Cégep demande à Québec de revoir le mode de financement dans un contexte de décroissance. Par ailleurs, on espère aussi voir s’assouplir les critères d’admission à certains programmes, comme cela a été fait par dérogation ministérielle pour permettre plus d’admissions en soins infirmiers, par exemple, et répondre à la pénurie de main-d’œuvre. L’an dernier, ces critères d’admissibilité ont forcé le Cégep à refuser 70 étudiants dans l’un ou l’autre des programmes visés.

Louis Gendron a d’ailleurs tenu à saluer l’énergie déployée par les professeurs et leur syndicat pour défendre les programmes dont il était question dans ces réflexions. «Sur le fond, on est à la même place qu’eux. Ils nous l’ont démontré hier (mercredi), l’attachement est très fort», constate-t-il.

Syndicat
De son côté, le Syndicat des professeures et professeurs n’a pas caché sa déception, et ce, même si certains programmes ont été maintenus. En réalité, constate Jean Fournier, président du syndicat, il s’agira pour ces programmes de la dernière cohorte à y entrer. Pour le reste, l’avenir est incertain.

«On ne peut pas se satisfaire d’une demi-réponse, d’autant plus que 100 % de nos diplômés dans ces programmes trouvent de l’emploi. Nous avions tendu la main au conseil d’administration pour maintenir intégralement la carte programme, et on considère que la cible n’est pas atteinte», explique M. Fournier.

Rappelons que mercredi soir, pas moins de 150 professeurs de tous les départements se sont mobilisés pour s’adresser au conseil d’administration, une démonstration de solidarité jamais vue évoque le président du syndicat.

Le syndicat se rassemblera en assemblée syndicale la semaine prochaine pour discuter de la suite des choses. «On va encaisser le choc en attendant, mais je ne peux vous cacher qu’il y a quelque chose de fragilisé», constate Jean Fournier.

Contacts
Par ailleurs, Le Nouvelliste a pu s’entretenir avec le père d’un étudiant qui visait une admission en Technique de génie métallurgique. Les étudiants inscrits aux programmes qui ont été discutés avaient été contactés par le Cégep pour les informer de l’abandon des programmes avant même que la décision ait été prise par le conseil d’administration, assure-t-il. On avait par ailleurs encouragé son fils à s’inscrire à un autre programme, indique celui qui déplore par ailleurs que la direction ait ainsi pris les devants avant même que le conseil d’administration ne se soit prononcé sur la question.

Louis Gendron nuance toutefois ces informations. «Il y a eu beaucoup de bruit dans les médias, alors nous avons contacté les 16 étudiants concernés afin de les informer qu’une décision du conseil d’administration était attendue. Nous avons expliqué les options qui s’offraient à eux et nous avons gardé une trace de toutes ces personnes. Ce matin (jeudi) elles ont toutes été contactées pour leur annoncer si les programmes étaient maintenus et à l’exception de deux étudiants en Mécanique du bâtiment, nous allons accueillir tous ces étudiants en septembre. Il n’y a pas eu d’exode. Nous n’avons pas devancé la décision, nous avons plutôt pris soin de notre monde», croit M. Gendron.

Un discours qui diverge de celui du syndicat. «Ce qui est clair, c’est qu’il y a eu des contacts auprès des étudiants entre le 2 mars et aujourd’hui. Il y a une zone grise qui est questionnable», lance Jean Fournier.