«Ce n’est pas aux victimes de payer»

TROIS-RIVIÈRES — La mère d’une adolescente qui a subi une agression sexuelle dans une école dénonce l’inaction de la direction de la Commission scolaire de la Riveraine pour protéger les victimes. Elle tenait à dénoncer cette situation dans la foulée de l’histoire du garçon dont des images de lui nu ont été diffusées sur Internet.

«Les choses n’ont pas bougé à la Commission scolaire», dénonce la mère sous le couvert de l’anonymat pour que sa fille ne soit pas identifiée.

En 2016, sa fille alors âgée de 15 ans a été victime d’une agression sexuelle par un camarade de classe. Les gestes se sont produits dans un local de l’école. Après l’incident, l’adolescente qui était en concentration musique a été transférée en concentration danse, afin d’éviter qu’elle ne croise son agresseur présumé. «Tout ce qu’elle souhaitait, c’était de ne pas se retrouver en sa présence», précise sa mère qui n’était déjà pas à l’aise avec cette décision à l’époque.

«On est allé rencontrer la direction, parce que ce n’était pas à elle à subir les conséquences parce qu’il lui était arrivé quelque chose. Ce n’était pas sa faute. Ce n’est pas aux victimes de payer.»

L’adolescente a donc été changée de groupe de musique. Toutefois, le niveau de sa nouvelle classe était plus avancé que celui de sa classe habituelle, compliquant grandement la fin de l’année scolaire.

Parallèlement, une plainte a été déposée à la Sûreté du Québec. Après une enquête, l’adolescent a été arrêté puis accusé à la chambre de la jeunesse. Ce dernier a ensuite été reconnu coupable durant l’été, puis condamné à des travaux communautaires et une thérapie. La mère de sa victime avait indiqué avant la fin de l’année scolaire qu’il y avait des procédures judiciaires et qu’un jugement pouvait tomber durant l’été. Or, rien de tout cela n’a finalement été pris en considération par la direction de l’école et la Commission scolaire.

«Mais à la rentrée en septembre, ma fille était dans la même classe que son agresseur, malgré tout ce qui avait été dit et qui avait été fait. Il était dans quatre de ses cours», ajoute la mère de l’adolescente. «Elle m’a appelée en panique et en pleurant. Elle m’a dit: ‘‘écoute maman, il est dans la même classe que moi. Ça ne marche pas, je ne veux plus aller à l’école’’.»

Cette situation jugée inacceptable par la victime et sa mère, des démarches ont été entreprises auprès de la directrice de l’école pour corriger la situation. L’école justifiait cette décision en affirmant qu’elle n’était pas au courant du jugement et que les horaires étaient déjà faits. «Devant cette arrogance, j’ai fait des démarches pour la changer d’école», soutient la mère de l’adolescente. «Tu ne peux pas mettre une victime d’agression sexuelle dans la même classe que son agresseur. Ça ne se fait juste pas. Si c’était deux adultes dans un milieu de travail, ça ne serait jamais arrivé.»

La nouvelle école est toutefois bien plus loin de la maison que son ancienne, ce qui oblige l’adolescente à partir à 6 h 30 le matin, soit une heure plus tôt qu’auparavant. De plus, elle a perdu son cercle d’amis, l’obligeant à se réfugier dans ses livres. «Ma deuxième fille entrait en première secondaire la même année. Lorsque j’ai changé ma plus vieille d’école, ma plus jeune sentait le regard des garçons plus vieux sur elle. Elle ne se sentait pas à l’aise. J’ai donc dû la changer d’école elle aussi», précise la mère de famille qui croit que la Commission scolaire de la Riveraine n’est pas outillée pour faire appliquer son protocole contre l’intimidation. «J’ai porté plainte à la Commission scolaire, mais je n’ai reçu qu’une lettre disant qu’elle reverrait son protocole.»

La Commission scolaire de la Riveraine n’a pas voulu émettre de commentaires sur cette question.